De la matière
à la conscience.






2 – Le cerveau, les cellules corporelles et la conscience :

A – Conscience locale ou globale ?

    Les chercheurs ont, dès le début, tenté de découvrir dans le cerveau un centre dédié à l’acquisition de la conscience : c’est dans ce centre qu’étaient censées parvenir, pour y être traitées, toutes les perceptions.

    Actuellement, même si le cortex préfrontal demeure privilégié, on ne pense plus qu'il y ait une zone précise responsable de la conscience, mais des régions distantes, qui coordonnent leur fonctionnement.

    Apparition de nouveaux sens qui se complètent, doublement de chacun d’eux pour valider les informations en provenance son homologue, focalisation de l’attention, inhibition des activités inutiles, avec cependant une prise en compte de mécanismes inconscients : toutes ces caractéristiques qui se superposent et s’interpénètrent font qu’il est désormais difficile d’imaginer que le seul cortex préfrontal puisse être responsable de la conscience.
    Difficile aussi d’imaginer qu’un réseau spécialisé soit seul mis en action.
    La conscience est-elle alors un phénomène global résultant d’une organisation d’ensemble du fonctionnement de notre cerveau ? Est-elle au contraire l’aboutissement d’informations recueillies par une multitude d’éléments primaires, chacun étant capable de prendre connaissance d’une information et de la retransmettre ?

B – Les objectifs de la pensée – attention et tri des informations :

        a - Conscience et inconscient - la sélection des informations :
    Ces réseaux multiples qui aboutissent à la prise de conscience de l’homme sont alimentés par des informations conscientes ou inconscientes. Mais, parmi toutes ces informations qui pourraient accéder à la conscience, celle-ci n’en sélectionne qu’une seule.
    On considère aujourd'hui qu'il y a conscience dès qu'il y a interruption du comportement habituel pour prendre en compte une situation nouvelle : ce changement de comportement est caractérisé par le phénomène de l’attention.

    Reprenons notre exemple de quelqu’un qui téléphone en conduisant.

    Au cours d’une conversation téléphonique, le langage va entrer en concurrence avec les aires de repérage spatial, situées dans le cortex pariétal, nécessaires à la conduite automobile. Les études d’imagerie cérébrale montrent en effet que l’activité du lobe pariétal diminue, que l’on tienne ou non son téléphone à la main. Ce n’est pas l’utilisation des mains qui augmente le risque, mais l’attention portée à la conversation.
    On notera de plus que les temps de réaction lorsqu’on téléphone sont plus longs que lorsqu’on a bu.


    On peut noter aujourd’hui la coexistence de deux thèses :
- le cortex préfrontal est le siège de la conscience,
- il se contente, en focalisant l’attention sur certains éléments de l’environnement, de sélectionner les informations utiles afin de planifier les comportements ultérieurs.
    Dans ce dernier cas, nous constatons le travail coordonné de régions qui possèdent des capacités complémentaires.

    En effet, les perceptions dont nous avons conscience ne sont pas les seules à intervenir lorsque notre survie est en jeu.
    Ainsi de cet adolescent dont nous avons cité l’expérience : il avait conscience de la route et du camion devant lui, mais autre chose en lui avait également « conscience » des arbres aux branches basses, et du chargement du véhicule (cf également l’exemple de la « vision aveugle »).

    La conscience apparaît donc comme la capacité à relier toutes les régions du cerveau afin de savoir qui on est, d'où l'on vient, où l'on va, où on est, et agir en conséquence. C’est aussi savoir utiliser sa mémoire.


    Si cette conscience globale résulte des liens tissés entre les différentes régions du cerveau constituées par les neurones, quel est le rôle de ces neurones au sein de ces régions ?

        b - Les neurones dans le mécanisme de l’attention :
    Pour cela, nous allons examiner ce qui se passe au niveau de la rétine.

