Conscience sociale et sommeil paradoxal.
La conscience revisitée
.






3 – La suppression du dialogue entre la conscience et l’inconscient :

    Puisque nous savons que notre cortex frontal est une des pièces maîtresses de la conscience, que pouvons-nous dire qui puisse préciser son fonctionnement ?

A – Le cortex frontal oriente et focalise l’attention :

    Nous savons maintenant que l'activité cérébrale liée à la conscience transite par les zones frontales, et c’est l’activité de ces mêmes régions qui peuvent rendre inconscientes les autres informations.
 

    Nous avons vu également que ce transit pourrait être lié à des stimuli humains : par exemple les consignes données par le chercheur, lesquelles vont déclencher un tri parmi toutes les informations reçues, les informations sélectionnées étant redirigées vers les aires du langage.


    Comme le langage élaboré est la condition nécessaire à la communication, nous allons également devoir préciser la façon dont s’exerce ce langage.

    Notre attention peut être sollicitée de diverses manières :
en milieu naturel :
- par les sensations corporelles qui nous amènent à réagir aux conditions du milieu.
- par la mémoire, lorsque nous nous retrouvons dans des conditions préalablement reconnues comme hostiles.
en milieu social, par l'information transmise par un autre membre du groupe.

-sensation corporelle -                       - expériences mémorisées -                                                 - information extérieure -


    D’autre part, lorsque nous nous sommes intéressés aux réseaux de la conscience, nous avons vu que certaines informations parvenaient à notre conscience attentive alors que d’autres demeuraient inconscientes.
 

    Cette ignorance des informations successives est-elle un phénomène actif ou passif ? Si nous nous souvenons de la conscience modélisée nous avons appris que notre attention préactivée amplifierait le signal faible pour le rendre conscient. C'est ce qui pourrait se produire lors d'un repas où l'on tente d'isoler une conversation dans le bruit de fond de tous les convives.

Amplification d’une source sonore

    Mais ne pourrait-ce être au contraire une annulation du bruit de fond pour enfin percevoir la conversation intéressante ? Comme si notre cerveau créait un inversion de phase qui annule activement tous les bruits parasites.

Annulation des autres sources

    On peut également imaginer que l’attention influe sur les neurones du système nerveux central en augmentant leur activité inhibitrice à la manière des benzodiazépines. L'attention focalisée sur une conversation ne va plus recevoir que les signaux vers lesquels elle s'oriente.
    Enfin, il peut y avoir ignorance des informations, tous les circuits neuronaux étant redirigés vers d’autres régions.
    Ainsi, les zones qui interviennent dans la conscience semblent-elles avoir un mode de sélection aussi bien actif que passif.

« Notre cortex frontal est une zone de sélection des informations ».

 
    La mise en route de l’attention liée aux informations sociales empêche l’écoute des sensations.
 


    En résumé, l’attention qui permet l’accession à la conscience impose de mettre en liste d'attente toutes les informations qui pourraient perturber le travail d'analyse.
    Toutefois, durant ce temps d’isolation sensorielle, notre inconscient, dont nous avons vu qu’il était à l’origine de notre conscience [cf : l’inconscient génère ses propres pensées], conserve la trace de l’information perçue [cf : les images subliminales].

« Notre cortex frontal ignore les informations non sélectionnées. »

    Si notre cortex social frontal abrite notre conscience, il va être nécessaire de comprendre les rapports de ce dernier avec les autres régions de notre cerveau.

B – Le cortex frontal occulte les émotions et la mémoire:

    Comment fonctionne notre pensée sociale ? Le travail de la prise de conscience est-il la seule cause de l'ignorance des messages issus de notre perception sensible ?


    La conscience apparaît au moment où notre attention se focalise, soit vers nos propres sensations, soit vers des sollicitations extérieures, celles-ci pouvant écarter celles là.
    On comprend alors que dans les sociétés, surtout à forte densité de population, les normes de comportement qui s’imposent nous empêchent de percevoir le monde environnant.

 
    L’attention dirigée empêche la perception.
 

    Notre attention peut être également focalisée d’autres pôles d’intérêt multiples qui nous amènent à perdre la conscience de nous même.


    L'information qui transite par les zones frontales est soumise à un traitement d’analyse qui exclut toute réaction immédiate. Toutefois, cette réaction peut avoir lieu dans l’urgence avant même qu’elle ne parvienne à notre conscience (rappelons-nous l'exemple de cet adolescent qui échappe à une grue qui s'effondre devant lui).
    Nous allons devoir examinez les raisons qui amènent notre pensée rationnelle à ne pas avoir conscience de tout.

    L'expérience où le sujet devait rechercher uniquement les suites de signes OXXO ou XOOX nous a déjà apporté un élément de réponse [cf : Cortex frontal et traitement des symboles] : il est nécessaire de confronter les informations à tous les éléments d’une « check-list » comme cela se produit dans une avion de ligne : le long courrier pourrait décoller immédiatement, mais il est nécessaire d'effectuer auparavant un compte à rebours, à la fois obligatoire et prévisionnel, pour s'assurer que toutes les conditions nécessaires à un vol en toute sécurité sont réunies.
 

