God is my copilot.
    Robert Lee Scott Jr.












Conscience sociale et sommeil paradoxal.
La conscience revisitée
.






2 – L'inconscient cet inconnu :

A – Qu’est devenue notre perception sensible au cours de l’évolution ?

    Au cours de l'évolution, à partir du moment où les cellules ont commencé à s’assembler en organismes plus complexes, l’information sensorielle et la réponse motrice ont été privilégiées.
    On retrouve ainsi, chez les éponges, un système nerveux très primitif et diffus. Ultérieurement, les cellules nerveuses éparses s’assemblent en ganglions (crabe) sans toutefois constituer un véritable organe. Chez la pieuvre, ce système ganglionnaire va se développer au niveau de la tête et constituer une structure évoquant le cerveau des vertébrés, mais les ganglions qui innervent les tentacules possèdent une réelle autonomie : des chercheurs israéliens ont pu constater, en sectionnant les liaisons nerveuses entre le cerveau de l'animal et ses tentacules, que ces derniers pouvaient continuer à réagir de manière adaptée à des stimuli.
    Progressivement, les cellules nerveuses vont s’organiser en système nerveux central pour rassembler l’ensemble des informations en provenance des organes sensoriels et élaborer des réponses de plus en plus complexes.
    Ce système nerveux central atteint son apogée évolutive chez les mammifères vertébrés supérieurs.
    Le néocortex va voir sa surface augmenter de manière importante, d’abord chez les mammifères prédateurs, car la chasse requiert un système sensoriel et moteur beaucoup plus perfectionné que pour les herbivores.
    Ce système va conserver toute son importance chez l’homme même si le développement des systèmes associatifs y est privilégié.

Importance des système sensoriel et moteur, parallèlement au développement des zones associatives chez les mammifères.

    C’est ce développement de plus en plus important des systèmes associatifs qui donne une impression de régression des systèmes sensoriels : si l’on s’intéresse plus particulièrement au système olfactif chez les vertébrés, on constate qu’il occupe près de 50% de la masse totale du cerveau du Poisson, pour se réduire à 3% chez le Chat et à moins de 0,5% chez l'Homme !


    On peut toutefois se demander ce qu’est devenue notre capacité olfactive (et nos autres sens par la même occasion) si l’on compare le volume des lobes olfactifs chez l’homme par rapport à ce volume chez un serpent ou chez un mammifère réputé pour son odorat.
    Certes, nos régions sensitives sont proportionnellement très petites par rapport à l’ensemble de notre cerveau, mais bien souvent plus grande que chez les animaux qui utilisent leur flair en permanence pour reconnaître leur environnement.
    Ainsi, le chat, avec un cerveau de 31grammes n’aura qu’1gramme de cellules olfactives, alors que l’homme, avec ses 1500grammes de cerveau se verra doté de lobes olfactifs d’un poids de 7,5grammes. Il en va de même pour le chien avec ses 120 grammes de cerveau.
    On pourra rétorquer que la surface sensorielle du chien, avec ses 150cm² et 200 millions de cellules réceptrices, est beaucoup plus importante que celle de l’homme (5 à 20 millions pour 4 cm²). Mais il est très difficile de se faire une idée de l‘importance de son odorat.
    En tout état de cause, cette question révèle tout son intérêt lorsqu’on sait qu’il existe chez les parfumeurs et les œnologues des « nez » capables de différencier des odeurs inaccessibles au commun des mortels.
    Par rapport à celui des espèces moins évoluées, notre odorat aurait-il diminué, ou aurions-nous perdu notre capacité à l’exploiter ?
    Toutefois, comme nous avons pu le voir, plus que le poids ou la taille du cerveau, c’est le développement de ses différentes aires et leur destination qui vont faire la différence.
Déjà, on constate que, le développement du néocortex varie énormément selon les espèces. Si les poissons et les amphibiens en sont dépourvus, il représente 20 % du poids du cerveau d’une souris et 80 % de celui de l’homme !
 
    Chez les mammifères une région de ce néocortex s’est imposée, le cortex préfrontal, pour atteindre son apogée chez l’homme.

    Ce développement du cortex préfrontal est allé de pair avec la verticalisation du front chez les hominidés.

Développement de la boite crânienne et verticalisation du front chez les hominidés.
1 Australopithecus robustus, 2 Homo erectus, 3 Homo sapiens

    Pourtant, alors qu’on pensait que nos capacités d’abstraction et de qualification provenait de ce développement de notre cortex préfrontal, des études effectuées en utilisant l’imagerie par résonance magnétique (I.R.M.) ont permis de constater que la taille relative du cortex préfrontal humain était presque identique à celui des grands singes.
    En fait, la plus grande importance du cortex préfrontal humain vient essentiellement de l'augmentation du volume de matière blanche constituée par les axones qui établissent les interconnexions entre cette région et le reste du cerveau.
    Mais, malgré cette évolution semble-t-il favorable au développement de l’intelligence, celle de la conscience ne semble pas avoir suivi un chemin parallèle.

B – Les limites de la conscience :

    La métaphore qui traduit le mieux le fonctionnement de la conscience est, depuis Freud, celle d'un faisceau de lumière projeté sur la scène obscure d'un théâtre.
    Bien que paraissant très précise, notre conscience ne nous fournit en effet qu'une vision parcellaire d’une pièce dont l’essentiel se joue dans les profondeurs de notre inconscient.
D’une infinité d’éléments qui pourraient lui être accessibles, notre conscience n’en sélectionne que la partie congrue.

    Ce constat est important, car il sous-tend que la conscience que nous connaissons pourrait n’être qu'un « résidu » d'une conscience plus large dont une grande partie est écartée.
    Lorsqu’on compare le cerveau du singe à celui des autres espèces, on observe le développement du cortex frontal, cortex que nous avons dévolu à la conscience. Pourtant, malgré un cortex moins développé que celui de l’homme, les chimpanzés ou les macaques, et la plupart des espèces évoluées, possèdent la conscience d'eux-mêmes (miroir) [cf : La conscience-étude des comportements], de l'autre (lavage de la nourriture) [cf : Transmission de l'information] et des raisons qui poussent celui-ci à agir. Ils peuvent alors organiser leur comportement grâce à l’intégration de toutes ces données...
    En fait, nous avons vu qu'une autre pensée en nous semble tout percevoir, et cela très rapidement. Ce que nous décrivons comme étant « la Conscience » n’est donc que l’une de ses composantes : la conscience sociale, celle qui sélectionne les informations pour n’en retenir que celles qui concernent le groupe d’appartenance, celle qui ne peut voir qu'une seule chose à la fois, celle qui trie, interprète et s'avère même capable de nier la réalité des choses.
    Elle apparaît après tout un travail de traduction et, bien souvent, de négation de la réalité immédiate.
    Alors, si notre conscience sociale est si limitée, examinons les capacités de ce qui est appelé l’inconscient.

