« La connaissance du monde commence à peine. »
            Georges Dumézil












De la matière
à la conscience.






5 – L’édifice de la conscience :

    Nous avons vu que notre capacité à prendre conscience du monde extérieur est liée à l’activité de notre cerveau, plus précisément l’activité des neurones qui le constituent. Que serait le cerveau sans les neurones, et ces derniers sans le soutien des cellules qui les protègent et les nourrissent ? D’autre part, nous savons que le neurone n’est rien sans l’ADN qui régit sa propre organisation interne, celle de chaque cellule qui l’héberge, les relations entre les cellules, et celles de l’organisme tout entier par rapport à son environnement.
    Or l’ADN est avant tout de la matière.
    Comment donc a pu évoluer cette matière pour aboutir à ce que nous connaissons du monde animal et de l’homme ?

A – Le neurone et les cellules dans le corps :

        a - La communauté des cellules de l’organisme :
    Il n’y a pas de différence essentielle entre les neurones et les autres cellules de l’organisme : tous possèdent leur propre spécialité, participent à un travail collectif, communiquent entre eux pour contribuer à la vie commune.
    Une différence existe toutefois : alors que toutes les cellules réagissent dans leur intérêt et celui de l’organisme (nutrition et protection), le neurone réagit aussi pour la vie de relation avec le monde extérieur.

 
Chaque cellule possède une fonction bien définie au sein de l'organisme.

    Il en va de même en milieu humain : si l’informaticien a plus de capacité à transmettre une information, rapidement et au loin, cela ne dénote pas une conscience plus grande que celle du paysan qui le nourrit. Car si le premier possède une spécialisation plus poussée dans le domaine de l’information et de la transmission, le second a pour sa part une spécialisation plus poussée dans le domaine de la culture ou de l’élevage. Chacun pouvant d’ailleurs être dépourvu de la conscience de l’existence de l’autre.
    Dans le cadre de ces spécialités, la conscience de chacun sera orientée vers un but différent : pour les informaticiens ce seront des données virtuelles, pour le paysan des données concrètes.

    En poussant un peu plus loin l’analogie, on peut se poser la question suivante : y aurait-il une différence de capacité de « conscience » entre les cellules digestives, les cellules musculaires et les neurones ? Elles répondent toutes à une information qu’elles vont transformer et partager : besoin de nourriture, nécessité d’une réaction physique, ou réponse à une information venue des récepteurs sensibles (vision, audition…).

    Une étude menée par des chercheurs de l’université d’Arizona est instructive à cet égard. Etudiant la façon dont la peau se reconstitue pour combler l’espace créé par une écorchure, ils ont constaté que certaines cellules de l’épiderme se transforment en cellule « guides » : plus grosses que leurs voisines, elles acquièrent, à l’instar des cellules immunitaires ou des neurones, la capacité de se déplacer. Les cellules guides migrent alors vers la plaie, entraînant leurs voisines dans leur sillage.


    Quant à savoir si ces cellules qui nous démontrent leur autonomie sont individuellement conscientes, il serait nécessaire de connaître leur langage afin de pouvoir l'utiliser et dialoguer avec elles.
    Il est peu probable qu’il existe un neurone « président » d’une république de cellules dont il connaîtrait tous les besoins. Par contre, il semble bien qu’il existe une multitude de « consciences primitives », une organisation très élaborée entre les différents secteurs d’activité de tout organisme, et une hiérarchie bien établie au sein de ces secteurs.
    Aussi, pour comprendre ce que nous appelons « conscience », il est nécessaire de suivre le cheminement des informations depuis le détecteur jusqu’au décideur avant de parvenir à l’action.


    Chez l’être vivant organisé, la conscience apparaît liée à la notion d’urgence. Pour le prédateur, la conscience sera focalisée sur la proie inaccessible qu’il devra cependant trouver le moyen de conquérir. Pour le gibier, alors que l’herbe est abondante, elle sera orientée sur la détection du danger. Pour l’homme enfin, il va s’agir d’être attentif aux conditions sociales de sa vie, ainsi qu’aux mondes virtuels auxquels il a accès.


