Dieu est subtil, mais il n'est pas malicieux.
    Albert Einstein.







Que retenir ?

    Dans les différentes façons d'analyser les rêves au cours des siècles, on constate une chronologie identique à celle de la dissociation de l'inconscient (voir "Le rêve des origines à nos jours).
    A l'origine, l'homme est en communion avec la nature.
Le rêve nocturne, qui est répétition de l'apprentissage n'est certainement pas très différent de la réalité. Son rêve lui délivre un message individuel.

    Puis l'apparition du groupe développe un ensemble de règles qui crée ce que l'on pourrait appeler la "raison sociale". Celle-ci va exercer une forte pression sur l'individu. L'individu va désormais réagir davantage en fonction de son contexte social.
C'est cette "raison sociale" qui va commencer à influer sur le rêve.

    Les messages en provenance de la collectivité dominent, tandis que le message individuel proposé par le rêve est progressivement dévalorisé...

    Le message que délivre le rêve ne relie plus l'homme à la nature, il devient un message de sauvegarde, un sursaut de l'inconscient individuel face à la société. Le rêve est la réponse de la pensée instinctive face à la pensée rationnelle forgée par la société.
Alors que la perception du monde et sa représentation passent des représentations de la réalité à ses représentations symboliques, les croyances et les rêves suivent le même cheminement.

    Alors que l'on attribue un sens symbolique à des scènes qui ne font que représenter la réalité ,...

     ...d'autres représentations paraissent parfaitement claires, alors qu'elles ne sont que la représentation symbolique et anthropomorphique d'une perception (le dieu) indépendante de la réalité.


    Au Moyen Âge, le message individuel est exclu face à l'intérêt social.

    Seul le bouddhisme donne la priorité à l'évolution individuelle.
    Toutefois, si cette recherche est bien comprise par certains, le peuple ne reçoit pas obligatoirement le message. Ainsi assistons nous à la routine du moulin à prières.
    De même, alors que le bouddha ne s'était jamais paré d'une origine divine, il sera divinisé dès sa mort, et les temples élevés en son honneur seront plus visités par des fidèles en attente de divination qu'en recherche d'évolution.
 

Les moulins à prière.


    Au XXe siècle, Freud s'attaque aux tabous forgés par la société. Il redonne sa place à la sexualité (le corps instinctif). Pour cela il s'intéresse au passé...
Au même instant, Adler privilégie la démarche personnelle et volontaire vers l'avenir.
Perls insiste sur l'instant présent.
Quant à Jung, il développe l'individuation, c'est-à-dire la communion avec l'inaccessible en soi pour recouvrer la totalité de sa personnalité.



Les différentes perspectives de la psychologie selon Freud, Adler, Perls, Jung.

Que retiendrons-nous de tout cela ?
1    - Le rêve est d'essence "divine", c'est-à-dire appartenant à une forme de pensée dissociée de la pensée habituelle, et cette forme de pensée est tellement différente de celle que nous connaissons, que l'on ne peut que la "deviner" à défaut de pouvoir communiquer directement avec elle.
     - il est thérapeutique,
     - il est lié à la vérité,
     - il sert à informer et, souvent, il est nécessaire de suivre ses conseils.

2 – On constate que les religions ont, dans l'ensemble, conservé l'essentiel des caractéristiques du rêve (à savoir une information venue "d'ailleurs"). Par contre, la pensée sociale (entre autres au Moyen Âge) exploite le rêve dans son propre intérêt.
    Il en découle que la pensée rationnelle détruit l'information délivrée par le rêve.


    Mais elle ne peut détruire l'inconscient dont le propre est d'être une intelligence favorisant la survie. De ce fait, comme le Phénix renaît de ses cendres, l'information qu'il délivre réapparaîtra quoi qu'il arrive!

    Au départ, le rêve servait à protéger l'individu en milieu naturel. Ultérieurement, c'est la société qui est devenue prédatrice de l'individu, et le rêve a conservé sa fonction préservatrice. En effet, lorsqu'il n'est pas interprété par un mage mais compris par soi-même (cf Joseph et Marie divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, Matthieu 2:12.), le rêve donne des réponses à l'individu pour l'aider à se protéger de l'ordre social.
    Le rêve assume donc toujours sa fonction qui est de permettre à l'homme de s'adapter à tous les événements.
Son seul défaut (et nous prendrons ici le mot "défaut" dans son sens originel c'est-à-dire quelque chose qui fait défaut, "quelque chose qui manque",) est de n'avoir jamais été entendu qu'à moitié : tout ce qui ne satisfait pas la raison étant systématiquement écarté.
Peut-on comprendre la fonction d'un contenant s'il a été vidé de son contenu?

3 - Il est dit que tous les rêves disent la vérité, tout en renfermant tous une part de mensonge.
Dans le même temps, toutes les interprétations sont justes [cf : Le judaïsme].