    Lorsque quelque chose attire notre attention, les neurones responsables de la perception visuelle (en rouge) sont activés. Simultanément, d’autres neurones (en bleu) inhibent les neurones voisins (en gris pointillé).
Ainsi, lorsque nous focalisons notre attention sur une situation précise, on ne voit plus les changements qui vont survenir dans la périphérie du champ visuel : le champ visuel se rétrécit.

 
 

    Le phénomène d’inhibition fait donc partie intégrante du mécanisme de la conscience : de même avons nous vu que l’effacement de la mémoire est un phénomène actif au même titre que la mémorisation [cf : Rôle du sommeil profond dans la mémorisation].

    Toutefois, si ces mécanismes inhibiteurs semblent effacer la conscience que l’on pourrait avoir des régions en dehors du champ visuel, il n’en est rien… D’autres mécanismes demeurent en alerte et pourraient intervenir dans le cas d’un réel danger.

 
    Un casque peut isoler du monde extérieur. Cependant une alerte impérative : « Au feu ! » pourra franchir le seuil d’inhibition.

    On admet généralement que l'on ne voit consciemment que ce sur quoi on porte son attention.
Inversement, pourrait-on être attentif à quelque chose sans en avoir conscience ?
    L’intuition semble démontrer qu’il existe une autre conscience à laquelle nous n’avons pas toujours accès. Plus fiables sont les expériences menées par Catherine Tallon Baudry, neurobiologiste et directrice de recherche à l'institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris.

    Ces expériences, ont pu dissocier le rôle de la conscience et de l’attention dans l’accès à la conscience visuelle : elles montrent que l’on peut être attentif sans en avoir conscience, et être conscient sans mobiliser l'attention.
    Etudiant un patient qui, à la suite d’une lésion du cortex visuel primaire, avait perdu la vue à droite, elle a constaté que, si on lui présentait un objet de ce côté, il pouvait préciser sa couleur et son emplacement.

    La capacité qu’il a développé en présence de cet objet invisible a de plus permis de constater que les régions cérébrales qui s’activaient correspondaient à celles de la conscience chez un sujet normal. Percevoir et savoir, sans en avoir conscience signifierait-il aussi « être conscient » ?
De multiples perceptions font intervenir la conscience à notre insu, révélant une conscience bien plus large que celle que nous parvenons à utiliser.

    Serions-nous limités par notre langage dont nous avons vu qu’il est incapable de décrire la richesse de nos perceptions ?

 
    Voir devant soi et le nommer empêche de percevoir encore ce à quoi nous venons de tourner le dos.

    Ainsi, notre cerveau pourrait comporter une conscience qui nous échappe. Mais alors, qu’est-ce qui, dans ce cerveau, en le rendant capable à la fois de percevoir, donner et recevoir l’information, la comparer à des données déjà mémorisée et, le cas échéant, collecter d’autres informations pour trouver une solution à un problème nouveau, permet d’aboutir à la conscience ?

« Sans avoir accès à la conscience,
nous pouvons cependant être conscients »


C – La conscience vue par un extra terrestre :

        a - Premières approches de la conscience :
                  1 - Découverte d’une entité :
    La description des activations cérébrales et des circuits ne nous a pas révélé le lieu de la conscience. Toutefois une indication s’en dégage : plusieurs lieux qui travaillent indépendamment à l’intérieur du cerveau sont nécessaires, et la conscience ne peut naître que dans l’intercommunication de ces lieux
    Alors, si la philosophie ou la recherche scientifique ne peuvent nous permettre de situer le lieu où naît la conscience, peut-être pouvons-nous interroger notre petit homme vert favori ? Pourrait-il déceler sur Terre, le lieu de la conscience ?
    Qu’observerait-il depuis sa lointaine planète ?

    Il découvrirait une autre planète sur laquelle semble posé un étrange volatile.