    Quant à la cellule, elle apparaît dotée d’une « conscience primitive » liée à sa fonction. Il y a autant de possibilités qu’il existe de cellules.

« Si la conscience est communication, retenons que toutes les cellules communiquent. »

        b - Soi et l’autre en soi :
    En nous, où se situerait donc la conscience?
    Nous savons que « nous » ne sommes conscient que dans un deuxième temps [cf : L’inconscient génère ses propres pensées]. Cela sous-tend que la partie de notre cerveau qui correspond à notre identité consciente dépend d’une « autre » partie de notre cerveau qui est consciente avant elle, bien que cette activité nous échappe.
    Qui est ce « nous », et qu’elle est cet « autre » dans notre cerveau ?

 
        Nous pensons généralement que l’ensemble de notre cerveau nous représente : il nous paraît être le reflet de notre identité. Pourtant, ce « nous » dont nous avons conscience n’existe que bien après une autre partie de nous-mêmes.

    C’est cet « autre » en nous qui étudie la situation en cours, lui trouve des solutions, et nous les transmet.
 

    En ce moment, cet "autre" génère les idées que mes aires du langage tentent de mettre en forme pour les rendre compréhensibles. Or c’est la partie consciente de moi-même, la seule à laquelle j’ai accès, qui m’amène à croire que je suis « conscient », « civilisé », et « l’aboutissement de l’évolution et de la vie sur Terre ».

    De fait, ce « nous » que nous croyons si bien connaître n’est que la partie qui pense au moyen de mots et s’interroge au lieu de vivre.
 

    Demandons-nous alors de quoi peut bien être fait cet « autre » en nous.
On considère généralement qu’il est constitué par ces milliards de cellules qui œuvrent dans l’ombre, à notre service.
    Cependant, ces cellules n’ont nul besoin de nos décisions royales pour agir : elles prennent elles-mêmes les décisions nécessaires. Si nous ne les en empêchons pas, elles sont capables de réagir immédiatement et fort judicieusement alors que nous-mêmes sommes encore plongés dans des souvenirs lointains, ou un avenir que nous tentons de dessiner.

    Une expérience récente menée par Hiroaki Norimoto de l’université de Tokyo est instructive à cet égard : il a implanté dans le cortex visuel de rats aveugles de minuscules stimulateurs couplés à des boussoles leur indiquant l’orientation du champ magnétique terrestre. En une dizaine d’essais seulement, les rats sont parvenus à utiliser cette nouvelle source d’information pour retrouver leur chemin dans un labyrinthe, aussi efficacement que des rats capables de voir.
    Qui a su exploiter ces nouveaux outils ? Le rat lui-même ou ses cellules ?

    Nous ne sommes pas conscient du travail accompli par une seule de nos cellules et des changements que ce travail entraîne : notre conscience ne perçoit en effet que l’activité d’ensemble des neurones [cf : Les assemblées de neurones], lorsqu’elle aboutit à une action globale.

    Notre pensée rationnelle, à l’instar du gouvernement d’une nation, ne réagit qu’à un certain seuil de réaction des cellules citoyennes. C’est à ce moment seulement qu’elle peut prendre conscience, lorsqu’un nombre important de cellules réagit et lui impose de tenir compte de son vécu, vécu qu’elle s’attribuait.
 


« En ce qui concerne la conscience, nos certitudes ne sont pas toujours fondées »

        c – Les cellules :
         Nous avons vu que l’organisation des cellules, individuelles au départ, évolue en passant par plusieurs étapes : le regroupement, la spécialisation et la communication.


    Si l’union fait la force, la spécialisation crée la richesse collective, et la communication permet la connaissance.

    Comparons à nouveau la cellule à l’homme.
    Nous nous souvenons de l’une des conditions nécessaires à la conscience : l’importance d’être relié.
    Ce que l'on pourrait alors appeler la « conscience » d'une cellule individuelle est proportionnelle à la conscience d'un humain isolé au centre d'un désert : il aura accès à la connaissance de tout ce qui est proche de lui, sans rien connaître des nations et des drames qui se jouent à des milliers de kilomètres. Il aura conscience seulement de l’environnement dans lequel il évolue et de ceux qu'il aura pu précédemment connaître.
    La conscience d’un habitant des villes qui est relié peut s’élargir, car il peut accéder à davantage d’informations.