4 - L'analyse des rêves par Freud et Adler, nous amène à penser que chacun analyse et comprend en fonction de ses propres limites. Or nous avons vu que c'est l'interprétation rationnelle qui pose problème : le rêve ne pourra donc être interprété rationnellement.
    Pour dépasser ces limites, chaque interprète, y compris le rêveur, devra s'en tenir au seul contenu du rêve, sans jugement de valeur.
Car le rêve est lié à un ressenti intérieur qu'il n'est pas possible de décrire directement. Le langage par lequel il s'exprime est le langage des images et, aujourd'hui encore, la lecture de ces images demeure insatisfaisante.

5 - Ce que les anciens nommaient "dieux" ne serait-il pas plus justement aujourd'hui "ce dont nous avons perdu conscience"? "ce que nous ne ressentons plus"?
    Aussi, ne pourrions-nous plutôt utiliser le mot "inconscient", mot nouveau qui apparaît au XIXème siècle, qui désigne non plus une pensée transcendante (c'est-à-dire supérieure et extérieure), mais une autre partie de la psyché humaine?

    Alors, amusons-nous à remplacer, dans les écrits anciens, le terme "Dieu" par ce mot nouveau!

Job 33:14. Notre inconscient nous parle cependant, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et l'on n'y prend point garde.
Job 33:15. Notre inconscient nous parle par des songes, par des visions nocturnes, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Quand ils sont endormis sur leur couche.
Job 33:16. Alors notre inconscient leur donne des avertissements Et met le sceau à ses instructions,
Job 33:17. Afin de détourner l'homme du mal Et de le préserver de l'orgueil,
Job 33:18. Afin de garantir son âme de la fosse Et sa vie des coups du glaive.


    Si la tournure de chaque phrase demeure identique, son sens ne devient-il pas différent? plus proche de notre compréhension actuelle?

    Toutes ces civilisations qui se sont succédées au cours des siècles ont-elles réussi, aujourd'hui, à faire en sorte que nous connaissions tout des rêves ? Que nous connaissions tout de notre inconscient ? Pouvons-nous espérer tout comprendre de cette pensée qui nous habite alors même que nous nous efforçons de la rejeter hors du champ de notre conscience ?

    Tout en le faisant progresser dans la relation matérielle avec le monde extérieur, l'évolution de l'homme au sein du groupe semble l'avoir conduit dans une impasse. Un langage s'est perfectionné, mais un autre a été perdu.

            Quel chemin l'homme a-t-il suivi?

                        Et quel chemin pourrait-il prendre aujourd'hui?




    En résumé :


1 - Le vécu au cours du rêve ne présente pas de différence avec le vécu dans la réalité.
De même, les représentations du monde par les images sont identiques à la réalité.


 

 

Jabbaren - Plateau de Tamrit - Algérie.
Réalité.
Rêve.
Représentation de la réalité.






2 - Alors que l'homme passe de la cueillette à la sédentarité,
il se trouve dans un nouvel environnement social qui l'amène à contrôler ses réactions individuelles instinctives.

Ce phénomène se retrouve dans le rêve et donne naissance à des images où un animal sera représenté avec une tête humaine : façon qu'a l'inconscient de nous présenter la transformation des instincts.



 

 

Le Sphinx de Gizeh - Egypte.
Réalité.
Rêve.
Nouvelle représentation de la réalité.

L'homme affronte le lion.
Le lion inquiétant prend figure humaine...
... et prend place dans la réalité.






3 - Ultérieurement, l'animal lui-même sera amené à disparaître.
(L'instinct cesse d'être représenté. Il devient inconscient.)


 

 

Poseidon.
Réalité.
Rêve.
Nouvelle représentation de la réalité.

L'homme est confronté aux vents et aux courants....
L'imaginaire décrit symboliquement ce à quoi il s'affronte...
... et l'image prend place dans la réalité.






4 - L'instinct de l'enfant est capable de lui fournir toutes les réponses
nécessaires à la satisfaction de ses besoins.

Le ressenti...
...détermine la réflexion...
...qui déclenche l'action.






5 - mais lorsque l'instinct devient inaccessible, il nous parle par le biais du rêve.

Réalité.
Rêve.
Retour à la réalité.

Si nous n'avons plus conscience de nos besoins...
...notre inconscient peut nous souffler la réponse...
...mais ne va-t'on pas oublier que le rêve nous a fourni la réponse?






6 - Voir les choses avec justesse nécessite une écoute intérieure.
L'homme pourrait ainsi réintégrer sa part inconsciente.

Le rêve...
...peut nous amener à une interprétation arbitraire...
...ou nous permettre de reconnaître
nos besoins.






7 - Comme il s'avère que cet Inconscient se trouve en l'homme, il est possible de le retrouver.

Pour cela il est nécessaire de savoir :

- d'où l'on vient,
- où l'on va
- où l'on se trouve
- et ce que l'on cherche.






Ch 2 - L'extinction de la conscience : (suite)