    L’autre côté de cette planète, qui lui apparaît selon des cycles réguliers, ne ressemble à rien de connu. Cependant, l’ensemble présente une étonnante activité lumineuse et électromagnétique : cette activité se traduit entre autres par des cycles lumineux fluctuant en fonction de la rotation de l’astre, comme si celui-ci tentait de rester lumineux en dehors de l’éclairage procuré par son étoile.


                  2 - L‘entité est-elle vivante ?
    C’est ainsi qu’il va envisager l’hypothèse que la Terre est un organisme vivant avec un cycle d’activité régulier correspondant à chacune de ses rotations. Améliorant ses capacités techniques il va découvrir que ces curieux centres lumineux, qui apparaissent lors de la phase sombre du cycle, sont reliés par des filaments eux-mêmes lumineux.


                  3 - L‘entité a-t-elle une conscience ?
    Poursuivant ses recherches, il va également déterminer que le volatile ne possède pas une conscience de soi, faute de réaction devant un miroir..

    La passivité du volatile va lui faire dire qu’il est en présence d’un végétal dénué de motricité. Comment alors déterminer que l’activité de surface correspond à une intelligence ?
 

    De plus, tandis que toute luminosité s’éteint à certains moments du cycle de rotation de la planète, comment comprendre qu’une moitié semble vivante et l’autre morte à un rythme aussi régulier ? Ce ne semble pas le signe d’une intelligence supérieure.

        b - Approche scientifique :
                  1 - Approche des phénomènes :
    Améliorant encore sa technologie il va un jour observer avec plus de précision les événements qui se produisent au sein de cette luminosité : une énergie électrique se propage le long de filaments, depuis des centrales vers des lieux d’exploitation. Quelle en est son origine ?
    Puis, devenu capable d’envoyer des robots dans l’atmosphère de cette planète, il va constater des réactions incompréhensibles lors de ces survols : une augmentation de l’activité radio, des ondes radar…
    Il va aussi observer des changements lors du passage d’un ouragan : diminution de l’activité habituelle, puis réparation de ce qui a été détruit.
    Mais tout cela détermine-t-il l’existence d’une intelligence, voire d’une conscience ?

                  2 - Approche des structures internes :
    Peu à peu, notre extra terrestre va affiner ses observations.
    Ces importantes agglomérations de structures éclairées la nuit sont constituées d’éléments plus petits reliés par des fils où circule l’énergie électrique déjà décelée. Il va donner des noms à tout cet ensemble ; les éléments cubiques deviennent des cellules ou neurones, les liens qui les relient, des dendrites ou axones, et les points de jonction, les synapses.


                  3 - Approche des régions :
    Dans ces agglomérations d’éléments cellulaires, il va discerner des régions : certaines sont actives le jour avant de se désertifier le soir au profit d’autres aires périphériques, elles-mêmes cessant toute activité au plus profond de l’obscurité.
    Il va également constater la plasticité de ces éléments cellulaires, leur capacité à se reproduire, se déplacer, disparaître, toujours en établissant en permanence des liaisons entre leur propre réseau, et le réseau filaire commun.
    Mais si les changements qui surviennent dans ces structures laissent à penser qu’elles possèdent une intelligence, comment déterminer qu’elles pourraient aussi posséder une conscience ?


    Sa réflexion va alors faire une première avancée : ne sachant comment peut naître la conscience sur cette planète il va parvenir à déterminer quand celle-ci se manifeste.

    Il sait, connaissant les modalités de fonctionnement de la conscience chez ses compatriotes, que certains mécanismes sont spécifiques de la conscience, comme celui de maintenir une activité en mémoire pour la reproduire à l’occasion.
    Il va alors découvrir l’existence d’autres réseaux, dont un très particulier, celui de l’Internet, passant par d’autres voies, et aboutissant à des centres de stockage.

    Il va ainsi répertorier différents types d’ « axones ». Certains conduisent des courants électriques, d’autres des signaux qui utilisent des fréquences différentes ou même des flux lumineux. Des répartiteurs récupèrent ces signaux, puis les redirigent vers d’autres destinations.