 
 

    Ce qui différencie ces deux hommes est donc uniquement le nombre d'informations qui parvient à chacun, ainsi que le nombre d’informations qu’il redistribue.
De même, un neurone dispose-t-il, en provenance des membres, des organes, de l'environnement proche et éloigné, de milliers d'informations différentes qui lui permettront de réagir et d’informer ses semblables [cf : Les neurones dans le cerveau].
Il en découle que l’élargissement de la conscience dépend non seulement de la spécialisation des cellules, mais aussi d’informations nombreuses et variées.

    La réussite du neurone tient aux raisons mêmes qui font le succès de la science : le succès de cette dernière ne tient pas seulement au génie du découvreur, mais aussi aux jalons posés par les chercheurs qui l’ont précédé. A cela s’ajoutent les chercheurs ultérieurs qui feront évoluer la compréhension de ces découvertes.
Pour parvenir à ce résultat, le chercheur doit savoir accepter les idées nouvelles, et renoncer à celles qui, bien qu’extraordinaires au départ, s’avèreront insuffisantes et devront être écartées ou réajustées. (Ainsi, après que Pasteur nous a légué son extraordinaire découverte de l’influence des germes invisibles dans la maladie, et la nécessité de les éradiquer, la science actuelle relativise leur dangerosité. Elle met désormais en avant un autre danger : celui d’affaiblir notre système immunitaire en lui évitant la confrontation avec des agents agressifs).

    L’homme a tendance à considérer les cellules communicantes plus importantes que les autres cellules de l’organisme, tout comme il le fait dans son monde (les informaticiens seraient plus importants que les balayeurs, et les chefs d’entreprise que leurs ouvriers). Mais, dans le monde des cellules, il n’y a pas de hiérarchie de valeur. Chacune œuvre à la fois pour elle-même et pour la communauté, et son importance est uniquement liée au fait que sa disparition peut entraîner celle de la communauté.
Pour communiquer, elle a, tout comme l’homme, un langage (chimique, électrique…), et des outils capables de détecter les informations indispensables à l’exercice de sa fonction, et à l’équilibre de toutes les compagnes qui partagent son habitat.

    Ainsi la conscience ne peut être attribuée aux seuls neurones, même si ce sont eux qui semblent à même de la mettre en forme.

« Dans le monde des cellules, la conscience est l’affaire de toutes. »

B – La construction de la conscience :

    a – Capacité d’adaptation des cellules :
    Puisque nos cellules se sont organisées dans un environnement qu’elles ont construit de toutes pièces (le corps), voyons maintenant comment elles ont fait évoluer leur stratégie pour améliorer « leur » conscience de l’environnement et aboutir à « notre » conscience actuelle.

    Toutefois, et pour mieux les comprendre, il est nécessaire de connaître, indépendamment de leur capacité à communiquer, leurs extraordinaires capacités d’adaptation.

    Nous connaissons la plasticité cérébrale. L‘exercice d’une profession modifie non seulement les traits physiques ou comportementaux, mais aussi l’activité, la répartition et le développement des cellules à l’intérieur même du cerveau !
Les progrès dans l’exercice d’une activité pratiquée régulièrement se font parallèlement à une réorganisation des cellules cérébrales.

    Les mécanismes en jeu sont complexes. Les neurones du parfumeur peuvent devenir plus ou moins sensibles à différents types de molécules. Les aires motrices de l’athlète de haut niveau, stimulées intensivement, vont s’étendre progressivement. Les gestes vont devenir plus précis.
Des régions actives au début d’une période d’apprentissage (attention, contrôle cognitif, mémoire de travail…) vont progressivement réduire leur activité en fin d’apprentissage, cédant la place à des automatismes. Dans les aires visuelles, des neurones qui s’activaient à la vue de n’importe quel objet vont, après apprentissage de la lecture, s’activer uniquement à la vision des lettres.
Les aires olfactive du parfumeur ou de l’œnologue vont augmenter de volume. Le même phénomène va s’observer chez le chauffeur de taxi, mais alors, c’est l’hippocampe postérieur, impliqué dans l’orientation spatiale, qui est impliqué. Chez les musiciens, c’est le cortex auditif et les aires cérébrales sensorimotrices qui se développent.
Tous ces effets sont d’autant plus visibles que la spécialisation est poussée et sollicite des aires cérébrales bien définies (vue, ouïe, motricité, mémoire, coordination….)

