Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts.
    Isaac Newton





Le rêve au cours des âges.






1 - Le rêve à la Préhistoire :

     Malgré l'intérêt permanent montré par l'homme pour ses rêves au cours des millénaires, aucune réponse satisfaisante n'a été apportée à ces derniers.

A - Le ressenti des premiers hommes :

    Si l'on se réfère aux définitions de l'animisme, il s'agit :
    - de la croyance en une âme, une force vitale animant les humains, les animaux, les éléments naturels. Ces esprits peuvent agir sur le monde ici-bas, et il leur est fréquemment voué un culte. (Wikipédia)
    - de la croyance aux âmes et aux esprits. (Universalis)
    - d'une attitude consistant à attribuer aux choses une âme analogue à l'âme humaine. (Robert)
    Cette perception du monde dans les sociétés premières semble être à l'origine des religions et s'inscrire dans le courant évolutif de ces dernières.
Tout ce qui existe dans le monde possède une âme. Mais qu'est-ce qu'une âme ?
 

    Du latin « anima » qui signifie souffle et a donné des mots aussi variés que âme (principe vital), animal (être vivant doué de mouvement), on pourrait le définir comme le souffle de la vie, ce qui anime les êtres.
    Et qu'est-ce qui anime tout d'abord notre vie ? Ce que nous ressentons !...
    Tout ce qui possédait la capacité de "nous mouvoir", de nous mettre en mouvement, tout ce qui possédait aussi la capacité de nous « émouvoir » possédait une âme, principe vital avant de devenir un principe religieux.

    Tout ce que nous percevons comme étant à l'extérieur de nous même est en réalité lié à une sensation située à l'intérieur de nous même.. Aussi, la force réelle de la chose (être vivant ou inanimé) que l'on observe, réside dans l'émotion que nous éprouvons en sa présence...
    - la montagne est majestueuse...
    - le ciel est menaçant...
    - la forêt est mystérieuse, ses bruits sont inquiétants...
    - l'enfant est touchant...
    - l'éléphant est impressionnant...

    La force du génie de la nature était dans le ressenti que les hommes éprouvaient comme une « présence »... Il était la « présence » que ressentaient nos ancêtres en toute chose...
    Le vent n'était pas ce courant aérien que Monsieur météo appelle « mistral » et qu'il nous décrit soufflant à 80 km/h dans la vallée du Rhône... Il était cet être impalpable qui le faisait frissonner de froid... Vous savez ? Le même frisson que nous ressentons la nuit lorsque nous sommes seuls et que quelque chose effleure notre peau et nous fait frémir de peur...
    Il n'était pas non plus ce "courant aérien circulant entre une haute et une basse pression" : il était ce hululement entre les branches du chêne, une attaque féroce contre laquelle l'arbre se débattait en bruissant de toutes ses feuilles ! Parfois l'arbre était le plus fort, et le vent s'arrêtait, épuisé par la lutte... Mais parfois l'arbre était terrassé par cette force invisible que rien ne pouvait arrêter et qui nous prouvait sa force invincible en abattant la forêt !
    L'être humain moderne ressent encore, parfois, des choses, mais ce qu'il ressent surtout c'est l'inquiétude du lendemain... Son seul objectif est alors d'échapper à l'anxiété, c'est-à-dire à son ressenti.

    Les premiers hommes ressentaient !
Nous ne pouvons dire ce qu'ils ressentaient, tout comme nous sommes incertains de l'existence du big-bang, mais imaginer un point de départ permet de mieux comprendre la succession des événements qui ont suivi.
    J'ai donc envie d'imaginer que chez les peuples les plus primitifs, intégrés dans le monde dans lequel ils vivaient, le rêve était certainement peu différent de ce qu'était la réalité. Tous deux se complétaient, et cela se comprend puisque le rêve parle le même langage que la réalité.

 
    Le rêve est identique à la réalité.

B - Les premières interprétations :

    Petit à petit, le besoin de comprendre le monde a amené l'homme à chercher des explications aux phénomènes mystérieux qu'il ressentait en même temps qu'il voyait leurs manifestations extérieures.
    Et là où l'individu isolé était démuni face aux peurs qui l'envahissaient, le groupe a permis la compilation de faits concordants qui ont fait office de preuve : si le soleil se cachait et que le ciel grondait, n'était-ce pas la preuve d'une présence courroucée?

 
    L'enfant que nous avons été n'a-t-il jamais joué à reconnaître une forme dans les nuages? Lorsqu'on ne sait pas de quoi est fait un nuage, quoi de plus naturel que d'être certain que c'est un être magique.

    Le génie était né, et ses semblables allaient conquérir le monde.

    Ce qui fait office de preuve chez les humains a toujours été "la conviction partagée par le plus grand nombre"... Aujourd'hui nous parlons de croyance en ce qui concerne les générations qui nous ont précédé, car nous savons ce qui se cache dans l'événement "orage" (Orage = du froid, de la vapeur d'eau qui se condense, des charges électriques...). Des faits nouveaux ont fait évoluer nos propres connaissances mais, pour les peuples concernés, il ne peut s'agir de croyance : pour eux, il y a certitude.

    De toute façon, nous-mêmes, hommes de savoir, n'hésitons pas à recourir aux "esprits" pour expliquer le craquement lugubre de l'armoire en chêne au coeur de la nuit!... Et les petits hommes verts sont bien utiles eux aussi quand nos connaissances nous font défaut......

    Mettre des mots sur un ressenti nécessitait de mettre une forme à ce ressenti : cette forme est devenue ultérieurement un personnage : le dieu.
Si le soleil se cachait et que le ciel grondait, n'était-ce pas le signe qu'un dieu était en colère ?



 
    L'être humain a ainsi transformé son premier ressenti en tentant de lui donner un sens.
 

    Dans les cultures animistes, l'évolution du rêve a été parallèle à l'évolution de la perception diurne.
La sensation éprouvée le jour lors d'un coup de vent, sensation attribuée à une force extérieure dotée de vie, nous allons la retrouver dans les rêves.

 
    La réalité est interprétée grâce aux connaissances du moment.
 


 
    Si, pour l'animal, le rêve demeure certainement identique à ce qu'il vit...


 
    ...les rêves de l'homme demeurent identiques à ce qu'il ressent, mais également à ce qu'il imagine.
 

    Le rêve apprenait aux animaux et aux premiers hommes à s'adapter aux situations de la vie quotidienne.
Il était tout à fait naturel que le rêve de l'homme intègre peu à peu ses propres interprétations (génies et autres trolls)...
Le rêve allait donc lui apprendre à réagir non seulement face aux forces naturelles, mais également face aux forces surnaturelles.

    Le rêve intègre la réalité.
 

    Mais il intègre également les interprétations de cette réalité.
 

    L'animisme a pu ainsi constituer le prélude à la croyance aux dieux.

Conclusion :
    Dans les sociétés animistes,la description du monde est essentiellement figurative. Nous pouvons supposer que le monde des rêves est peu différent du monde réel, lui-même représenté à l'identique dans l'art rupestre.


    Ainsi le ressenti est le point de départ de la perception de la vie et de notre capacité à réagir. Quant au terme "génie", il est la meilleure façon de décrire ce qui ne peut être appréhendé avec des mots.
    
Le ressenti au cours du rêve ne présente pas de différence avec le ressenti dans la réalité
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2 - Le rêve dans l'Antiquité : (suite)