    Toutefois, fallait-il réduire les phénomènes existant sur cette planète à de simples manifestations telluriques? Certain que la conscience était avant tout, sur sa planète, un phénomène biologique peut-être était-il nécessaire d’étudier la conscience sur Terre sous ce même aspect.

    C’est ainsi que notre extraterrestre va constater que, lors de refroidissements météorologiques, des circuits locaux de réchauffement s’activent au sein des agglomérations cellulaires. Il constate également que des circuits différents n’appartenant pas au même domaine se sont activés avant eux.
Les seconds phénomènes seraient donc liés au déclenchement des premiers ? Tout cela dépend-il d’automatismes, ou y a-t-il une intelligence à l’origine de ces phénomènes ?

    Où se situe l’interrupteur qui met en fonction ces phénomènes, et qu’est-ce qui le déclenche ?
 

                  4 - Approche de la conscience :
    L’étude de ces phénomènes mesurables a permis à notre extraterrestre de les associer aux systèmes cognitifs (attention, réaction, mémorisation) qu’il a l’habitude de manipuler, systèmes cognitifs qui déterminent pour lui la conscience.
    Pourtant, si ces phénomènes lui permettent d’envisager l’existence d’une conscience sur Terre, ils ne lui permettent pas de comprendre ce qu’elle est.
D’autre part, s’il peut examiner les phénomènes objectifs qui se déroulent sous ses yeux, existe-t-il une expérience subjective qui naîtrait de cette multiplicité d’interconnexions? Et comment l’explorer ?
    Il se retrouve face aux mêmes difficultés qu’il rencontrait en étudiant le cerveau de ses congénères, et qui se formulait par la question : existe-t-il une forme de conscience indépendante des événements observés dans les structures cérébrales ?


    Incapable de saisir cette forme de conscience au niveau du cerveau, notre extraterrestre est tout aussi incapable de la saisir sur Terre.

    C’est alors qu’il va s’apercevoir qu’il étudiait la conscience à partir du transfert de matériaux ou d’énergie d’une région à une autre. Or ces phénomènes sont indissociables de la présence d’unités biologiques fonctionnant en groupe ou individuellement. Ce sont elles qui déclenchent les flux qu’il relevait sur les circuits courts ou longs reliant différentes régions.
    Mais alors ? Que sont ces unités biologiques qu’il retrouve régulièrement lors de ses observations ?

    Elles sont innombrables dans les lieux où se regroupent le plus de structures,
 


plus rares dans ces serveurs capables de stocker ou de distribuer des masses d’informations où elles ont également élu domicile. Quel y est leur rôle ?
 
 
SuperMUC : Le plus gros centre de calcul au monde avec plus de 155 000 cœurs de traitement.

    Ces immenses radiotélescopes pointés vers l’infini possèdent-ils l’intelligence ? Ou bien l’intelligence est-elle le fruit des quelques unités biologiques qui les activent, unités en tout point semblables aux 6 autres milliards réparties sur la croûte terrestre ?

 
    Se pourrait-il que la conscience émerge non pas du réseau communicant, mais de chacune de ces unités bien individualisées ?
Se pourrait-il que ce ne soit pas la Terre qui possède la conscience, mais chacune de ces unités ?

    C’est alors qu’il décida d’appeler « gènes » ces unités apparemment indissociables du système de communication, afin de s’intéresser à leur fonctionnement.
Pourquoi ces gènes étaient-ils si petits, tout en semblant si importants ? Pourquoi semblaient-il parfois réagir avec intelligence et paraître le plus souvent dénués de libre arbitre ?
Etaient-ce eux qui actionnaient l’interrupteur ? Détenaient-ils une conscience ?



    C’est à partir des observations, tâtonnements et découvertes de notre ami découvrant la planète Terre, que des remarques identiques ont pu être élaborées concernant l’homme, ses neurones, et les gènes que leur noyau referme.
    Et, tout d’abord, que savons-nous de nos cellules et de nos neurones ?

