La vérité est-elle fruit de l'expérience et des sens?
Ou bien produit de la raison, de l'intuition ou des représentations internes?
    William Molyneux




L'extinction de la conscience.

















1 - Conscience et rationalité :

    Conscience : Du latin « cum scire » : connaître ensemble. Nous prendrons ici le mot conscience dans son sens le plus large, à savoir la faculté qu'a l'être humain de prendre connaissance de lui-même ainsi que du monde extérieur.

A - Vers l'apparition de la conscience :
    On peut supposer que l'enfant est conçu "non conscient".
C'est à partir du moment où ses sens vont se développer (ouïe, odorat, goût, toucher) qu'il va commencer à découvrir le monde qui l'entoure, et cette prise de conscience va amener l'être en devenir à réagir en fonction de ce qu’il perçoit.

Ce monde qui l’entoure est un monde clos, aquatique, sombre et rempli de bruits divers.

 
    In utero, le foetus perçoit le monde et en prend conscience par l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher .

    A sa naissance, la conscience de l'enfant, en voie d’élaboration à partir des quatre sens initiaux, va s'enrichir d'un cinquième sens : la vision.
Il ouvre alors les yeux sur un autre monde, et sa conscience va s'élargir au monde extérieur...
C'est à ce moment qu'il développera son identité en se distinguant des êtres et des choses qui l'entourent...

 
    Découverte du monde par la vision.

 
    Développement du champ de la conscience, .

    Représentation de ce monde au sein des structures mentales.
 

Il y aura désormais :
    - lui
    - et son environnement.

    Les choses pourraient s'établir définitivement ainsi, l'enfant ayant acquis son identité, demeurant conscient du monde qui l'entoure, s'adaptant sans cesse à ce monde, et élargissant le champ de sa conscience au gré de l'évolution des événements auxquels il est confronté.
Plus tard, cette conscience continuera de se développer grâce à l'acquisition du langage verbal et de l'apprentissage social.
    C'est en effet grâce à ce langage verbal que la perception individuelle va se confronter à la description faite par le groupe.

Nous pouvons ainsi constater que la conscience n'apparaît pas brusquement à un instant "t" du développement humain : sa construction suit un développement progressif.

    Ne paraît-il pas plus logique d'affirmer maintenant que l'embryon, considéré au départ comme non conscient, a déjà la capacité de prendre conscience de ce qui l'entoure et de développer sa propre identité ?

Un état d'équilibre va pouvoir s'instaurer.

 
 
    L'équilibre s'instaure entre les perceptions intellectuelle et sensible.

B - Conscience et interprétation :

    Toutefois, il est important de mieux comprendre le fonctionnement de la conscience.
Nous pensons saisir la réalité du monde mais, dans les faits, notre cerveau n'est qu’une machine à interpréter des sensations et des perceptions pour faire naître en nous des images de ce monde.
    Ainsi, à partir de la perception de la réalité extérieure, nos structures mentales ne sont capables de nous en donner que des représentations.
Nous pourrions prendre l’exemple de la crise de sciatique : lorsqu’une hernie vient comprimer le nerf sciatique, notre cerveau ne reçoit pas une douleur en provenance de la jambe, il reçoit une information en provenance d’un point de compression du nerf situé au niveau des vertèbres lombaires. Mais comme ce sont les fibres en provenance de la jambe qui lui apportent cette information, il interprète que c’est cette dernière qui est concernée. Il en va de même pour le phénomène du membre fantôme.

 
    La douleur perçue n'est pas toujours en relation avec le trouble réel.

Elle peut être due :
  - à une inflammation du membre
  - à une compression du nerf sciatique
  - à un phénomène de mémoire.

    Savons-nous vraiment à quoi le monde ressemble ?... Pour un scientifique qui utilise un microscope électronique, le monde est fait de millions de points plus ou moins gros (atomes, molécules) en suspension dans un espace essentiellement constitué de vide.


    En fonction de la longueur d'onde émise ou réfléchie par l'objet observé, et après que ces ondes ont transité par des aires spécialisées, notre cerveau va créer une image.

C'est grâce à cette image que nous pourrons ajuster notre comportement.

    Le soleil émet toute la gamme des longueurs d'onde visibles.
    L'arbre n'en réfléchit que certaines.
[*]
 

    De la même manière, nous croyons toucher les objets qui nous entourent ?
Que nenni !
    Ce sont les forces de répulsion, qui font qu'à une certaine distance de la matière nous ne pouvons aller plus avant, que notre cerveau interprète comme la sensation de toucher.

    Le monde n'existe donc pour nous qu'en fonction des images que notre cerveau produit. Notre conscience ne pourra donc exister qu'à partir de ces informations reçues, reconnues et interprétées.