C – Caractéristiques de l'inconscient : il observe, ressent, et prépare à l'action :

    a- l'inconscient génère ses propres pensées :
    Les techniques de neuroimagerie qui permettent aujourd’hui d’observer le cerveau en fonction font apparaître une prise de conscience encore plus surprenante qu'on ne l'avait imaginée jusqu'ici.
    Nous sommes certains que lorsque nous prenons une décision, celle-ci dépend uniquement de notre conscience et notre libre arbitre.
    Pourtant, notre conscience ne se révèle nullement nécessaire. En effet, la majeure partie des perceptions qui parviennent à notre cerveau est traitée par celui-ci sans même que nous nous en rendions compte.
    C'est ainsi qu'au début des années 1980, le psychologue britannique Anthony Marcel a constaté que l'on peut avoir compris le sens d'un mot sans même avoir eu conscience de le voir.
    Au cours de la même période, le neuro scientifique américain Benjamin Libet a obtenu des résultats similaires : l'électroencéphalographie a montré que le cerveau prépare l'action 350 ms avant que le sujet ait conscience de la vouloir.
    La transmission de l'information vers les régions cérébrales où s’élabore la conscience ne se fait qu'après la mise en place des données de l'information.
    Ainsi, avant même que nous n’ayons conscience, « une autre pensée » qui semble posséder sa propre conscience à laquelle nous n’avons pas accès a déjà tout mis en place.
    Notre volonté consciente ne semble donc pas à l'origine de nos actes ! Elle peut être comparée au technicien qui participe à la dernière phase de lancement d'une navette spatiale. Il appuie sur le bouton de mise à feu, conscient de son geste, mais sans avoir jamais eu conscience de l’énorme travail effectué par une multitude d'autres individualités conscientes qui, du fabricant de crayon à celui du mathématicien, en passant par le métallurgiste et le videur de corbeilles à papier, ont oeuvré dans l'ombre...

« Notre conscience ne survient qu’à la fin d'un long processus
dont nous nous croyons les maîtres, mais qui nous échappe totalement ».


    Ainsi, les décisions que nous prenons n’ont-elles pas pour origine des pensées conscientes. Savons-nous pourquoi nous choisissons un partenaire de vie plutôt qu’un autre ?... Qu'est-ce qui, en nous, nous a insufflé cet élan vers l'autre qui échappe à tout comportement rationnel ?
C'est lorsque nous aborderons les rêves qui surviennent au cours du sommeil paradoxal que nous comprendrons mieux l'élan qui nous pousse vers une personne, en excluant toutes les autres.
    Nous sommes gouvernés par une pensée que, faute de parvenir à l'appréhender, nous avons choisi d’appeler « inconscient », mais qui a intégré toutes les données accumulées au cours de notre histoire
    Nous nous dirigeons dans un monde en perpétuel mouvement comme des aveugles qui ne prennent connaissance de leur destination que lorsqu’ils y sont parvenus. Ce qui nous dirige dans ce monde s'exprime par un mot qui traduit bien notre ignorance : l'intuition. Nous ne sommes capables d'agir qu'après que des fonctions inconscientes aient déterminé ce qui va se passer, et comment nous allons réagir.
    Matthias Brand, professeur à l'université de Duisbourg Eissem s'est intéressé à cette activité inconsciente de notre cerveau qui prépare chacune de nos décisions.
    Dans le test dit « du casino », les sujets doivent choisir des cartes dans quatre paquets, tandis qu’un appareil mesure leurs réactions de stress, comme le ferait un détecteur mensonges.
Certains paquets rapportent régulièrement de petits gains, tandis que d’autres engendrent régulièrement des pertes importantes. On constate alors que, progressivement, le sujet développe une intuition qui l’oriente vers les bons paquets. Mais il ne peut expliquer pourquoi qu’au bout de 80 tirages.
Serions-nous confrontés ici à ce mécanisme qu’en d’autres circonstances on nomme prémonition ?
Brant a pu constater que des réactions de stress apparaissent bien avant que le sujet ne choisisse un mauvais paquet, et ce dès la 10e carte... Notre pensée inconsciente a donc 70 cartes d'avance sur notre pensée consciente : elle nous prévient de nos mauvaises décisions avant que nous ayons conscience du mauvais pas dans lequel nous nous engageons.
    Ce test, tout en nous montrant les capacités de notre inconscient, nous dévoile la difficulté qu’éprouve notre conscience à accéder à des informations qui pourraient s’avérer importantes ; en particulier les informations qui lui parviennent de ces sens qu’elle a si bien appris à contrôler! Là encore, notre pensée sociale nous dévoile sa capacité à agir sur injonction extérieure, et à mettre en œuvre toutes les procédures qui lui ont été communiquées, mais elle éprouve les plus grandes difficultés à répondre aux sollicitations en provenance de ses propres sens mis en alerte.
Curieusement, ce fonctionnement de nos cellules cérébrales est identique à celui qui existe au sein des sociétés industrialisées. Les individus qui la constituent ont conscience des besoins bien avant que celui qui dirige n'en prenne conscience, et lorsqu’il y parvient, il n'est pas certain qu'il en tienne compte.
    Ainsi, le cortex frontal reçoit-il des informations qu’il peut négliger. Nous verrons d’ailleurs, en abordant le chapitre des maladies que ce même cortex peut aller à l’encontre de ces informations.
    Pourtant, même si notre pensée sociale a appris à négliger les informations provenant de ses sens, leurs signaux demeurent généralement capables d'influencer notre pensée sociale et nos décisions : lorsque nous changeons notre façon de penser et d'agir, nous sommes encore sous l’influence de notre inconscient.
    
