De l'image à l'écriture




b – période historique :
    L'étude des langages qui existent à l'heure actuelle, ou que les civilisations passées nous ont légués, nous apprend comment la communication par le moyen de signaux visuels primitifs a évolué jusqu'au langage que nous utilisons aujourd'hui.
    Les systèmes d'écriture se décomposent en plusieurs groupes :
        - les systèmes d'écriture limités, faits d'images ou "pictogrammes", constituent le plus ancien système d'écriture. Leur but est de faire naître dans l'esprit l'image ou l'impression qui sera par la suite exprimée par le langage.

 
    Les images représentatives de l'art rupestre vont évoluer vers des formes de plus en plus abstraites.
Chaque mot nécessite un signe.

        - les systèmes d'écriture complets, quant à eux, se caractérisent par une correspondance entre les signes du système d'écriture et la langue parlée.
Comme les symboles utilisés ne représentent plus seulement l'objet évoqué, mais représentent des sons, la connaissance de la langue est exigée pour la compréhension. On parle alors de logogrammes et de phonogrammes . L'écriture hiéroglyphique égyptienne est la première à attester le passage du système logographique au système phonétique.

 
    L'écriture pictographique évolue progressivement vers l'écriture phonétique.
Les symboles diminuent en nombre, mais ils nécessitent encore 500 à 600 signes.

    Dans les systèmes d'écriture par mots, un seul signe peut représenter plusieurs mots indépendants et distincts. L'écriture peut être alors ambiguë, mais d'autres types de signes se surajoutent pour lever l'ambiguïté.




        - les systèmes syllabiques : si l'écriture logographique nécessite un signe par mot, le système syllabique permet de réduire le nombre de mots nécessaires pour exprimer la richesse du langage. Malgré tout, un tel système requiert encore au moins 500 à 600 signes.

        - les systèmes alphabétiques : une nouvelle étape est franchie lorsque la séparation est faite entre les sons consonantiques et les sons vocaliques ; le nombre de signes pour exprimer un mot augmente, mais le nombre total des signes exigés pour transcrire le langage est très faible (20 à 30).

 
    L'écriture alphabétique va constituer le dernier développement.
20 à 30 signes, simplifiés à l'extrème, suffisent pour représenter tous les mots.

    Parallèlement, l'étude des langages qui existent de nos jours a permis de saisir comment les premiers langages articulés, directement dérivés du cri animal, ont abouti à notre richesse de langage.
    Il existe actuellement environ 5000 langues parlées de par le monde constituant une banque de données comptant des centaines de milliers de mots. Cependant, ces langages si différents possèdent des mots communs permettent de les regrouper en familles (environ 400).
    A l'intérieur de ces familles, les chercheurs ont pu trouver d'autres mots communs également regroupés en familles permettant de plonger de plus en plus avant dans ce qui pourrait être un langage "fossile", constitué seulement d'une douzaine de mots parlés il y a environ 50 mille ans (Travaux de Merrit Ruhlen, linguiste à l'Université de Stanford-Californie).
    L'un de ces mots est le mot tik ou dike qui signifie à la fois un, seulement, index, ou doigt...
    Ce rétrécissement progressif du champ des mots pourrait ainsi nous amener à formuler l'hypothèse que notre langage humain a pour origine le cri animal, mais nous reviendrons plus en détail sur ce sujet (fig101).

 
    Parallèlement, la même évolution s'observe au sein du langage.
Il passe des vocalisations animales à un langage fossile, pour se diversifier dans la multitude de langues qui existaient aux siècles passés.

    Alors il est possible de constater à nouveau que l'homme, même s'il s'en est différencié depuis et a suivi sa propre voie d'évolution, s'inscrit dans la continuité évolutive des espèces animales.
    En fait, si la reproduction sexuée au sein de la vie primitive végétale ou animale a favorisé le brassage des caractères acquis génétiques (mémorisation par la molécule d'ADN), la communication verbale a favorisé le brassage des caractères appris (mémorisation par l'apprentissage).

    Toutefois notre projet, ici, n'est pas d'étudier l'évolution des langages jusqu'à nos jours, mais bien au contraire de remonter aux sources, c'est-à-dire de repartir des systèmes d'écritures symboliques pour remonter aux images qui les ont générés.

 
   
Dans ce retour aux sources qui, pour nous, s'arrête au langage imagé des rêves, nous allons reprendre à notre compte l'évolution du caractère chinois qui représente ce que nous écrivons "poisson" pour remonter à ses origines.

    Le rêve semble alors être au sein de nos structures cérébrales l'étape intermédiaire et déterminante qui nous a permis de passer de l'objet réel, le poisson, à une image abstraite (graphique). Il consiste en une image virtuelle, fixe ou animée, qui sera à l'origine de la représentation abstraite dessinée avant que celle-ci ne se transforme au sein des systèmes linguistiques.



    Lorsque nous aborderons les rêves, c'est cette représentation mentale visuelle que nous pourrons décrire.
    Nous avons observé, au cours de l'évolution, que certains hommes conservaient le lien presque direct avec la nature même si ce lien passait par le sorcier, alors que les autres le perdaient peu à peu. Chez ces derniers, dans le même temps où les génies de la nature s'isolaient dans l'Olympe ou "au ciel" pour ne plus être représentés que par des images, les zones de leur pensée abstraite se dissociaient de leur "esprit animal".
 
    La pensée animale demeure une pensée intégrée dans la nature.