    Toutefois, toutes ces transformations peuvent être attribuées à l’individu lui-même et à sa volonté de changement.
Plus intéressantes sont les modifications qui entrent en jeu alors que le sujet n’a pas une volonté personnelle d’agir.

    C’est ainsi que la recherche médicale a pu constater la capacité d’adaptation de ces minuscules formes de vie que sont les cellules cérébrales en milieu hostile, lorsque des éléments essentiels sont absents, ou lorsque la communication s’avère difficile, voire impossible.

    En juin 2006, un patient vient consulter le service de neurologie de l’hôpital de la Timone à Marseille (France). Il a souffert d’hydrocéphalie dans son enfance, a été opéré, mais n’a plus été suivi depuis l’âge de sept ans. Une I.R.M. révèle l’impensable : le patient n’a quasiment que du liquide céphalo-rachidien dans la tête. Le shunt qui lui permettait d’évacuer le surplus de liquide n’était pas suffisant, et le cerveau a été progressivement repoussé à la périphérie jusqu’à ne laisser qu’une mince couche de tissu collé à la boîte crânienne. Son volume cérébral a été réduit de 50 à 75 %, pourtant les tests effectués se révèlent normaux, en dépit d’un QI réduit.


    En janvier 2013, une Chinoise de 24 ans se rend à l’hôpital pour des nausées qu’elle éprouve depuis un mois. Bien que menant une vie tout à fait normale, l’I.R.M. révèle qu’elle vit sans cervelet depuis sa naissance.
Bien sur, elle a subi des retards de développement durant son enfance, mais elle les a, depuis, parfaitement rattrapés.
 


 
    Un homme de 88 ans consulte en 2013 pour des difficultés à contrôler sa main gauche. En dehors de ces symptômes, il conduit et toutes ses capacités sont parfaitement normales. Là encore l’I.R.M. révèle qu’il possède un cerveau coupé en deux : le corps calleux qui réunit normalement les deux hémisphères est chez lui inexistant.

« Bien que semblant programmées pour construire des organismes élaborés,
les cellules sont à même de corriger des déficiences délétères »


    Ces minuscules formes de vie que sont les cellules humaines apparaissent donc tout aussi capables de s’adapter aux conditions environnementales que le sont des individus eux-mêmes.
    Dans le monde des hommes, si de grands groupes humains sont capables de développer des technologies extraordinaires, les groupes tribaux, dans des conditions plus difficiles en sont tout aussi capables. L’absence de spécialistes ou d’outils qui nous semblent aujourd’hui indispensables n’empêche pas la tribu de vivre. Que certains types de communication n’existent pas ne les empêche pas de communiquer.

    Quant à la communauté cellulaire, la structure dans laquelle elle s’est installée va lui permettre d’évoluer en exploitant au mieux les propriétés du monde extérieur tout en s’en protégeant. En effet, la stabilité de fonctionnement d’un milieu impose de se protéger : la conscience va donc pouvoir apparaître et évoluer vers la forme que nous lui connaissons

    Toutefois, si la surprenante capacité de résilience des groupes de cellules leur permet d’assurer les principales fonctions de l’organisme, une autre capacité tout à fait extraordinaire apparaît dans leur participation constructive de la conscience, depuis les balbutiements du règne animal jusqu’à l’homme : la capacité de créer sans cesse de nouveaux outils détecteurs.

        b - Conscience et perception de l’environnement – l’affinement de la sensibilité et le choix :
    Revenons à la conscience, et interrogeons-nous une fois encore sur ses manifestations.
    La conscience peut être, dans sa forme la plus simple, la perception d’un danger ou d’un besoin, d’une souffrance ou d’un plaisir. Une cellule ou un insecte souffrent-ils ? Peut-être pas puisque l’on sait qu’une sauterelle peut continuer à manger tandis qu’elle se fait dévorer. Cependant, ces animaux sont capables d’échapper à un danger. Tout comme on l’observe chez la paramécie, le simple contact est suffisant pour éviter un danger : la conscience de la douleur n’est pas indispensable.