    Tout se passe comme si notre cerveau était composé de deux entités : l'une étant représentée par le matelot de quart qui informe et le commandant qui dirige le navire ; l’autre peut être comparée à l’amiral qui intervient dans les décisions d’ordre plus général.
 

C'est pourtant ce dernier qui, bien qu’écarté de la manoeuvre et des circonstances réelles, est seul à prendre les décisions.

« Avant même que nous prenions conscience,
quelque chose en nous a déjà eu conscience! »

    Il n’est donc pas possible de décrire la conscience sans s’intéresser à cette autre facette de notre personnalité et de nos capacités que nous regroupons sous le terme générique d’ « Inconscient ».
Quelles sont donc les capacités de cette pensée inconsciente ?

        b- l'inconscient observe et ressent :

    Nous avons appris que les régions antérieures du cortex contrôlent les réactions déclenchées par les aires sensorielles postérieures. Elles agissent à la manière d’un personnage qui habiterait notre crâne et superviserait tous les agissement d’un deuxième personnage dangereux et pulsionnel au point de le rendre quasi inexistant. Nous allons toutefois devoir abandonner cette représentation erronée.
    Malgré tous ses efforts de contrôle, notre pensée sociale ne peut échapper totalement à ces aires sensorielles qui conservent leur autonomie et génèrent leurs propres pensées.
 

    En fait, le cerveau non conscient observe le monde, génère des pensées et des réactions, alors que le moi conscient se contente d’en prendre connaissance et de les laisser circuler ou de les inhiber.
Comment fonctionne cette pensée qui agit à notre insu ?

    Rappelons l’expérience consacrée à l'onde P300. Le cerveau d'un patient en état végétatif [cf : Les états altérés de la conscience] peut parfois distinguer son prénom d’un autre prénom alors qu'il est considéré comme non conscient. Cette activation neuronale s'observe également durant une anesthésie générale ou chez des sujets qui dorment [cf : Le travail de la conscience durant le sommeil].
Bien que considérée comme réflexe, cette réaction pourrait bien démontrer la « capacité de conscience » de notre inconscient. Quelles que soient les circonstances, ce dernier conserve la capacité d’interagir avec son environnement, et de reconnaître les éléments (ici le prénom) qui se rapportent à sa propre identité.
    De plus, notre inconscient est capable non seulement d’interagir avec l’environnement, mais il peut aussi recréer un univers entier d’images et de sensations comme nous pouvons le constater au cours du sommeil paradoxal. Lors du rêve, notre inconscient apprend alors à notre pensée ordinaire à prendre conscience et à évoluer dans cet univers.
    Lorsque nous nous sommes intéressés aux images cachées [cf : CF et focalisation] , nous avons vu que la capacité de voir deux images est celle de la Conscience.
Pourquoi ne peut-on voir tous les aspects d’une image ou d’un mouvement ?

 
    Dans quel sens tourne la danseuse ?
S'il est difficile de passer d'un sens à l'autre, des repères peuvent faciliter la perception. Voir : http://www.borntobuzz.com/cool/illusion-optique-danseuse.html

    Une pathologie désignée sous le nom de « vision aveugle » est très instructive à cet égard.

    On sait, depuis les années 1980, que des patients devenus aveugles à la suite d'une lésion du cortex visuel, s’avèrent capables de percevoir sans voir. On parle dans ce cas de « vision aveugle ».
    On a ainsi constaté, chez un patient atteint de cette pathologie, qu’il affirmait d’abord ne pas voir les différentes émotions (colère, peur, plaisir...) exprimées par des visages qui lui étaient présentés. Toutefois, si on lui demandait de deviner l’émotion présentée, sa réponse était généralement juste.
 

    Cette vision aveugle, c'est-à-dire non consciente, des émotions, est confirmée en neuro-imagerie par les réactions de l’amygdale à la présentation des différentes expressions faciales.

    Comment expliquer ce phénomène alors que le cortex visuel est détruit ?


 
    Le nerf optique qui part de la rétine se subdivise en deux branches : une branche qui rejoint le colliculus supérieur, l’autre rejoignant le corps genouillé latéral du thalamus à partir duquel des neurones vont rejoindre le cortex visuel.
    De nombreuses expériences ont démontré que les patients détectent, sans en avoir conscience, de nombreuses composantes visuelles outre celle des émotions, comme le mouvement, la couleur, des formes simples comme X et O, et l'orientation de lignes.
    On peut penser que ces noyaux intermédiaires possèdent leur propre autonomie dans la perception de l’environnement et dans les décisions à prendre.
    Le colliculus supérieur dirige les mouvements des yeux et de la tête. Le corps genouillé est proche du thalamus qui reçoit des informations des aires de la perception et du système limbique (impliqué dans les phénomènes émotionnels), et transmet ces données au cortex moteur.
 

    On constate donc que notre cerveau, en se spécialisant, ne parvient plus à conserver la conscience de fonctions qui faisaient partie de ses capacités premières.

« L'inconscient se développe grâce aux sensations,
la conscience s’appuie sur l'apprentissage reçu »


        c- l'inconscient crée et informe :
    Un gouffre existe entre la spontanéité avec laquelle notre inconscient réagit aux sensations et les raisons - issues de notre éducation - qui nous poussent à agir. En effet, si la réalité est une, l’interprétation qu’en fait notre rationalité est extrêmement variable : ainsi, la sexualité pourra-t-elle être un bien car créée par les dieux, ou écartée comme un mal à l’initiative des démons, et la nudité, pourtant indissociable de l’humanité, une réalité assumée ou un tabou.
 

    Le même gouffre existe dans le domaine de la créativité.
    Si la concentration peut être améliorée lorsque notre cortex frontal est dirigé vers un but abstrait, c’est notre inconscient qui nous révèle les nouvelles théories, celles qui nous ouvriront les yeux sur une nouvelles compréhension du monde.
    Ainsi, les pensées issues de la zone primitive de notre cerveau ne sont pas muettes,... Bien que leur langage nous soit devenu incompréhensible, ces pensées apparaîtront sous la forme d'une intuition (en état d’éveil), ou d’un rêve (au cours de la nuit), et pourront parfois s'imposer sous la forme d’hallucinations (le jour en état de fatigue, ou dans un état pathologique, ou sous l’effet d’une drogue), lorsque l'inconscient impose ses images à une pensée rationnelle qui a perdu en partie son contrôle.