D – Capacité des cellules :

    Alors, puisque notre extraterrestre a déterminé que la conscience pouvait se situer dans l’unité et non dans le groupe, nous allons nous intéresser à cette unité biologique qu’est la cellule.

        a - Les cellules dans le corps :

    Ces unités élémentaires définies par notre extraterrestre observant la planète « Terre » se retrouvent de façon étonnante au niveau de la planète « corps humain ». Il s’agit de cellules communicantes que l’on pourrait comparer à des informaticiens, des économistes lançant des ordres d’achats ou des décideurs politiques. Sans oublier des cellules « intendantes », peu communicantes, qui vont assurer les fonctions vitales de nutrition, respiration et autres…
    Ces cellules « intendantes » si discrètes dans le fonctionnement général, ne présentent-elles pas elles aussi la capacité d’effectuer un travail précis en fonction d’informations qu’elles seules peuvent décoder et qui concernent les paramètres indispensables pour assurer l’homéostasie ?

 
    La réponse que l’on qualifie de consciente, traduite par le langage ("Aïe!") ou les mimiques, est indépendante des réactions adaptées de chaque cellule du corps. Elle n’a pas, bien souvent, d’intérêt direct pour soi, sinon de se conformer aux directives du groupe ou d’informer celui-ci pour en obtenir une aide.
 
 

    On constate que chaque cellule possède la capacité de tenir compte du milieu dans lequel elle baigne pour s’en nourrir ou réagir de façon adaptée. Tout se passe comme si notre corps n'était qu'un assemblage de milliards d’unités dont chacune réagissait en fonction de son environnement proche. Dans cette construction, les neurones jouent le rôle de télégraphistes qui transmettent à distance les informations locales afin que d’autres neurones déclenchent une réaction globale.
    La réaction que l’on observe dans une aire cérébrale ne serait alors que celle des neurones plus ou moins nombreux qui la composent.

 
Régions motrices dans le cerveau.

 
La réaction d’une région (observée par les moyens actuels d’imagerie) est celle de la multitude d’éléments distincts qui la composent.

    La capacité de prendre conscience a été mise en évidence chez l’être humain dès les premiers mois de l’existence. Liée à la capacité de recevoir des informations, nous savons que l’attention est le comportement qui la révèle.
    Sans information, puis-je être conscient de ce qui se passe à Paris ? Sans les cellules qui participent à la sensation, le neurone moteur peut-il être « conscient » de la nécessité d’agir ?
    Une réaction globale dans certaines régions du cerveau, interprétée comme une réaction consciente, peut-elle être le résultat de la mise en œuvre d’éléments qui n’ont pas connaissance de l’environnement auquel ils ont toutefois accès ? Si 100 milliards de cellules cérébrales communiquent pour aboutir à la conscience, est-ce que chacune ne posséderait pas une forme primitive de cette conscience ?
    Prenons un autre exemple : 100 ouvriers et techniciens pourtant dotés de conscience, en grève dans une entreprise de construction automobile ne créeront pas d’activité consciente mesurable. C'est en effet le résultat d’une activité conjointe et consciente (un véhicule va sortir de l'usine) qui est mesurable, et qui peut être interprété comme un signe de conscience.

    C’est pour cette raison que le cerveau attire l’attention des chercheurs : contrairement à n’importe quelle autre cellule corporelle, les groupes de neurones qui le composent présentent une activité mesurable et contrôlable. De plus, ils se trouvent tous dans le lieu considéré comme le siège de la pensée consciente

    Pour que l’on parvienne à attribuer la capacité de conscience à une ou plusieurs régions cérébrales, il est indispensable d’envisager que chaque cellule nerveuse, même celle qui reste inactive, soit en attente d’une information et s’avère capable de déterminer dans quelle direction elle va aiguiller les flux qu’elle reçoit. Pour cela, elle va devoir tenir compte de l’ensemble des cellules environnantes qui concourent à la réponse collective.
    Quant aux cellules du reste de l’organisme, peuvent-elles être exclue du processus parce qu’elles n’habitent pas dans la boite crânienne et qu’elles ne semblent réagir que par automatisme ?
    Que deviendrait un « neurone décideur » si les cellules de l’organisme faisaient grève, ou s’il ne recevait plus d’information des autres neurones ? Que seraient un roi, un président ou un dictateur sans la capacité de conscience de tous ses sujets et sans l’adhésion d’une partie de ces derniers ?