    Les règles à respecter ont pour effet d'occulter la conscience individuelle qui nous amènerait à partir immédiatement en voyage, c’est-à-dire à agir.
    C’est le cas pour le soldat que l’on envoie sur une zone de guerre : bien que sensible au danger, ses zones frontales exécutives vont le pousser à se conformer à l’ordre extérieur considéré comme supérieur, et l’amener à dépasser sa peur. Dans ce cas, la sensation de peur demeurera consciente, mais elle peut disparaître totalement chez le reporter de guerre qui, focalisé sur l’image à saisir, va complètement oublier sa perception individuelle du danger.
    Nous avions vu précédemment que notre pensée habituelle oubliait les situations émotionnelles vécues au cours du rêve [cf : sommeil paradoxal et langage]. Nous constatons ici que ce processus peut être tout à fait contrôlé : soit par l’intérêt porté à autre chose, soit par l’obéissance à un ordre.
Ainsi, dans le cas du reporter de guerre, c’est toujours la dimension sociale (informer la collectivité) qui va l’amener à ignorer le danger.

« L’attention focalisée permet la conscience.
Elle peut-être d’origine individuelle ou collective. »


    Peut-on déterminer le mode d'action de notre pensée sociale ?

        a - le cortex frontal occulte les sensations :
              1 – le cortex orbitofrontal – le poste de commandement :
    L’attention a un effet variable sur la perception. Nous savons que si elle est dirigée sur la douleur, elle l’amplifie. Inversement, l’imagerie médicale a permis de constater que les zones du cerveau impliquées dans la douleur sont moins actives lorsque l'attention du sujet est détournée par un hypnotiseur.
    Ce même effet peut être constaté lorsque le sujet est immergé dans une réalité virtuelle, ou dans une situation d'urgence dans le quotidien, par exemple lors d’une compétition.
    Notre cortex frontal « conscient » semble donc à même de nous délivrer une information variable d’une même réalité. Il semble essentiel dans l’altération de la conscience que l’on a de la réalité.
    Comment pourrions-nous comprendre ces variations ?

    Pour cela, nous allons nous intéresser à certaines régions du lobe frontal qui semblent très importantes dans la relation entre la conscience et l’inconscient.

    Il s’agit :
- du cortex préfrontal latéral qui nous permet de choisir notre comportement parmi plusieurs possibilités
- du cortex orbitofrontal qui nous permet de réprimer certaines émotions qui nous procureraient un bénéfice immédiat pour s’intéresser aux bénéfices à long terme
- du cortex ventromédian où les émotions et le sens des choses seraient expérimentés.
 

    Le cortex ventromédian situé dans la profondeur des lobes frontaux, en position médiane, nous permet d’explorer nos affects, et il est aussi fortement impliqué dans le sentiment de plaisir.
    L’importance de ses liaisons avec le système limbique lui confère une place de premier plan pour donner un sens à tout ce que nous ressentons : on peut considérer qu’il est l’intermédiaire indispensable entre la conscience sociale et l’inconscient.
    Mais, surtout, son implication dans la dépression ou les états maniaco-dépressifs permet d’observer les relations existant entre ces deux systèmes. Entre autres on a pu constater, dans des formes familiales de ces pathologies une réduction de 40% de sa taille, essentiellement par disparition des cellules gliales.


    Cette observation corrobore, sur un plan anatomique, l’observation faite sous IRMf qui montre que le cortex ventromédian est presque inactif en période de dépression. Il devient par contre hyperactif au cours des phases maniaques des troubles bipolaires. On constate d’ailleurs, dans ce cas, la propension du sujet à toujours trouver un sens à ses actes pour les justifier, contrairement à ce que l’on observe chez le sujet dépressif dont la vie a perdu son sens.


    Le cortex ventro médian étant le lieu où les émotions sont expérimentées, on peut imaginer que si son activité a été réduite dans la dépression, c’est qu’il est sous la dépendance du cortex orbitofrontal qui permet de réprimer certaines émotions.

              2 – le cortex cingulaire – la zone frontière :
    Situé au carrefour de voies ascendantes inconscientes en provenance du système limbique émotionnel, et de voies conscientes, descendantes, en provenance du cortex frontal, le cortex cingulaire entoure le corps calleux et on a pu le subdiviser en plusieurs régions dont chacune possède ses propres caractéristiques fonctionnelles.
 

    Ainsi, la tomographie par émission de positons (TEP) a pu montrer que sa partie antérieure est engagée dans des processus d’interaction entre, d’un côté les états d’attention (cortex cingulaire antérieur dorsal) et de l’autre les états émotionnels (cortex cingulaire antérieur ventral) .
 

    Des tests (cf : Effet Stroop) ont permis d’observer que l’activation de l’une des deux régions du cortex cingulaire antérieur s'accompagnait d'une désactivation de l'autre, et inversement.
La désactivation de la région cognitive s'observe également chez les sujets normaux anticipant une douleur, ainsi que chez les sujets souffrant de dépression.