 
 


    Sans notre inconscient, que ferait notre pensée rationnelle pour appréhender le monde ?
    En effet, si elle semble capable d’adapter notre comportement en fonction du groupe social, notre inconscient l’adapte en fonction de l’environnement réel. Il possède en plus l’imagination, le raisonnement analogique et la capacité de déduction que les règles de comportement nous ont fait perdre.
Dans le domaine du rêve où il excelle, il s’avère plus efficace qu’un simulateur de vol qui permet pourtant d’anticiper toutes les situations que devra affronter un pilote.
    Si notre raison n'accepte donc l'information reçue que lorsque ses propres impératifs sont respectés, notre pensée non consciente exprime davantage des besoins ou des nécessités vers lesquels elle va tenter d’orienter notre conscience.

« Notre conscience nous dirige vers des objectifs
prédéterminés par notre inconscient qui décide du chemin…
…et du but !»


Notre inconscient serait-il aussi à même de nous délivrer une vision non altérée du monde ?

        d- l'inconscient ne juge pas :

    Le sommeil paradoxal peut nous en apprendre davantage à ce sujet. Nous avons vu précédemment que, durant le sommeil paradoxal comme dans l’éveil, nous sommes capables de reconnaître des discordances sémantiques. Mais, dans le rêve, ces dernières ne sont plus considérées comme incongrues. [cf : Le travail de l’inconscient durant le sommeil]
Or si ce qui différencie le sommeil paradoxal de la veille, c’est la diminution de l’activité des zones de contrôle, on peut dès lors envisager que le jugement soit une des particularités de notre pensée rationnelle.
En effet, si notre « inconscient » analyse la réalité en fonction de critères stables, notre pensée rationnelle possède des critères d’analyse en fonction de références collectives extrêmement variables. Elle va donc porter un jugement de valeur sur les choses et les actes : tout ce qui ne correspond pas à ses critères pourra être écarté.

 
 
    Si l'on observe les variations d'activité cérébrale au cours du sommeil paradoxal, on constate que l'activité des zones liées à la conscience sociale s'affaiblit.
    L’intensité du jugement apparaît proportionnelle à l’activité du cortex frontopariétal
 

    Nous pouvons le constater lorsque nous rêvons : l'événement que nous vivons au cours du rêve est rarement absurde; il ne l'est que lorsqu'on s’éveille.
Lorsque nous racontons un rêve à un ami, nous avons immédiatement besoin de nous justifier : « j’ai fait un rêve idiot ». Mais nous pouvons aussi, sans le juger, le raconter à un psychiatre ou un psychologue. En prenant sens, le rêve perd alors son aspect anormal susceptible d’engendre la moquerie.
En effet, si notre pensée rationnelle a pour fonction de nous intégrer aux normes du groupe, le rêve a une autre fonction, celle de nous proposer d’autres valeurs plus individuelles.
    Au cours du rêve, nous acceptons donc plus facilement ces données différentes qui constituent des informations dont il va falloir tenir compte.
C’est cette capacité qui fait partie de notre nature profonde qui est généralement perdue au réveil.

 
    Rêve d’envol : Ce qui paraît naturel durant le sommeil paradoxal peut se révéler absurde durant la veille.

    Prenons l’exemple d’un rêve de nudité. Nous savons que cette tenue est réprouvée dans les cultures d’inspiration judéo chrétienne. Que dit le rêve à ce sujet ? Il semble indiquer que, lorsque notre cortex inhibiteur est assoupi, la conscience de nos régions cérébrales primitives est essentiellement tournée vers le monde environnant. Notre nudité ne perturbe pas notre comportement.
Puis, voilà que pour une raison quelconque notre regard se porte sur nous même : notre identité, liée au groupe, refait surface avec tout son cortège d’interdits : le rêve peut se transformer en cauchemar. Vivre « avec » les autres personnages de notre rêve vient d’être remplacé par vivre « en fonction » du regard que nous avons appris à porter sur nous-même.
 
   
Sommeil et rêve…                        ...Cauchemar et éveil.

    Ainsi, le propre du rêve est de nous amener à ne plus porter de jugement.

« Là où notre conscience rationnelle voit une anomalie,
notre pensée à l'intérieur du rêve vit une situation. »

    Si nous sous rappelons la phrase incongrue qui génère l’onde N400 [cf : Le travail de l’inconscient durant le sommeil], nous constatons que l'incongruité n'existe qu'à partir du moment où on compare cette phrase à une règle préétablie : « le pain ne se beurre qu'avec un couteau ! ».
Nous retrouvons ici un fonctionnement analogue à celui que nous avions évoqué dans l’expérience du tirage des cartes (cf : Reconnaissance et négation) : notre cerveau constate le fait sans le juger. Le mensonge naît avec le souvenir de la consigne donnée par le chercheur, et le jugement est une conséquence de l’habitude prise à nier l’évidence.

    Lorsque le jugement est diminué,
c'est l'information qui prime.
 

   
En principe, on ne beurre pas le pain avec une chaussette…
…Mais on peut simplement constater que certaines personnes le font..

    Les éthologues japonais nous ont montré [cf : Transmission de l'information] que les macaques utilisent la première forme de conscience : ils observent, et adoptent éventuellement les données nouvelles s’il s’avère que celles-ci présentent de l’intérêt.

    Deux pensées aux capacités complémentaires coexistent donc en nous. Qu'est-ce qui les différencie ?
Notre inconscient est essentiellement reliée à la perception sensible : pour lui, voir un visage fatigué est un fait...
Mais notre pensée rationnelle a pour fonction de nous faire respecter les conventions élaborées par le groupe. S'il est malvenu d'être fatigué, notre pensée sociale écartera l’information [cf : Bouddhisme / l'intuition].
Contrairement aux émotions et mimiques qui constituent un langage universel, la communication verbale constitue un code abstrait destiné à organiser les relations à l’intérieur d'un groupe... Il y a autant de langues différentes que de groupes humains.