    C’est pourtant sur les incroyables capacités des cellules qui constituent le cerveau que les chercheurs se sont penchés.

        b – Les neurones dans le cerveau :

    On pourrait penser que le terme « neurone » recouvre un seul type de cellule. En réalité, il existe une multitude de types de neurones dont chacun possède une fonction différente (interneurones, neurones moteurs, sensoriels, inhibiteurs…), et une forme différente (unipolaire, bipolaire, multipolaire). En outre, ils ne communiquent pas tous de la même façon : certains utilisent des signaux électriques, alors que la plupart des synapses utilisent des mécanismes chimiques.

    Au nombre de 100 milliards dans le cerveau, chaque neurone, grâce à ses prolongements synaptiques, est relié à d’ autres neurones. Certains, au niveau du cortex, sont capables d’établir plus de 10 000 contacts avec leurs homologues, alors que d’autres, dans le tronc cérébral, structure d’apparition plus ancienne, ne présentent pas plus d’une dizaine de connexions [cf : neurogénèse].
    Nous pourrions à nouveau comparer ces caractéristiques à celles de l’être humain : l’agriculteur sera en contact avec un nombre limité d’intermédiaires, tandis que le responsable de la bonne marche d’un pays, ou le journaliste responsable de la transmission de l’information pourront établir des connexions avec des centaines de correspondants.

    De plus, le cerveau possède une caractéristique qui le différencie de toutes les autres régions du corps : sa plasticité. Chaque neurone est en effet capable de se connecter à ses semblables par des prolongements et des synapses modifiable en fonction des besoins, mais il est capable aussi de migrer à l’intérieur même du cerveau.
    Encore une caractéristique humaine, que celle de la capacité de reconnaître l’environnement, s’y adapter, communiquer sur place ou à distance, et se déplacer en fonction des besoins.

    Ces neurones sont-ils les seuls à participer de la pensée ? Les cellules gliales, interviennent aussi, qu’il s’agisse de la fabrication de la myéline ou du maintien de l’homéostasie.

    Car, malgré l’importance qu’elles semblent avoir, nos cellules nerveuses verraient leurs capacités réduites à néant si ces cellules gliales, comme l’ensemble des cellules corporelles, ne leur fournissaient pas les moyens d’exister et d’agir. Pour revenir à l’exemple du responsable d’un pays, que serait-il sans le cuisinier qui le nourrit, l’éboueur qui nettoie ses ordures, l’employé des télécommunications qui entretient son réseau téléphonique, les informaticiens et les journalistes qui lui permettent d’assurer sa fonction.
    Dans notre cerveau, le neurone n’est rien sans cellule gliale, et les cellules gliales comme celles de l’organisme ne sont rien sans le neurone. Rappelons-nous la nécessité d’équilibre entre les différentes régions du cerveau. Or cet équilibre est également indispensable entre toutes les cellules du cerveau, et toutes celles de l’organisme.


    Pourtant, ce sont bien les neurones qui, par leur rapidité d’interaction et leur capacité de communication à distance, différencient les êtres dotés d’un système nerveux des êtres mono cellulaires ou des végétaux.

    Que se passe-t-il dans notre cerveau ?

        c – Le travail en commun - Les assemblées de neurones :

    Avec ses 100 milliards de neurones dont chacun peut être relié jusqu’à 10 000 neurones voisins, le cerveau constitue l’organe le plus complexe produit par l’évolution.