    Examinons donc comment s’est développée l’acquisition des informations au cours de l’évolution du monde vivant.

    Les organismes monocellulaires, bien que peu élaborés, sont tout à fait capables de réagir aux conditions environnementales pour assurer leur survie. Leur enveloppe protectrice est le premier organe du « toucher ».

 
 

    C’est alors que, pour se protéger plus efficacement et élargir les possibilités de nutrition en situations de crise, l’association s’est révélée indispensable [cf : les spongiaires].
A partir de ces associations au sein de structures primitives, la répartition des tâches s’est perfectionnée, et de nouvelles structures de plus en plus variées et perfectionnées sont apparues.
De plus, ces organismes primitifs nous apportent une information indispensable : leurs cellules sont capables de se spécialiser, et de coordonner leurs compétences en dehors de l’existence d’un système nerveux. Le neurone n’est donc pas le support de l’intelligence et de la conscience, il n'est qu’une des formes d’adaptation de la cellule. Nous connaissons aujourd’hui l’existence des cellules souches capables de se différencier en cellules de tout organe. Le développement de la cellule fécondée (ovule et spermatozoïde) en organisme complexe en est un autre exemple.

    Pour un organisme de taille plus importante, il est devenu indispensable de créer de véritables structures à même de reconnaître l’environnement avant le contact direct.
Examinons donc comment a pu se faire ce développement.

    C’est ainsi que les antennes sont apparues, en rapport avec les sens de l‘odorat et du toucher. Les molécules dangereuses pouvaient désormais être perçues avant le contact, et les molécules utiles pouvaient orienter l’organisme vers leur source.
    La forme primitive de perception de l’environnement qu’est le contact va se perfectionner, car les associations de cellules qui constituent les premiers organismes vont se montrer capables d’innovation,


            C’est cette recherche de solutions et son aboutissement à de véritables innovations qui pourrait constituer le première preuve d’une conscience, primitive peut-être, mais indéniablement très efficace.
Ces nouveaux organes du toucher ont ainsi permis d’assurer de plus en plus efficacement la protection du groupe de cellules en permettant à l’organisme de repérer l’emplacement d’un agresseur éventuel ou de nourriture.

    Le développement d’antennes traduit d’autre part l’acquisition d’une nouvelle capacité, celle de choisir. Le contact n’est plus seulement lié au hasard de la rencontre, l’animal peut explorer l’intérêt d’un élément de son environnement.
Les neurones vont permettre ce choix en orientant les déplacements.

« Reconnaître son environnement
est indispensable à l’exercice de la conscience.
C’est alors que le choix devient possible. »

        c – Conscience et validation des informations – le doublement des récepteurs :
    Dans le même temps, il est apparu à l’organisme qu’il était nécessaire de valider les informations, la moindre erreur pouvant s’avérer mortelle.

    C’est ainsi qu’a pu apparaître la deuxième caractéristique indispensable à la conscience : le doublement des systèmes récepteurs. Ce doublement est particulièrement utile pour conserver la totalité de ses capacités de perception en cas de perte de l’un des organes : nous avons d’ailleurs vu combien ce doublement était utile dans le cas de l’héminégligence par section du corps calleux [cf : Section du corps calleux].



« Pour qu’une information soit sûre, il est nécessaire qu’elle soit confirmée. »

        d - Conscience et acquisition des informations – la diversification des sens :
    Cette forme primitive de perception de l’environnement par contact va se perfectionner car de nouveaux sens vont pouvoir se développer, sens qui vont participer à la conscience et l’enrichir : ouïe, vision… L’être vivant va progressivement être capable de prendre connaissance d’un environnement de plus en plus complexe et de plus en plus lointain… Cela ne dit toujours pas ce qu’est la conscience, mais permet de constater qu’elle est indissociable, non seulement de la communication, mais aussi de la multiplicité des informations qui vont se compléter mutuellement.