 
 

 
Si nous utilisons les mêmes conventions,
la reconnaissance pourra se faire.
 
Toutefois, le langage est variable
et peut nous laisser sur une interrogation..

    La fonction de notre cerveau primitif consiste à déterminer une situation, ses conséquences, et les réactions que nous devrions adopter.
Pour notre inconscient, le « jugement » en bien ou en mal n’existe que lorsque la situation porte atteinte à notre propre intégrité.

« L’inconscient ne juge pas les informations, il les examine. »

        e- l'inconscient apprend par l’exemple :
    Pour imiter, il semble nécessaire de posséder déjà une forme de conscience : la connaissance de l'existence de l'autre et de ses gestes, ainsi que la perception de sa propre individualité et de ses lacunes. Alors il va être possible de refaire le même geste, après en avoir saisi l’intérêt.
    Chez l'enfant de quatre ans qui possède le langage verbal, il semble naturel de croire qu’il possède cette forme de conscience puisqu'il parle et communique... Lorsqu'il apprend à écrire, il est tout aussi naturel d'admettre qu'il a conscience de ce qu'il fait, puisqu’il le fait pour communiquer avec ses semblables. Mais n’a-t-il pas conscience de la même façon lorsque, dès l'âge de trois mois, il fait, sans aucune sollicitation extérieure, un travail personnel d'acquisition du langage de ses parents?

    Cet apprentissage par l’imitation naît donc de l’intérêt personnel de l’enfant.
Plus tard, l’apprentissage par l’éducation liée à l’intérêt collectif va enrichir ses connaissances.
Dans certaines circonstances, ce dernier apprentissage peut aboutir à un conditionnement aveugle.

Dans un cours de danse, l’apprentissage s’avère très différent de l’imitation spontanée

« Notre inconscient apprend naturellement par l’exemple.
Notre conscience apprend par l’éducation »

        f- La finalité de l’inconscient est l’action :
    Notre volonté consciente est à l'origine de nos actes, pensons-nous. Pourtant on sait aujourd'hui qu'elle n’est pas indispensable pour choisir et élaborer un programme d'action.
    Ainsi, l'animal dont on considère généralement qu'il n'est pas conscient va, grâce à des stratégies très élaborées, construire tout un programme où il intégrera dans la chasse la direction du vent, les obstacles qu'il lui faudra contourner ou qu’il utilisera pour passer inaperçu. Ce programme pourra également intégrer les changements climatiques nécessitant les migrations. L'animal pourra également modifier sa façon de se nourrir : le vautour, comme nous l’observons aujourd’hui en Espagne, pourra devenir chasseur s'il n'a plus de charogne, et l'ours mendier dans les poubelles au Canada.
    Il en est de même chez l’être humain. Des exemples étonnants de rêves montrent la part de l’inconscient dans des découvertes techniques et scientifiques. [cf : Le domaine de l'intuition ]
    A l’inverse, la pensée consciente rend les réponses infiniment plus complexes. A une simple expérience passée, elle va ajouter le retour obsessionnel de cette même expérience. Elle fausse les réactions possibles à une situation en inhibant les émotions qui lui sont associées, et elle nous projette vers l'avenir sans tenir compte des paramètres les plus pertinents : nous pourrions agir, mais il existe un interdit.
 












    Alors que, pour notre conscience sociale, la réalité vécue est souvent en contradiction avec les informations apprises,













pour l’inconscient, tout est orienté en fonction de la réalité vécue et de l’expérience qui en découle.
 

    La complexité engendrée au niveau de notre système nerveux par ces contradictions et ces incohérences a été mise en évidence par le professeur Laborit.
Des souris, enfermées dans une cage, subissent des décharges électriques. Tant que la porte de la cage est ouverte et qu’elles peuvent fuir, elles ne sont pas malades.
Mais si l’on ferme la porte, confrontées à l’impossibilité de s’enfuir, elles vont se terrer dans un coin de la cage et subir les décharges sans bouger. Elles vont bientôt tomber malade.
Au bout d’un certain temps de conditionnement à subir la souffrance, même si la porte de la cage est à nouveau ouverte, l’animal va rester terré dans son coin et tomber malade.
    Ainsi avançons-nous dans la vie, attachés au boulet toujours plus lourd de nos conditionnements.

A chaque instant, le présent change, et les conditionnements amplifient la charge à tirer.

    Parallèlement, on peut constater que l’animal possède des réactions extrêmement rapides. On a pu ainsi observer que le chimpanzé est capable de mémoriser une suite de 9 chiffres en seulement 60ms.
    Une expérience a, pour cela, été réalisée par des scientifiques de l'Université de Kyoto. avec neuf chimpanzés et autant d’étudiants de l'université
Après avoir appris aux singes à compter de un à neuf, on a fait apparaître sur un écran d’ordinateur cette suite de chiffres dans le désordre. Les chimpanzés et les étudiants devaient ensuite reconstituer l'ordre d’apparition de ces chiffres.
On a mesuré un taux de réussite des chimpanzés proche des 80% pour un temps de réponse trois fois plus rapide que pour les humains.
 

    Mais les capacités de mémoire ne sont pas les seules capacités du cerveau.
    Une anecdote survenue à un adolescent pourrait être instructive à cet égard. Circulant à deux roues dans une rue de sa ville, il suivait un camion, perdu dans ses pensées. Soudain ses mains se serrèrent sur ses freins et son cyclomoteur s’immobilisa. Il prenait à peine conscience de l’incongruité de son geste que le chargement du camion, constitué d’éléments de grue, s’effondrait à l’emplacement qu’il aurait dû occuper sur la voie. Il n’avait pas eu conscience que le camion venait de s’engager sous des arbres aux branches trop basses pour son chargement, mais quelque chose de très précis et plus rapide que sa pensée l’avait fait pour lui.
Cependant, tout comme les chimpanzés perdent leurs aptitudes avec l’âge, l’être humain perd aussi les capacités de réaction qu’il possédait dans sa jeunesse.