    L’étude de la dépression et des états maniaques a permis de préciser le rapport des forces qui s’exercent au sein de ces régions.
    Ainsi, chez les personnes en dépression, on a pu observer une augmentation de l’activité dans la partie antérieure alors que la partie postérieure (exécutive) réduit sa propre activité. Cette même région est le siège d’une hyperactivité dans la crise maniaque.
    Or, nous avons vu précédemment que le cortex ventromédian augmente son activité dans la crise maniaque : cela traduirait une augmentation de la pression émotionnelle. Celle-ci, réprouvée en milieu social, nécessiterait de s’exprimer dans l’hyperactivité.


    Nous pourrions proposer un fonctionnement sous cette forme : lorsque le système limbique du dépressif sélectionne une réponse motrice, il se heurte à la rationalité du sujet qui empêche toute réaction spontanée : le cortex exécutif est alors désactivé. Quant à la dépression, elle pourrait résulter de l’épuisement consécutif à la lutte entre deux systèmes aux fonctions complémentaires mais opposées. Tout se passe comme dans un couple familial dont les membres s’opposent en permanence au lieu de s’épauler : la dynamique de départ s’épuise en guerre de positions.
    Les deux parties en présence ne vont plus se focaliser alors sur les solutions à mettre en œuvre, mais sur les sentiments négatifs engendrés par le conflit et la souffrance qui en résulte.

    Dans l’état maniaco-dépressif où la dépression peut, par moments, faire place à une hyperactivité irrationnelle, le sujet qui demeure inconscient des causes de cette dernière réagit d’une façon tout à fait « sociale » en justifiant sans cesse ses actes.
    En résumé, la coopération ou le rapport de force existant entre cerveau conscient et inconscient pourraient alors se comprendre de la manière suivante :
- dans un état physiologique, le cortex frontal et le système limbique seraient en équilibre et agiraient en coordination.
- dans un état pathologique, où le cortex frontal ne laisse aucune place à la spontanéité, le système limbique tente de faire valoir ses droits, l’activité augmente dans le cortex cingulaire antérieur.
2 possibilités se présentent alors :
- si le système limbique l’emporte : c’est l’état maniaque. Le sujet est agité et on observe chez lui une tendance à vouloir justifier ses actes.
- si le cortex frontal affirme son contrôle mais sans pouvoir s’imposer, les forces s’épuisent et toute activité devient bientôt impossible. Le cortex ventromédian cesse toute activité. Le sujet n’expérimente plus ses émotions.
Equilibre entre raison et émotions : l'exécutif est adapté à toute situation.

Affrontement entre raison et émotions : deux cas de figure se présentent.

 
Equilibre des forces en présence :
statu quo
Le système limbique l’emporte :
le cortex frontal gauche tente de justifier cette hyperactivité d’origine inconsciente
 

    Dans le quotidien, ce que l’on observe d’une façon courante, c’est le résultat du contrôle frontal, c’est-à-dire un comportement rationnel. Cependant, dans un monde où le contexte social impose ses choix, et où notre cerveau a dû apprendre à ne plus tenir compte de ce qui est ressenti, on peut observer des réactions inconscientes irrationnelles de type pulsionnel.

    On constate alors que nos cellules nerveuses qui présentent des capacités d’action complémentaires, fonctionnent comme les sociétés humaines qui tentent de s’imposer à leurs voisines, oubliant qu’elles pourraient coopérer dans l’intérêt de toutes. Mais n’est-il pas naturel qu’il en soit ainsi?

« Cortex frontal et système limbique agissent en coordination,
ou en concurrence. »

    Pour illustrer la chose d’une autre manière, on peut citer l’expérience vécue par un jeune conducteur. Surgissant dans un virage, il se trouva soudain face à un véhicule en panne poussé par trois personnes. S‘arrêtant dans un hurlement de pneus, il eut le temps de fixer la scène : l’un des dépanneurs bondissait sur le trottoir, tandis que les deux autres demeuraient paralysés, attendant le choc.
    L’un d’eux avait conservé sa capacité de réaction émotionnelle, les deux autres, verrouillés par leur contrôle habituel, avaient perdu leur capacité d’agir.

« Habilité à planifier, le cortex frontal n’est pas habilité à réagir. »

« L’habitude et le renforcement des automatismes conduisent à l’incapacité d’agir ».

    Si des expériences faites sous hypnose ont montré que le cortex frontal contrôlait les sensations, elles montrent également un aspect du contrôle qui pourrait favoriser certaines pathologies.

    Ainsi, le rôle du cortex cingulaire antérieur dorsal a pu être confirmé par une étude utilisant l'hypnose pour amener le sujet à interpréter le même stimulus douloureux d’une façon variable : cette région s’active davantage lorsque le sujet ressent une plus grande souffrance physique, et inversement.
    On notera que le cortex somato sensoriel qui localise la douleur et renseigne sur sa nature et son intensité conserve une activité identique.
 