    Les organismes croissant en taille, ce sont les neurones qui vont leur permettre d’accéder à des réactions plus rapides en agissant comme agents de liaison.
 

    Ils vont aussi participer à une autre étape du développement de la conscience. Ils vont trier les informations en provenance des multiples systèmes de perception nouvellement conçus : récepteurs d’ondes sonores, capteurs de rayonnements lumineux. Chaque récepteur vient alors compléter et valider les informations en provenance des autres.
Nous retrouvons en cela les récepteurs multiples de l’astronome qui se contentait auparavant de la lunette de Galilée pour, aujourd’hui, travailler aussi bien avec des télescopes classiques qu’avec des antennes radio et tous autres systèmes permettant de recueillir des informations normalement inaccessibles à ses sens.

 
 

« Au fil de l’évolution, la conscience s’est enrichie de nouveaux systèmes d’information .
Tous doivent se corroborer. »

 
    Un sens informe.
 


 
    Un autre sens précise l’information..
 


 
    Un deuxième récepteur identique confirme.
 


 
    Ce deuxième récepteur va permettre de préciser aussi la distance (ou la direction dans le cas de l’ouïe)
 

 
 

Le toucher demeure indispensable pour affirmer la réalité de l’objet.

        e – De l’autre à soi - ressentir ce que ressent l’autre :
    L’acquisition de la vue a permis à l’individu d’échapper au danger. Elle a permis en outre le développement d’une nouvelle capacité de perception : l’empathie. Celle-ci, grâce au support des neurones miroirs, permet de percevoir et d’expérimenter ce que ressent son vis-à-vis : ainsi, ressentir l’agressivité de l’autre permet de prévoir l’agression possible et d’ajuster son comportement pour y échapper.
C’est elle qui permet aussi de respecter son vis-à-vis en éprouvant la souffrance qu’on pourrait lui imposer et en faisant en sorte de la lui éviter.

    En société, c’est elle qui assure la cohésion en l’absence de règles formelles. Bien qu’équivalente de la règle contraignante dans ses objectifs, elle répond à la sagesse qui enseigne : « ne fais pas aux autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit ! »

    Dans les collectivités importantes où l’obéissance à l’autorité ne peut être discutée, c’est l’Autorité elle-même qui, grâce à sa capacité d’empathie, va pouvoir déterminer quelle dose de souffrance ses sujets sont à même d’endurer. Sans cette capacité, un pouvoir ne peut durer. Peu de dirigeants, à l’instar de Gandhi et Mandela ont été capables d’agir en demeurant à la fois à l’écoute de leurs adversaires et de leurs partisans.


Si le sixième sens que notre raison cherche en vain existe, c’est certainement dans cette capacité de ressentir sans mots qu’elle pourrait le trouver.


« Connaître l’autre sans parole est indissociable de l’empathie. »

        f– De soi à l’autre – Communiquer l’information :
    La mise en place des associations d’individus a aussi révélé l’intérêt de communiquer ce qui avait été perçu.

    Si les sonorités en provenance de l’environnement avaient valeur d’information pour l’animal, restait à créer les cordes capables de vibrer sous l’effet du souffle, et de moduler des sons, supports d’informations pour ses semblables. Rien ne semble impossible pour la cellule : une fois le cahier des charges défini, elle est tout à fait capable de construire l’organe indispensable.

    En arrivant au terme actuel de l’évolution, on peut dire que la conscience du mammifère grégaire a intégré le langage pour communiquer à ses semblables, et avec de plus en plus de précision, ce dont il a pris connaissance.
 

    Chez l’homme ce phénomène va s’accentuer avec des formes de langage de plus en plus spécialisées et élaborées. On distinguera alors :
- un langage verbal tourné vers le concret, capable de décrire des émotions, des événements, ou d’organiser des comportements collectifs,
- et un langage capable d’évoluer dans les abstractions comme le langage mathématique, langage qui ne permet plus de communiquer avec ses semblables, mais dont on pourrait dire qu’il permet de communiquer avec la matière elle-même pour en pénétrer les plus intimes secrets.