    Comment peut s’expliquer cette capacité ?
    90% seulement des fibres en provenance de la rétine parviennent au cortex visuel primaire. On suppose que les 10% restants rejoignent l’amygdale par une voie inconsciente : c’est la réaction engendrée par cette dernière qui nous ferait réagir rapidement en cas de danger.
    Elle serait à l’origine de notre première impression subjective et émotionnelle vis-à-vis d’une personne, par exemple : « cette personne est antipathique ! ».
Cette impression, après traitement par le cortex frontal, amènerait à rationaliser notre perception : « elle est antipathique parce que… elle ne pense pas comme moi, elle ressemble à quelqu’un qui m’a fait du mal, etc… ».

    Une fois la situation comprise et les éléments qui la composent mémorisés, les réactions ne portent plus à réflexion.
La rapidité de réaction de notre « pensée non-consciente » montre sa réelle autonomie. Cela est rendu possible lorsque notre pensée rationnelle n’a pas eu le temps de « prendre conscience » et d'enchaîner les réactions à des conditionnements préalables.


    g- l'inconscient nous dirige - la vision inconsciente des aveugles :
    Nous avons vu précédemment que certaines personnes devenues aveugles par lésion des aires visuelles primaires (V1) conservent une « vision aveugle des émotions ». Ces personnes peuvent également, sans le savoir, se déplacer au milieu d’obstacles en les évitant.

    Une court métrage montrant cette capacité peut être consultée sur le site :
http://blogs.scientificamerican.com/observations/2010/04/22/blindsight-seeing-without-knowing-it/
On y voit un homme qui se déplace dans un couloir encombré d'obstacles. Il les évite alors même qu’il ignore leur présence... Ses yeux détectent, sans qu’il en ait conscience, les embûches semées sur son parcours.

Cet homme a subi un accident vasculaire qui a détruit son cortex visuel primaire (V1)... Ce dernier ne peut donc plus analyser les signaux qui lui parviennent de ses yeux, et pourtant il voit. Une autre structure cérébrale participe donc à cette vision inconsciente.


    D’autres études menées sur des animaux ont montré qu’ils conservent des capacités de perception visuelle (forme et mouvement) après destruction de leur cortex visuel.
    Le laboratoire de neurosciences cognitives et affectives, de l’université de Tilburg au Pays-Bas a montré que le mésencéphale joue un rôle important dans la traduction des signaux visuels en actes non conscients. C’est le colliculus supérieur, situé dans le mésencéphale, qui jouerait ce rôle.


    Chez les oiseaux et les poissons, le colliculus supérieur est la principale région qui reçoit les informations en provenance des yeux. Chez les mammifères, il continue à participer aux mouvements oculaires mais le cortex visuel devient prépondérant. Les lésions de ce dernier montrent cependant qu’il n’est pas le seul à intervenir.
    La vision aveugle exploiterait donc les informations qui viennent de la rétine pour aboutir au colliculus supérieur avant d’atteindre le cortex visuel primaire qui a été détruit. Cette perception liée à l'activité du colliculus n’étant pas consciente, nous pouvons donc supposer que la conscience de ce qu’on voit est l’apanage du cortex visuel occipital.

    Les travaux de Mortimer Mishkin et Leslie Ungerleider du National Institute of Mental Health ont montré d’autre part que le cortex visuel des primates est organisé en deux grands systèmes :

- la voie ventrale qui relie le cortex visuel primaire au cortex temporal inférieur. Elle permet d’identifier les objets perçus (le quoi !) et serait plutôt impliquée dans les représentations conscientes.
- et la voie dorsale qui relie le cortex visuel primaire au cortex pariétal postérieur. Sa fonction serait de localiser les objets (le où ?), et de diriger nos actions vers eux. Cette voie serait essentiellement inconsciente. Il existe actuellement dans le monde deux personnes dont la voie du « quoi » est lésée, mais pas celle du « où ». Ces personnes peuvent repérer et ramasser n'importe quel objet, mais elles ne savent pas ce qu'elles ramassent.
 

    On pense aujourd’hui que la fonction principale de la voie dorsale est de guider en temps réel les actions que nous dirigeons vers des objets.
    Bien que cette voie dorsale soit considérée comme essentiellement inconsciente, on peut supposer que, provenant du cortex visuel primaire et transitant par le cortex frontal, elle participe elle aussi à la prise de conscience.
    Le cortex visuel ne servirait pas à voir dans le but d’agir, fonction assurée par le colliculus, mais à décrire ce que l'on voit avant de déléguer au cortex frontal le soin de choisir l’action la plus judicieuse.
    Dans le domaine de la vision, notre cerveau serait donc doté de deux circuits travaillant en parallèle : un circuit de l'action efficace en dehors de toute « conscience communicable », et un circuit analytique destiné à comparer ce que nous voyons à une « banque de données » préalablement acquise.
    Ce fonctionnement de nos centres visuels primitifs capables d’agir avec cohérence indépendamment de notre conscience pourrait expliquer les déplacements nocturnes des somnambules qui gardent généralement les yeux ouverts à ce moment là.

    Ainsi, bien que nous n’ayons pas conscience de tout ce que nous faisons, nous possédons la capacité d’agir comme il convient.

« L’inconscient dirige nos actes
même si nous n’en avons pas conscience. »


    h– Grâce au rêve, l’inconscient enseigne en nous mettant en situation :
 
    Ecartelés que nous sommes entre deux formes de pensées contradictoires dont l’une a tendance à s’imposer, comment notre inconscient peut-il intervenir pour nous proposer d’autres solutions ?
 

    Nous savons que le conditionnement renforce les habitudes et affaiblit la capacité d’adaptation qui permet de réagir dans le monde, soit le monde réel, soit celui du rêve.
    Cette différence essentielle entre la pensée dite « consciente » et la pensée inconsciente apparaît au cours du rêve où toute la mise en scène se fait en dehors du choix de la conscience rationnelle : c’est l’inconscient qui décide du lieu et de l’action, car c’est lui qui connaît le vécu du rêveur et construit l’histoire du rêve en fonction de ce vécu. Il va toutefois solliciter notre pensée rationnelle. Va-t-elle réapprendre à agir ou bien conserver ses conditionnements ?
Immergée dans la mise en scène élaborée par l’inconscient au cours du sommeil paradoxal, cette dernière n’a pas conscience de ce qui crée le contexte dans lequel elle se trouve. Elle semble même avoir tout oublié de son passé et des expériences acquises. Notre inconscient, quant à lui, semble connaître tous nos travers et met en scène tous les éléments nécessaires pour amener notre conscience rationnelle à comprendre ce qu’il tente de lui expliquer. Il est le scénariste, le metteur en scène, l’éclairagiste, le costumier. Il va diriger les figurants en fonction de nos réactions, nous donnant bien souvent le rôle d’acteur principal qui garde la possibilité de modifier le déroulement du spectacle, suivant ses propres réactions.
    Notre pensée rationnelle (encore appelée moderne), livrée au simulateur d’expériences de son inconscient, est alors mise en condition d’apprendre. Pourtant, le plus souvent, elle semble devenue définitivement un cancre : cela fait bien longtemps qu’elle ne comprend plus que le langage parlé, ayant oublié le langage universel des émotions et des actes qui en découlent.