    Chaque information transmise peut être codée de multiples manières, par des neurotransmetteurs ou des signaux électriques, selon la cellule réceptrice. Grâce à une connaissance innée, cette dernière va transférer ces informations à d’autres cellules jusqu’à une région affectée à l’attention. Cette région, c’est-à-dire l’ensemble des cellules qui la composent, va choisir l’action la plus judicieuse. La transmission de ces dernières données va alors permettre le passage à l’acte.


                  1 – Le travail synchrone :
    Il suffit de quelques millièmes de seconde à un neurone pour propager ses informations, et pourtant, malgré le nombre extraordinaire de connexions qui s’activent, bien peu d’erreurs sont commises. On observe au contraire un travail d’ensemble dans lequel chaque région trouve sa place.
    Les chercheurs ont ainsi découvert que, non seulement les neurones peuvent envoyer des signaux électriques à un rythme parfaitement régulier, mais qu’ils sont capables de s’accorder entre eux pour le faire.

    Il est même admis que, sans cette synchronisation, l’information ne passerait pas. C’est-elle en effet qui permet à un groupe de neurones d’améliorer l'impact postsynaptique d'un seul, et qui permet aussi à la conscience d’émerger..

    N’est-ce pas le même phénomène que l’on observe dans les sociétés humaines ? Pour que l’information passe, un seul journal ne suffit pas, des milliers doivent être imprimés. De même, pour proposer sa vision du monde, un réseau social est infiniment plus efficace qu’un groupe restreint d’individus. Cette efficacité sera d’autant plus importante que les ordinateurs seront synchronisés, permettant la prise de conscience et la réactivité d’un plus grand nombre d’individus.

    C’est ainsi qu’en 2005, l’équipe d’Alfons Schnitzler, de l’université Heinrich Heine de Düsseldorf, a réalisé une expérience avec 10 personnes. Il leur était demandé d’observer des lettres défilant sur un écran, de façon à ce qu’ils les perçoivent soit consciemment, soit de manière subliminale.
L’équipe a alors constaté que lorsque les sujets étaient conscients de ce qu’ils voyaient, les aires cérébrales actives étaient fortement synchronisées.

 
 
    Aires synchronisées Sc&V 1141 Page 67 Lorsque notre cerveau traite des images :
- si nous n’avons pas conscience, les aires en fonction sont peu synchronisées (à G traits bleus fins).
- si nous avons conscience, ces aires cérébrales, plus nombreuses, sont fortement synchronisés ( à D, traits épais).
 

    Ce phénomène permet lui aussi de comprendre la focalisation de la conscience sur un seul objet : lorsque nous concentrons notre attention sur une tâche, les aires qui traitent les sensations ou les images travaillent ensemble, en coordination, et ne peuvent prêter attention à d’autres perceptions qui interviendront alors de manière subliminale.

                  2 - Le cerveau probabiliste :
    C’est aussi en observant le fonctionnement d’une société humaine que l’on peut le mieux comprendre le fonctionnement d’un groupe de cellules. Nous l’avons évoqué précédemment [cf : Les trois périodes de la vie] : un seul homme mettrait des milliers d’années à construire un poste de télévision ! Le travail collectif offre le même résultat que le travail individuel, mais en beaucoup moins de temps et avec beaucoup moins d’énergie.
    Comment se présente ce fonctionnement collectif ?
    On a longtemps pensé que le travail du cerveau pour se représenter le monde consistait en un processus direct, aboutissant à une conclusion unique. On est actuellement arrivé à la conclusion qu’il n’en est rien !
    Mais alors, comment fait ce neurone, capable d’agir par lui-même, comme au sein d’un groupe, pour nous permettre d’aboutir à des conclusions et développer des comportements à partir d’un environnement souvent imprévisible ?

    C’est dans les années 1990 qu’une autre vision s’est imposée : celle d’un cerveau capable de calculer et fournir en permanence plusieurs interprétations et plusieurs réponses probables aux événements qu’il perçoit. C’est cette conception du « cerveau probabiliste » que les chercheurs tentent aujourd’hui de traduire en langage mathématique.