    Ainsi il s’avère que, alors même que notre perception nous délivre une information douloureuse stable et conforme à la réalité physiologique, notre « conscience frontale » peut l’interpréter à sa manière.
    D’autres auteurs ont pu montrer que l'évocation d'expériences personnelles douloureuses provoquant une réaction émotionnelle de tristesse s'accompagnait d'un accroissement du débit sanguin dans le cortex cingulaire antérieur ventral.
    On constate donc que notre cortex frontal est capable de contrôler les fonctions cérébrales les moins récentes. Il peut les moduler à sa convenance en les amplifiant, les inhibant ou les ignorant.
    Ce qui va donc nous intéresser, c’est la manière dont il organise sa prise de pouvoir sur toutes les régions cérébrales qui font partie de « l’inconscient ». Cette prise de pouvoir va peu à peu créer des automatismes : notre raison écarte tout ce qui ne répond pas à ses propres critères.

« Notre inconscient nous informe de la réalité
que notre conscience modifie en fonction d’influences diverses. »

        b – Cortex frontal et contrôle des émotions :
    On doit la découverte de l'action des lobes frontaux sur la personnalité et les émotions à un médecin de campagne qui, en 1848, soigna Phineas Gage, victime d'un d'une explosion accidentelle alors qu'il préparait une mine destinée à faire sauter des rochers. La barre de fer qu'il manipulait, projetée par l'explosion, lui perfora l'avant du crâne et les lobes frontaux.
    Bien que tout à fait normal par ailleurs, on observa chez lui un changement de personnalité : il devint irritable et incapable de mener un projet à bien.
    La région ventro médiane des lobes frontaux détruites permit d'attribuer à cette région un rôle dans le contrôle des émotions et dans la prise de décision pour choisir le comportement le plus approprié à chaque situation.
    Si cet accident a permis de déduire que notre cortex frontal avait une capacité de contrôle, peut-on dire que ce contrôle est inné ou acquis volontairement, et quelles sont les régions du système limbique qui semblent entrer en concurrence ?

              1 - L'amygdale :
    Reliée le cortex orbital, elle est représentée par deux régions symétriques en forme d'amande, en avant de l'hippocampe.
    On a pu constater que la stimulation de l'amygdale chez certains patients au cours d'interventions chirurgicales, entraîne le plus souvent une sensation de peur reliée à un danger imminent. Cette région est essentielle pour nous permettre de ressentir certaines émotions, et même de les percevoir chez les autres : ainsi allons nous adapter nos réactions à des événements qui peuvent mettre notre survie en jeu. Elle intervient également dans la quête de nourriture et de partenaires sexuels.
    Plus récemment, on a pu découvrir qu'une partie des informations aboutissant au thalamus (qui assure le transfert et le filtrage des informations sensorielles périphériques) rejoint directement l'amygdale, court-circuitant le cortex. Cette route, beaucoup plus courte que la voie habituelle, explique la rapidité de notre système de réaction naturelle, capable de réagir avant même que nous en ayons pris conscience. Toutefois, cette voie courte ne permet pas des réactions très élaborées.

 
 

    D’autres régions du cerveau communiquent avec l'amygdale, comme l'hypothalamus, le septum et la formation réticulée du tronc cérébral, ou l'hippocampe qui, spécialisé dans le contexte d'une situation, est également impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs explicites. Il va permettre au cortex préfrontal d’anticiper une situation.
 

              2 - Le cortex préfrontal :
    Pour comprendre le contrôle de l’amygdale par le cortex préfrontal, une expérience d'imagerie par résonance magnétique a été menée avec deux groupes de sujets (sujets sains, et sujets en dépression), qui devaient tenter de réprimer un sentiment de tristesse provoqué par un film projeté.

    Les sujets sains ont présenté une activation plus importante de la partie latérale du cortex orbitofrontal, prouvant le rôle de ce dernier dans le contrôle des émotions.
 
    Dans une situation de danger, notre cortex préfrontal trouve sa raison d’être dans un deuxième temps, après l’échec d’une première réaction émotive. Il va alors, en utilisant les souvenirs emmagasinés grâce à l’hippocampe, analyser le contexte de la situation pour en extraire de nouvelles solutions. En ce sens, il complète avec efficacité nos réactions rapides.
Cependant, du fait de ses liens étroits avec l'amygdale, l'hippocampe peut faire que tout le contexte d’un événement traumatisant soit source d'anxiété.
    Ainsi, cette faculté qu’a le cortex préfrontal d’anticiper une solution, et même son échec, peut accroître l’anxiété du sujet.

    Si le stimulus emprunte la voie courte, la prise de conscience ne se fait qu’après coup.
    Pour agir consciemment, il est nécessaire que la réaction émotionnelle soit inhibée d’office.
 