    Prenons l’exemple d’un rêve où l’on est poursuivi.
    Si des personnages, d’ailleurs bien souvent invisibles, nous mettent en situation...
 

    L’inconscient crée le lieu où se situe l’action, le chemin où se déroule la poursuite infernale.
Il intègre dans cet environnement le personnage que nous sommes (c’est-à-dire notre pensée rationnelle figée dans ses conditionnements).
Il a mis en place toutes les conditions nécessaires à notre apprentissage, mais il va pourtant, tel un maître zen, nous laisser trouver nous même la réponse au koan qu’il a mis en place.
Quelle réponse notre pensée rationnelle pourrait-elle trouver ? Il y en a des dizaines : fuir, se réveiller (autre façon de fuir), regarder autour d’elle et chercher de l’aide, ou bien se retourner et combattre l’agresseur …
Toutefois, songer à se tourner vers son poursuivant pour engager le dialogue n’est pas une réaction fréquente.
    On comprend alors mieux la valeur du rêve si on peut en faire l’analyse au réveil : l’inconscient a mis en place une stratégie pour nous expliquer la situation dans laquelle nous sommes et la manière dont nous la comprenons, et cette stratégie se passe du langage pour se faire comprendre. Pour cela, elle utilise la mise en situation ou l’exemple. Pour le comprendre, il suffirait d’observer le comportement des personnages de notre rêve, un comportement bien différent du nôtre.

    …d’autres peuvent intervenir pour nous donner l’exemple.
 
    Le rêve crée l’un de ces mondes parallèles où nous devenons acteurs pour découvrir le rôle réel que nous jouons dans la vie. Mais notre pensée sociale, conditionnée à agir sous influence est le plus souvent devenue incapable d’agir autrement que de la manière apprise.

    Il est alors possible de mieux comprendre le rêve précité. Grâce à une simple situation qui a valeur d’exemple et dans lequel elle va nous immerger, la pensée à l’origine du rêve nous explique, en nous le faisons vivre :
- que nous ne sommes pas capables de regarder les choses en face,
- que notre première réaction est la peur et que nous imaginons toujours le pire,
- et que nous sommes le plus souvent incapables de réflexion et d’initiative.
Puisque cette pensée nous l’explique avec autant de patience, nous devrions parvenir à en prendre conscience… Mais ses tentatives demeurent le plus souvent sans effet car le rêve sera rapidement oublié.

    De plus, notre cerveau rationnel qui intègre, dès les premières années de la vie, les apprentissages sociaux sous forme d’automatisme, fige peu à peu notre personnalité et inhibe notre capacité à réagir émotionnellement. Ainsi le rêve qui devrait permettre d’explorer différents comportements avant de trouver le bon [cf : Hypothèses / rêve récurrent] se heurte à cette rigidité de la pensée rationnelle. La plupart d’entre nous ignore d’ailleurs que le rêve est une situation fictive qui permet d’explorer différents comportements pour trouver la bonne solution, comme le fait un simulateur de vol pour un pilote.

« Le rêve nous prépare à l’action. »

    Comment se fait-il que nos rêves nous paraissent si extravagants et, par là même, incompréhensibles ?
    Si notre cerveau primitif est toujours alerté par ce qui est inhabituel dans le cadre de son fonctionnement vital, notre cerveau social adopte quant à lui des réactions variables. Ces variations, soumise à la règle ne permettent pas toujours un bon ajustement aux circonstances.


    Envisageons par exemple une règle présentée comme universelle et absolue dans la majorité des groupes humains, et bien souvent justifiée par une origine divine : « tu ne tueras point ton semblable ! ». Elle peut-être pourtant transgressée sans qu'aucune incongruité ne soit détectée lorsque le même groupe décide de s'approprier un bien, même si, au même instant, une deuxième incongruité se fait jour puisqu’il est également écrit « tu ne voleras point ! »
Ainsi apparaît-il que l'inconscient est beaucoup plus respectueux que ne l'est notre pensée sociale qui s’avère très versatile. On aura donc de plus en plus de mal à comprendre que cette dernière puisse être la seule à nous donner accès à la conscience.

    Notre inconscient va donc nous proposer des simulations au cours du rêve.
Au réveil, nous pourrons faire un bilan de nos réactions, et peut-être envisager de changer nos comportements.

    Nous savons que notre cerveau rationnel fait, durant l’éveil, un travail de mise en concordance avec des règles établies.

    Parfois, sa capacité de contrôle est telle qu'il parvient à maîtriser la situation du rêve au point d’en détourner le sens : c'est ce que l'on observe dans le cas du rêve lucide. Avec la maîtrise émotionnelle, le rêve prendra un cours plus cohérent avec les systèmes de pensée habituels du rêveur.
 

    A l’inverse, notre pensée inconsciente est passée maîtresse dans l’art de créer des mises en scène et d’utiliser les métaphores. Elle va mettre en place des situations (par exemple la capacité de voler sans avoir des ailes) que notre raison percevra incohérentes au réveil, oubliant en cela que ce sont nos propres sensations qui créent la situation.
    C’est en effet ce que l’on ressent qui va être important au cours du rêve, car c’est cela qui va déterminer l’évolution du scénario. Un sentiment de liberté ou sa tendance à vivre dans un monde imaginaire où il n’a plus les pieds sur terre permettra au rêveur de poursuivre son vol. Au contraire, la peur de perdre le contrôle et ses repères habituels amènera la chute et un réveil brutal.
 