    Cela sera valable également pour les molécules qui excitent les muqueuses de notre langue ou de notre nez, ainsi que pour les ondes sonores qui font vibrer nos tympans.

    Notre « conscience » est totalement liée à la capacité de notre cerveau à interpréter plus ou moins bien les choses.

Un seul sens nous manque, et nous pourrions bien nous révéler incapables d'interpréter correctement la réalité.

    Sachons que ce sont ces mêmes images que nous retrouverons à l'intérieur de nos rêves...

C - Evolution de la conscience vers la rationalité :
          a - expansion et récession de la conscience :
    Tandis que l’enfant avance sur le chemin de l'apprentissage social, deux phénomènes antinomiques se produisent :
- le développement de sa rationalité,
- la disparition progressive de sa perception sensible.
 

    Nous retrouvons ce mécanisme chez ces sujets appelés « calculateurs prodiges », capables de faire spontanément des calculs inaccessibles au commun des mortels. Au fur et à mesure qu'ils développent une autre capacité (par exemple l'étude des lettres) ils perdent leur capacité première...
    Inversement, chez un aveugle, les aires visuelles devenues inutiles vont renforcer les capacités auditives.

    Lorsque nous étions " primitifs" (et nous prendrons ce terme dans son acception originelle qui signifie "premier"), les interrelations que nous entretenions avec le monde nous amenaient à réagir en respectant ce dernier (Connaissez-vous la belle version poétique du discours du chef indien Seattle au gouverneur Isaac Stevens?

    Chaque flanc de montagne, chaque vallée, chaque plaine, chaque bocage a été sanctifié par un événement heureux ou malheureux survenu à une époque depuis longtemps révolue. Les rochers eux-mêmes, apparemment muets et morts, transpirent sous le soleil le long du rivage silencieux, et frémissent du souvenir d'événements importants liés à la vie des miens; la terre épouse plus amoureusement nos pas que les vôtres parce qu'elle est riche de la poussière de nos ancêtres, et que nos pieds nus sont conscients de ce contact rempli d'amour.)
 
    La nature développe notre sens de la beauté, de l'utile ; mais elle participe également à notre vie sociale et à l'échange permanent entre toutes les espèces
 

          b - effacement de la conscience :
    Aujourd'hui il en va différemment : le monde que nous ressentons s'est progressivement effacé en nous.




    Tout occupée qu'elle est à développer l'utilisation, le monde réel existe-t-il encore pour notre raison?
La perception et la conscience de ce monde ?... que deviennent-elles?
L'état d'équilibre est rompu!...

    Ainsi le monde adulte va-t-il imposer son influence : l'enfant va devoir renoncer à une partie de ses capacités !
Beaucoup de choses dont il aurait pu être conscient vont lui être interdites...
Agir immédiatement en fonction de ses besoins ? Impossible !
La nudité ? Interdite!
Son identité va devoir se développer en fonction du vêtement, celui-ci dépendant du groupe social auquel il appartient...


    Que va alors devenir sa conscience de l'autre, cet autre pourtant si semblable, mais qu'il ne verra pas avant longtemps tel qu'il est !

    De même, d'autres connaissances, dans le même temps, vont lui être imposées !...
Son groupe culturel affirme que la Terre est plate ?...
Exit Copernic et Galilée !

    Ce même groupe affirme la validité de la génération spontanée ou que le monde s’est créé en un instant? Oubliées les découvertes scientifiques !

    Le conditionnement social dirige notre cerveau inhibiteur.
Le fonctionnement de ce dernier a été mis en évidence dans les expériences de détection du mensonge.
Des sujets, allongés dans un imageur IRMf, doivent indiquer quelle carte à jouer ils possèdent dans leur poche, ou s’efforcer de mentir sur son identité.

    Dans les deux cas, certaines zones du cerveau s’activent.
Mais, lors du mensonge, d'autres zones vont intervenir, inhibant l’information délivrée par les premières.

 
    En bleu : zones s'activant lorsque la réalité est reconnue.
 

 
    En rouge : zones s'activant lorsque la réalité est niée.
 

    Cette expérience traduit que le premier travail de notre cerveau correspond au fonctionnement même de celui de l'animal : reconnaître ce qui est. Ce n'est que dans un deuxième temps que le rejet de la réalité se fait, pour se conformer aux règles prédéfinies.

    Dans la vie quotidienne, les comportements vont ainsi progressivement changer, se développant ou s'effaçant au gré des valeurs institutionnelles.
    Petit à petit, un certain nombre d'éléments nous reliant à la vie extérieure vont être exclus... Et comme l'évolution de notre système nerveux, de notre pensée, de nos capacités d’action dépend de l'ouverture sur le monde, les interdits vont freiner ce développement, voire l'arrêter !






2 - Les trois périodes de la vie : (suite)