    Les réactions émotionnelles, du fait de leur rapidité, ne permettent jamais au cortex frontal une prise de conscience immédiate. S’il intervient, ce sera toujours en commençant par brider toute réaction émotive, pour mieux évaluer la situation.
    Ainsi, notre pensée rationnelle faite pour l’organisation abstraite ( traiter des informations et organiser la réponse), va-t-elle bien souvent mettre en attente les réactions immédiates.
    A l’extrême toute réaction peut-être totalement inhibée.
    Notre pensée rationnelle perçoit ces réactions innées comme des réactions grossières car elles sont faites uniquement pour l’action : un peu comme un dessin qui va exprimer en quelques traits ce qu’il a à dire, mais qui peut être dénigré par rapport à une toile de maître bien plus élaborée. Pourtant, tous les fonctionnements du corps sont faits pour associer sensation et action. Si les deux sont en contradiction, le bien-être et même la santé peuvent s’en trouver altérés.

 
 
 
Le"Pen-Duick" d’Eric Tabarly –
Gouache - Benjamin Freudenthal (France) - 2004
 

    Notre comportement serait-il donc déterminé par la rivalité entre cortex préfrontal et système limbique ?

              3 - Rapports entre cortex préfrontal et amygdale :
    Nous avons vu que des connexions importantes en provenance du cortex préfrontal médian parviennent à l'amygdale dont on connaît le rôle dans la peur conditionnée. Ces connexions pourraient donc intervenir pour supprimer ce type de peur.
    D’ailleurs, les thérapies comportementales qui reposent sur le remplacement des schémas de pensée déviants par des modèles plus adaptés, ont démontré leur efficacité dans le traitement des troubles anxieux. Le cortex préfrontal s’avère tout à fait capable d’instaurer un mécanisme d’affaiblissement progressif de la peur. Ainsi notre cortex préfrontal cortex préfrontal nous montre son ambivalence, capable tout à la fois d’augmenter ou de diminuer la peur. Comme nous l’avons vu pour la douleur, les informations qu’il nous délivre ne sont pas toujours fiables.

    Nous avons vu précédemment [cf : le cortex cingulaire – la zone frontière] les capacités complémentaires de ces deux régions ; cette caractéristique se retrouve une fois encore dans les processus de mémorisation.

    Larry Cahill, neurobiologiste de l'université de Californie a étudié l'activité du cerveau de huit volontaires tandis qu'ils regardaient des films montrant des événements neutres ou des scènes violentes. Contrôlant quelques semaines plus tard la manière dont ces images avaient été mémorisées, il a constaté que les sujets se souvenaient mieux des films a composantes émotionnelles que des films neutres. Il a pu relier ce résultat avec l’activité de l’amygdale située à droite : plus celle-ci est active, meilleur est le souvenir.
    Ainsi a-t-il été possible de vérifier l’importance de l'amygdale droite dans la mémorisation et le stockage d'informations à caractère émotionnel.
    Cette capacité persiste chez les amnésiques et les malades souffrant de la maladie d'Alzheimer lorsque l'amygdale est intacte.
Qu’advient-il de notre mémoire émotionnelle lorsque notre cortex frontal entre en action ?
    Une réponse nous est apportée par le réveil qui succède au rêve. Alors que la réactivation du cortex frontal nous fait perdre le souvenir de nos rêves, on oublie moins les cauchemars, c’est-à-dire les événements à forte connotation émotionnelle. Notre mémoire émotionnelle peut donc résister aux capacités inhibitrices de notre cortex frontal.

    Nous avons vu que nos deux hémisphères cérébraux possèdent des capacités complémentaires.
Une expérience permet d’ailleurs de saisir la dualité qui existe entre le fonctionnement du langage et celui de notre perception sensible : il s’agit d’une variante de l’effet Stroop qui consiste à lire la couleur des mots plutôt que le mot lui-même.
    Dans cet exercice, il est demandé au sujet dire la couleur des mots en faisant abstraction du sens du mot lui-même (ligne C).


    L’hémisphère cérébral gauche étant habilité à lire le mot tandis que le droit détermine la couleur, on constate que l’exercice « C » est le plus difficile à réaliser.

« Chez l’homme en milieu social, le langage prime sur la perception ».

    Mais tout n’est pas aussi simple. En effet, les deux moitiés du cortex préfrontal possèdent aussi des fonctions complémentaires : le cortex préfrontal droit est impliqué dans l’établissement de sentiments négatifs, alors que les sentiments positifs sont l’apanage du gauche. Or, c’est justement ce côté qui montre des signes de faiblesse dans la dépression.
    C’est donc le cortex préfrontal gauche qui semble à même d’inhiber les émotions négatives générées par l’amygdale. On peut d’ailleurs constater que l’activité de celle-ci est augmentée dans la dépression.
    Le cortex préfrontal diminue son activité chez le déprimé : le contrôle s’affaiblissant, la pulsion se renforce.
    La lutte entraîne une perte d’énergie.
 