Tout dépendra du rêveur et de sa capacité à s’abandonner à ce qu’il ressent.

« Notre inconscient ne nous apprend pas par l’éducation,
il nous apprend par l'exemple.
Il ne perd pas de temps à expliquer, il met en situation. »

D – Conclusion : Pensée sociale et pensée exclue, deux capacités complémentaires :

    Lorsque nous avons abordé le sommeil paradoxal et le rêve au début de cette étude, nous avions envisagé l’existence de deux régions complémentaires dans notre cerveau, l’une présentant un fonctionnement rationnel et l’autre un fonctionnement lié aux sensations.
 

Cette pensée plus profonde capable de nous donner vie serait-elle dépourvue de conscience ?
    Nous avons vu que le cortex préfrontal droit de l’enfant de trois mois s'active lorsqu'il entend parler sa mère : même si on ne parle pas encore de conscience pour ce processus d’intégration de données en provenance du monde extérieur, l’activité cérébrale qui entre en jeu s’avère être la première brique de la construction qui amènera à la conscience. Ainsi, quelque chose en nous qui n’est pas d’ordre rationnel semble avoir une activité consciente.
    Nous sommes dans le cas de figure de l’aveugle de naissance qui perçoit à ses côtés une présence qui le guide dans un monde qui échappe à sa conscience visuelle. Il peut toutefois l’imaginer après l’avoir exploré par le toucher ou grâce aux descriptions qu'on lui en a faites. Mais c'est indépendamment de lui qu'existe un autre lui-même qui a conscience du monde et qui s'avère capable de le guider.

 
 
  Nous évoluons dans le monde comme un aveugle qui sait quel but il doit atteindre, sans rien percevoir de ce que ses sensations pourraient lui faire découvrir.

    Notre pensée inconsciente serait donc une pensée ouverte et curieuse de tout. Sollicitée ultérieurement par l’environnement social, elle intègrerait alors de nouvelles données parfois contradictoires pour devenir une pensée sociale capable de trier les informations et de mener des actions qui inhibent toutes les autres.
Progressivement, la conscience que nous avions de la réalité environnante va être perdue au profit des mondes virtuels, spécialité de notre cortex frontal : c’est elle qui va constituer ce que l’on appelle l’inconscient.


    Ainsi, l’éducation, en nous ouvrant sur un nouvel espace, va-t-elle être à l’origine de l’apparition de notre inconscient.


« L’éducation crée notre conscience sociale,
et notre conscience sociale crée l’inconscient. »


    Nous pouvons alors observer :
a - une activité non consciente capable de traiter l’information, capable d’agir en conséquence, et même capable de simuler des événements et de se montrer ainsi à la hauteur des meilleurs stratèges et des meilleurs inventeurs.

b - une activité consciente incapable de traiter certaines informations mais qui pourrait être rééduquée comme le montre le suivi d’un patient.
    Celui-ci, affligé de « vision aveugle » a perdu la vue du côté droit. Cependant, si on lui présente un objet de ce côté - et en réponse à la question « Si cet objet avait une couleur quelle serait-elle ? »-, il est à même de préciser sa couleur et même son orientation.
Placé devant cet objet qu’il ne peut voir, il a même pu développer une sensation de présence, sensation correspondant à l’activité neuronale de la conscience chez un sujet normal.
On peut comparer avec ce qui se passe pour un sujet qui ressent soudain une présence à ses côtés, parce qu'il a perçu la chaleur dégagée par son corps.

c - une pensée qui en domine une autre :
    Dans toutes les activités individuelles, c'est la sensation qui détermine le comportement. En accord avec soi, il peut être en contradiction avec la règle sociale.
    Dans tout contexte social, les comportements individuels liés à nos sensations vont être exclus parce que confondus avec l’égoïsme et rejetés dans ce que nous appelons aujourd'hui l'inconscient, « ce dont nous n'avons plus conscience ».

d – cette domination a pour contrepartie une activité inconsciente dont nous verrons plus tard qu’elle peut devenir pulsionnelle et dominer la conscience :
    Toutefois, ce qui a été rejeté est bien là, tapi dans l’ombre, et possède une caractéristique qui le rend indestructible : l’instinct de survie.
Cette co-naissance des besoins vitaux va amener, à un certain seuil de souffrance, cette partie de nous-même à réagir et se révolter pour faire entendre sa voix.
Appelée « pulsion », elle s’affirmera par une réaction inquiétante pour l’entourage… Celui-ci fera alors tout ce qui est en son pouvoir pour la ramener à la raison.
Appelée « maladie », elle sera mieux acceptée, mais également combattue pour que tout rentre dans l’ordre.
Si son expression nocturne est le « cauchemar », elle sera incomprise et devra un jour se taire, toujours sous l’influence du groupe qui rassurera (« Ce n’était qu’un mauvais rêve ! »), ou calmera avec l’aide insidieuse de molécules pharmaceutiques.
    Aussi, face à une telle incompréhension, cet instinct lié à la vie pourra un jour renoncer : dépression, suicide, le mal-être aura franchi le seuil au-delà duquel il n’y a plus conscience. La dernière étape sera une réduction définitive au silence.
Ainsi cette pensée primitive, enfermée dans le mur des règles, apparaît-elle comme une entité indépendante alors qu’elle fait partie intégrante de notre système de pensée.

En résumé :
 
L'inconscient perçoit-----


Il informe-----

Il agit-----

Il est inhibé ou négligé -----

Il subit (mais il peut se révolter)-----

Par la pulsion ou la maladie, il impose son besoin-

Seule la réalité s‘impose à lui-----

-----La conscience voit ce qu'on lui demande
        ou ce qu’elle a appris à désirer.

-----Elle trie

-----Elle réfléchit

-----Elle inhibe ou ignore

-----Elle est autoritaire

-----Elle ne reconnaît pas le besoin

-----Elle est influençable

L’inconscient pourrait bien être le premier lieu de la conscience.


« L’inconscient n’est pas une entité,
c’est la capacité dont nous avons perdu conscience. »


    Comment notre conscience parvient-elle à museler notre pensée première ?





3 – La suppression du dialogue : (suite)