    Cette conception explique que tout ce que nous percevons du monde extérieur est immédiatement transformé par le cerveau en probabilités mathématiques mises à jour en permanence. C’est ce qui fait à la fois son originalité et son extraordinaire efficacité.

 
 
Les propositions du cerveau :
    - Fera-t-il soleil ?
    - Le temps va-t-il demeurer incertain ?
    - Ou évoluer vers l’orage ?
 

    C’est grâce à ce travail de statistiques que nous pouvons anticiper la réaction la plus adaptée.
    Bien sûr, les hypothèses qui en résultent (beau temps, temps incertain, orage) demeurent tout à fait conscientes : il est possible de les nommer. Par contre, l’importance mathématique accordée à chacune d’elles demeure généralement inconsciente.

    C’est l’observation de l’activité des neurones, dont la membrane est le siège de variations électriques plus ou moins aléatoires, qui a fait germer cette hypothèse. C’est ainsi qu’au cours des années 1980, Geoffrey Hinton, chercheur à l’université de Toronto (Canada), a eu l’idée de simuler sur ordinateur des réseaux de neurones dans lesquels certains paramètres avaient été affectés de valeurs aléatoires. Il a ainsi pu montrer que ces réseaux étaient capables de calculer les résultats possibles à partir des informations transmises.
    Ce calcul de probabilité au niveau du cerveau vaudrait non seulement pour le neurone mais également pour la région qui l’abrite, sans que l’on puisse savoir actuellement où se déroulent ces calculs.

    Comment fonctionne ce calcul ?

    Imaginons qu’un sujet entende un bruit dans le couloir d’un château, la nuit. Son cerveau va effectuer un calcul de probabilité en fonction des connaissances précédemment acquises.
    S’il a appris que le château est hanté, cette probabilité sera de 90 % et son attention ansi focalisée l’amènera à entendre des bruits auxquels il n’aurait pas prêté attention, bruits divers que son cerveau traitera comme le résultat de déplacements.
 

    La thèse de l’esprit « revenant » va être validée.

    90 % revenant         10 % incertitude

    - Imaginons maintenant que le sujet n’ait pas de conviction acquise sur la question.
 

    Dans l’obscurité, avec ses seules connaissances, le calcul que va effectuer son cerveau va être différent : il va analyser les possibilités qui se présentent.

    30% revenant     35 % il y a quelqu’un     30 % un meuble à craqué     5 % ne sait pas.

    - Toutefois notre sujet, très courageux, décide d'en avoir le coeur net : il allume la lumière et ouvre la porte du couloir.
 

    Il va alors constater que personne n’y circule, et la présence de la lumière va éloigner l’idée du fantôme visiteur.

    40 % revenant     10 % il y a quelqu’un     40 % craquement de meuble     10 % ne sait pas

    - Soudain un rat débouche de dessous le meuble.
 

    Toutes les valeurs vont se réajuster.

    10 % revenant     0 % quelqu’un     20 % craquement de meuble     70 % présence de rats

    C’est la compréhension de ces mécanismes de traitement de l’information par le cerveau qui a permis le bon en avant de l’intelligence artificielle au cours de ces dernières années.

    Cependant, si les probabilités semblent bien au cœur de l’activité cérébrale, c’est… à notre insu. Pour qu’il y ait accès à la conscience, il semble qu’un autre traitement doive se faire : tout comme nous ne comprenons le langage machine de l’ordinateur qu’après sa traduction en images d’écran et en langage verbal, nous n’accédons à la conscience qu’après traduction du travail de notre cerveau en perceptions sensorielles et en langage.

 
Langage machine et sa traduction.

« Pour aboutir à la conscience,
aucune information ne peut être négligée,
aucune étape ne peut être sautée »






3 - Le neurone et la conscience : (suite)