    Comment réunir toutes ces données éparses ?
    Si nous nous intéressons aux conditions de vie de l’homme en milieu naturel, nous constatons que les émotions, dont font partie les sentiments de peur, sont tout à fait positives puisqu’elles permettent la survie en milieu hostile. Il est positif d’avoir peur pour protéger sa vie, positif de désirer faire l’amour pour le plaisir et la survie de l’espèce, positif d’être agressif pour protéger sa famille.
    Mais, en milieu social où le bien commun l’emporte, toute réaction individuelle va lui être contraire : la même réaction, bonne en milieu naturel, devient mauvaise si elle va à l’encontre de la loi collective.
    Les sentiments positifs générés par notre hémisphère droit deviennent négatifs du point de vue de l’hémisphère gauche : l’implication du cortex préfrontal gauche dans l’établissement de sentiments positifs va faciliter l’acceptation des contraintes.
    On comprend mieux alors ce qui différencie le comportement social du comportement individuel si l’on se place dans un contexte de mise en danger : la valeur d’un acte en milieu naturel est liée à soi, il est donc positif de fuir. Mais, pour le soldat qui agit dans l’intérêt du groupe, fuir va devenir un acte totalement répréhensible et négatif. Il va devoir affronter le danger. Son cortex préfrontal gauche intervient en exploitant des sentiments positifs valorisant ce nouveau comportement : « J’affronte ma peur, preuve que je suis courageux. Une médaille récompensera mon courage ! »

 
Dans le domaine social, sont positifs les sentiments et les contraintes qui assurent la survie du groupe.
 
Dans le domaine individuel sont positifs les sentiments qui assurent la survie..

« Notre cortex préfrontal inhibe les émotions considérées négatives.
Son côté gauche favorise les sentiments admis positifs ».

C – L’influence dans les états modifiés de la conscience – l’hypnose :

    On considère généralement que les débuts de l’hypnose remontent au XVIIIe siècle avec le médecin allemand Franz Anton Mesmer et ce qu’il appelle le magnétisme animal. Il décrit sous ce terme des phénomènes que l'on peut assimiler à un état de « transe », et suppose l'existence d'un fluide magnétique qui peut être utilisé dans un but thérapeutique.
    A la même époque, le marquis de Puységur s’essaye au magnétisme pour soulager un jeune paysan, Victor Race. Puységur constate alors que Victor tombe dans ce qui paraît être une forme de sommeil. Durant cet état, Victor va aider Puységur à diagnostiquer les maux dont il souffre, et lui indiquer les soins à prodiguer.
    En 1878, Charcot qui avait commencé à étudier l’hypnose, va la faire reconnaître comme moyen d'étude scientifique.
    Dans ses « Leçons sur les maladies du système nerveux », il avance que les symptômes hystériques sont causés par un traumatisme, lequel, un fois oublié, va provoquer une dissociation de la conscience.
Freud, reprend ses travaux et utilise l’hypnose pour faire ressurgir les souvenirs traumatiques de ses patients.
    Il l’utilise d’abord pour retrouver les souvenirs traumatiques et suggérer leur disparition. Puis il explore la méthode cathartique de Joseph Breuer qui fait revivre à ses patients l’événement traumatisant pour leur permettre d’en prendre conscience et ainsi de l’éliminer.
    En 1917, il abandonne cette thérapeutique basée sur la suggestion pour éviter la relation de dépendance entre thérapeute et patient, marquant ainsi la naissance de la psychanalyse.
    C’est pourtant le phénomène de l’hypnose qui va nous permettre de comprendre les conditions de fonctionnement de notre cortex frontal.

        a - le cortex frontal est influençable :
    Nous avons vu précédemment [cf : hypnose] que lorsqu’un mouvement était exécuté sous hypnose, l’activité dans le cortex frontal inférieur (contrôle volontaire des tâches) et dans l’aire de Broca (traitement du langage) augmentait davantage chez les sujets hypnotisés.

    D’autre part, deux autres régions sont systématiquement activées sous hypnose : la jonction temporo-pariétale (création d’images mentales et représentations de soi) et le cortex prémoteur (planification des mouvements).
 

    Le précuneus et le cortex cingulaire postérieur, sont désactivées sous hypnose (Faymonville, Maquet, Laureys, « Comment l'hypnose agit sur le cerveau »). Ces régions, très actives durant l’éveil, sont considérées comme faisant partie, avec le gyrus angulaire, d’un réseau participant de la conscience de soi, et du fait d’être acteur de sa vie.
    Trois activités cérébrales apparaissent donc importantes dans l’exécution d’un mouvement sous hypnose : le contrôle des tâches (cortex frontal inférieur, celui-ci agissant sous influence), l’imagerie mentale (précuneus), et la planification du mouvement (cortex prémoteur).

    Au contraire, lorsqu’une paralysie est suggérée, , le cortex moteur communique davantage avec le précunéus (également associé à la création d'images mentales).
 


    Parallèlement, ce cortex frontal apparaît déconnecté des aires prémotrices impliquées dans la planification des mouvements.
 

    Ainsi, le sujet n’organise-t-il plus ses propres mouvements, il en abandonne l’initiative à une autorité extérieure.