    La pensée abstraite est une nouvelle forme de pensée, dissociée du monde naturel et concret.
 



    Au fil des siècles, l'homme va poursuivre l'élaboration de son langage abstrait tandis qu'il va continuer à s'écarter du monde de la nature. L'évolution va prendre un nouveau tournant!
    L'apparition de l'intelligence animale va de pair avec la création du langage, c'est-à-dire d'un système de cohésion renforçant l'adaptation à l'environnement. Le langage s'est développé en même temps que le groupe social chez les mammifères (sentinelle aux limites du troupeau). Ce même langage va permettre à l'homme de repousser les limites du territoire en autorisant la transmission de la communication malgré les distances, afin de se protéger du milieu naturel, et de transformer le monde en fonction de ses besoins.
    Ainsi, tout comme les codes écrits dans la molécule d'ADN avaient fixé les caractères acquis au sein du vivant, les écrits vont fixer les caractères appris par l'homme.
    Mais ces premiers langages parlés et écrits établissant des liens entre les hommes sont, à cette époque, encore capables de communiquer directement avec la nature, qu'il s'agisse des esprits de la nature, ou de Dieu créateur.
c – les temps modernes :
                        Les sociétés humaines vont s'étendre au-delà des limites des signaux sonores et optiques, les réseaux de télécommunications et de transmission de l'énergie vont apparaître.
        Nous avons pu observer que l'animal a lui-même développé un système nerveux l'informant sur l'intégralité de son territoire organique, et sur les événements surgissant aux limites de ce territoire.



    Aujourd'hui, l'homme développe plus avant encore ses propres réseaux de communication : chaque homme peut être relié à l'ensemble de la communauté humaine, et cela grâce à l'intermédiaire d'ordinateurs ou "cerveaux électroniques" gérés par des spécialistes. Le parallèle qui peut être observé avec le développement cellulaire en organes et en système nerveux central "ordonnateur" est à ce point de vue saisissant.
    Chaque homme relié à l'ensemble de la communauté humaine, a, comme la cellule et l'homme à son origine, toute possibilité de se transformer ; mais il ne conserve qu'une partie de cette capacité et il se spécialise pour répondre à ses besoins et à ceux de la société.




    A l'origine, la vie était une réalité qu'il n'était nul besoin de comprendre. L'acquisition de la pensée abstraite va dissocier l'homme de la nature et de la vie.
    Une nouvelle étape est franchie : l'homme quitte définitivement le monde sensible pour se consacrer à sa raison matérialiste. Il s'interroge sur ce monde devenu lui-même matériel, et tente de le comprendre tout en s'efforçant de le recréer.




    L'homme se retrouve soudain seul dans l'univers de la matière, la science se développe, excluant tout ce qui n'est pas recherche et transformation.




    La pensée abstraite s'est éloignée de ses sensations et fonctionne de façon totalement autonome.






d - le XXème siècle :
            Au début de ce siècle, survient un tournant de la pensée. Soudain l'homme ne projette plus au ciel sa recherche spirituelle, ou ailleurs sa richesse intérieure, mais la psychologie vient lui rappeler un chemin qui passe par soi.



    La dissociation de l'homme apparaît sous un nouveau jour, non plus sous un schéma de séparation extérieure (l'homme et Dieu), mais sous un schéma de séparation intérieure : le conscient et l'inconscient.



    Les interrelations avec le monde changent.
    Mais ces deux parties isolées renferment en puissance une autre capacité : celle de se réunifier ...



    Ces deux régions intérieures dont l'homme n'a su, depuis des siècles, utiliser qu'une partie, possèdent chacune son langage :
    - le langage verbal.
    - et le langage imagé des rêves.



    Un sens nouveau se dégage, il n'y a plus :
    - d'un côté l'homme et ses interrogations.
    - de l'autre Dieu créateur de la vie.
    - et, en marge, la vie elle-même.



    La totalité se retrouve en l'homme : la vie et sa source se retrouvent en soi, dans un lieu mystérieux appelé l'inconscient.
Et cet inconscient possède sa propre forme de pensée : la pensée naturelle du rêve!



    Avant toute chose, nous allons tenter de saisir comment ont évolué ces deux formes de pensée, et quelle est leur raison d'être.



En résumé :
1 – Développement des formes de vie favorisant la communication :
    Communication chimique et sonore :
    La communication, chimique chez les premières cellules, évolue vers la perception vibratoire.
    Vocalisations et langage :
    Puis, cette perception vibratoire évolue vers les vocalisations , pour aboutir au langage élaboré.

2 - Evolution de la communication au sein des sociétés :
    Langage visuel et auditif :
    Apparition de la vision et de l'audition :
l'animal reconnaît son environnement.

    Premières représentations des images :
    Un nouveau stade est franchi dans l'évolution : les premiers hommes parviennent à représenter en deux dimensions un monde qui leur apparaît en trois dimensions. C'est le symbole visuel.
 

    Apparition du langage :
    Le symbole visuel prend une dimension nouvelle en acquérant la capacité d'exprimer un son.
 

    Elaboration du langage et de l'écriture :
    A partir de la communication sonore, qui se calque sur ce que l'oeil perçoit (l'arbre),

    le langage écrit s'élabore, évoluant progressivement de l'image de l'objet à l'image stylisée,

    pour aboutir au symbole abstrait (l'écriture alphabétique).
 



Chapitre 3 - Supports nerveux de la pensée (suite)