    Un autre étude, menée par l'équipe de Stephen Kosslyn (Université d'Harvard - Massachusetts) en 2000, a montré l’action de l’hypnose sur la perception des couleurs.
    Si on demande au sujet éveillé d’observer un panneau coloré, les régions occipitales, impliquées dans la perception des couleurs, s’activent. Elles sont également actives si on lui demande d’imaginer qu'un panneau gris est coloré. Au contraire, sous hypnose la suggestion d'imaginer qu'un panneau coloré est gris entraîne une désactivation du cortex visuel occipital. Sous hypnose, le sujet peut donc croire à des illusions.

Sujet éveillé.
 


Sujet sous hypnose.
 
Le cortex frontal peut désactiver les régions sensorielles. La perception auditive (reliée au langage) prime sur la perception visuelle..

« L’hypnose peut supprimer la perception. »

    Une autre différence importante s’observe dans le cadre de la mémoire. Si on demande à un sujet éveillé de retrouver un souvenir, on observe l’activation des lobes temporaux droit et gauche. Par contre, sous hypnose, un réseau complexe intégrant des aires de la perception (vision, sensations) et de la motricité s’active. Le sujet ne se contente pas de se souvenir de la situation, il la revit littéralement.

    - Les régions pariétales s’activent lors d’un souvenir.




    - Elles ne s’activent plus sous hypnose ou lorsqu’il ne pense à rien.




    - Les régions de la perception (vision, odorat…), et de la motricité qui étaient inactives en état de contrôle frontal, se réactivent sous hypnose.
 

« L’hypnose peut augmenter la perception dans le souvenir. »

    On notera ici une différence importante avec l’observation précédente : lorsque le sujet obéit à un ordre (voir ce qui n’est pas), sa perception se désactive. Au contraire, lorsqu’il peut donner libre cours à ses souvenirs, sans la censure de son cortex frontal, ceux-ci reprennent vie.
    On notera également au passage l’activité plus importante de l’hémisphère gauche sous hypnose. Celui-ci semble donc jouer un rôle majeur dans le remplacement de sa propre volonté par une volonté extérieure. Or, c’est par le biais du langage que les suggestions de l'hypnotiseur prennent le contrôle de l’imagerie mentale du sujet, de ses sensations et de son comportement.
    Une influence extérieure s’est substituée au contrôle exercé normalement par le cortex frontal du sujet. L'exécution de ses mouvements est alors déconnectée de son attention et de son intention.
    Cette influence peut être positive dans le cas d’un danger ou en situation thérapeutique, mais elle devient négative lorsque le même sujet nie ses propres perceptions sous l’effet de la suggestion.

    Observons attentivement le rond blanc central de cette image. Bientôt on va y percevoir des fluctuations : une tâche grise auréolée d’un blanc lumineux prend la place du disque blanc initial. Ce phénomène relève de deux causes : les microsaccades oculaires, et la persistance rétinienne négative.
 

    Imaginons maintenant une séance d'hypnose : « Regardez cette image, attentivement, ne la quittez pas des yeux ! Bientôt, le disque central que vous regardez va s'assombrir, vous allez observer des variations d'intensité lumineuse... Vos paupières deviennent lourdes…Lorsque vous percevrez cela, vous serez en état d'hypnose. »
    L’attention du sujet est ainsi portée sur cette image. Il n'est plus dirigé par sa conscience proprioceptive (attention reliée à ses propres sens), mais par l'attention portée sur un phénomène optique (fatigue oculaire et persistance rétinienne) qu’il ignore et dont se sert l’hypnotiseur : il va croire que ces modifications visuelles sont le signe de l’entrée dans l’état hypnotique.
    Le sujet passe alors de la connaissance des faits à l’adhésion à une affirmation, ce qui démontre sa suggestibilité. Il vient de perdre sa capacité de discernement : les conditions d'une séance d'hypnose réussie sont maintenant réunies. Elles ont toutefois été précédées par une condition préalable : l’accord du sujet à la séance d’hypnose, c’est-à-dire à l’idée de se laisser influencer.

    On constate alors que l’influence hypnotique et, d’une façon générale, la suggestibilité, reposent sur la méconnaissance du sujet dans le domaine abordé.

« Si notre cortex frontal a pour fonction d’organiser notre comportement
en fonction des informations proprioceptives ou des expériences acquises,
il peut également le faire en fonction de suggestions extérieures ».

« Les perceptions sensorielles peuvent être modulées par la suggestion ».

    Comment agit cette autorité extérieure ?

    On sait qu’habituellement le cortex a cingulaire antérieur joue un rôle dans l’attention et le contrôle du mouvement. D’après Pierre Rainville, directeur du Laboratoire de recherche en neuropsychologie de la douleur à l’Université de Montréal, l’augmentation d’activité qu’on y observe sous hypnose pourrait découler de l’attention portée aux consignes de l’hypnotiseur.
    Mais on a également observé une augmentation d’activité dans le cortex frontal inférieur (lieu de contrôle volontaire des tâches) alors que la perte de contrôle du sujet laissait présager l’inverse. Cette perte de contrôle s’avère lorsqu’on demande au sujet une action qu’il ne pourra cesser que si l’hypnotiseur le lui demande.
    Normalement, lorsqu’il déclenche un mouvement, le cortex frontal communique avec les lobes pariétaux, sièges de l’intention et des perceptions somesthésiques. Que le sujet ne puisse contrôler son corps indique une interruption de cette communication.
    Nous avions vu que nos réactions émotionnelles sont soumises à l’influence du système limbique, lui-même sous le contrôle du cortex frontal [cf : cortex frontal et règles]. Nous pouvons désormais envisager que la région frontale qui coordonne nos actes est susceptible d’être soumise à une autre intervention que celle de notre conscience.


        b – Fonctionnement spontané ou induit de notre cerveau :
    Quelles autres informations pourrions-nous retirer en comparant l’activité cérébrale induite par la suggestion hypnotique et l’activité cérébrale spontanée du sommeil paradoxal ?
    Durant le sommeil paradoxal comme durant l’hypnose, précuneus (imagerie) et cortex cingulaire postérieur (exécutif), régions qui sont considérées comme étant à l’origine de la conscience, réduisent leur activité [Remarque].


    Pourtant, nous pouvons constater, en nous rappelant nos rêves, que nous les avons vécus tout à fait conscients de notre environnement, de nos émotions et de nos actes. Seul le contrôle de l’histoire nous échappe.
    Dans le cas du sommeil paradoxal, le cortex frontal ayant réduit son activité, le moteur de l’imagerie mentale est le système limbique.
    Sous hypnose, l’imagerie mentale n’est plus livrée à elle-même comme cela se produit dans le sommeil paradoxal, ni sous la dépendance de l’intention du sujet. Cette imagerie est soumise à une autorité extérieure. Les régions du cortex frontal qui s’activent sous hypnose pourraient indiquer que ce sont elles qui contrôlent notre comportement lors d’une intervention extérieure.
    D’autre part, après la séance d’hypnose ou le sommeil paradoxal, on peut perdre ou conserver le souvenir de ce que l’on y a vécu.
    Nous avons d’ailleurs vu [cf : sommeil paradoxal et langage] qu’au réveil les rêves s’effacent généralement avec le retour des préoccupations rationnelles et, pour certains, dès que l’on tente de mettre des mots sur les images parcequ’une autre forme de conscience s’est mise en place. Le passage d’une commande émotionnelle à une commande rationnelle semble en être la cause.
    Cette activité spontanée qui s’exerce pendant le sommeil paradoxal nous est connue, puisque nous savons que même durant l’éveil [cf : l’inconscient génère ses propres pensées], la majeure partie des données visuelles, auditives, tactiles, est traitée par notre cerveau à notre insu.
Avons-nous conscience sous hypnose ?
    On peut répondre par l’affirmative, bien que cette conscience, comme cela se produit pour le rêve, puisse être perdue.
    Dans le cas du sommeil paradoxal, l’oubli ou le souvenir du rêve dépend de notre capacité à conserver la mémoire de nos émotions. Dans le cas de l’hypnose, la mémoire du vécu sera dépendante de l’autorité de l’hypnotiseur qui nous permet ou non de nous souvenir.
    Ainsi, cette région inconnue de notre cerveau qui asservit nos actes à une autorité extérieure, est également capable de subjuguer notre mémoire.
    Si on compare les effets de ces trois influences, on constate l’existence de circuits différents :

 
Durant l'éveil,
le cortex frontal peut brider l’imaginaire.
En l'absence de contrôle frontal,
l’imaginaire se débride.
Toute autorité extérieure peut orienter l’imagerie mentale.
 

« Notre intention comme nos actes peuvent échapper à notre contrôle ».

    Ce qui attire l’attention dans la relation hypnotique, c’est qu’elle fait interagir au moins deux individus, c'est-à-dire l’ébauche d’un groupe.
    Ainsi, alors que notre cortex frontal, siège de notre pensée sociale, est une zone de contrôle de nos réactions individuelles pour les assujettir aux règles du groupe, (ce qui laisserait supposer que nous contrôlons consciemment nos réactions pour les ajuster à un environnement et des règles librement choisis), il s’avère que notre cortex frontal peut être directement influencé par un autre individu.
    L'intention du sujet est alors détournée par une autre intention, et cela indépendamment de ses propres perceptions.
Si cet assujettissement se fait généralement par la force dans le monde animal, l’hypnose démontre que la persuasion peut suffire chez l’homme.

    Nous pouvons d’ores et déjà envisager que la perte de notre propre intention fasse intervenir un troisième circuit intégrant le cortex cingulaire antérieur (attention), le cortex frontal inférieur (contrôle volontaire des tâches) et, dans l’hémisphère gauche, les aires qui assurent le traitement du langage (aire de Broca, de Wernicke et lobule pariétal inférieur).


« Nos sens sont influencés par notre cortex frontal.
    Notre cortex frontal peut être réorienté par une influence extérieure. »






4 - La voix de l’influence : (suite)