 
    Enfant vivant le conte…
 


    …les expressions du clown…
 
 


 
    …ou partageant des sentiments.
 

    Auditoire décodant le langage verbal et émotionnel de l’orateur
 
 

 
Astrophysicien décodant
le « langage » des étoiles.
 

    Nous aurions tort toutefois de considérer que le langage verbal est signe de conscience : il n’est que l’un de ses aspects, et s’il peut parfaitement organiser des comportements, il demeure très imprécis quant à la finesse de ses descriptions. Il ne permet pas la reconnaissance de l’entière réalité [cf : Langage et apprentissage].

    Contrairement à l’animal qui vit sa conscience du monde sans en parler...
 
 
    L’animal commence par recevoir l’information, puis il la communique.

 
    ...c’est par le langage que l’homme s’attribue la « Conscience » qu’il ne possède pas toujours.


« Avec le langage, l’être vivant aborde la communication
en direction des autres êtres vivants.
Il a reçu l’information, il va désormais la restituer. »

        g - Conscience et degrés de perception : du plaisir à la douleur – l’impact social ::
    La capacité des êtres monocellulaires à réagir au contact s’est améliorée avec l’apparition d’organes tactiles capables de perceptions plus fines, qui ont permis de distinguer ce qui est agréable, dangereux, ou indifférent. De même, l’organisme a continué à perfectionner sa sensibilité en établissant une échelle de valeurs plus subtile. Sans doute la vie en communauté a-t-elle rendu nécessaire cette nouvelle classification à même de faire la distinction entre ce qui est bon ou mauvais pour soi, et ce qui est bon pour soi et mauvais pour la communauté.

    Il ne s’agit donc plus seulement de fuir le désagréable, mais de déterminer quel seuil peut être subi sans dommages, et compensé par d’autres avantages.


    La capacité de détection de la douleur va être déléguée aux neurones capables d’établir une gradation entre ce qui est destructeur pour soi et ce qui est seulement pénible tout en présentant des avantages indéniables (nous connaissons la capacité des assemblées de neurones à faire des statistiques [cf : Le cerveau probabiliste]. Le pendant de la douleur sera le plaisir qui récompense les bons choix pour soi ou la réussite des efforts pour les autres.

    L’évolution de la conscience suit d’ailleurs une trajectoire similaire, tiraillée entre une évolution naturelle et permanente de l’individu, et les interventions sociales qui peuvent aussi bien favoriser que brider cette évolution.


 
La société accélère l’évolution de la conscience. Cependant, brider l’individu crée des souffrances qui peuvent aboutir à des résultats variables.
    - Des contraintes librement acceptées sont facteur de conscience de l’autre et de ses choix différents.
    - Une souffrance importante devient elle aussi un facteur de prise de conscience. Elle s’avère indispensable pour que l’individu découvre
qu’il peut échapper à la destruction, soit en fuyant, soit en faisant changer la société avec l’aide du groupe.

    Dans le cas des règles arbitraires, trop de souffrance amène à inhiber la perception de cette souffrance. Or, on n’inhibe pas la perception de la souffrance : on inhibe la capacité à ressentir. Sans cette capacité dernière, on ne perçoit plus ni souffrance ni plaisir, et on perd « de facto » la capacité de prendre vraiment conscience.

    Dans l’ensemble, si le plaisir éprouvé est la récompense d’une vie consciente, la souffrance permet de reconsidérer ses erreurs et de réajuster ses comportements.
Après la réflexion qu’elle impose, la souffrance favorise donc l’évolution de la conscience individuelle et lui permet de prendre une orientation différente.



« Souffrance et plaisir sont indissociables des acquis de la conscience,
et servent à orienter l’être vivant dans le monde qui l’entoure. »

        h - Conscience et conservation de l’information – l’économie de la répétition :
    Or, la reconnaissance de l’environnement pouvait perdre son efficacité si elle nécessitait chaque fois un travail de compréhension de la même donnée.
    Comment conserver l’expérience vécue ? Par l’organisation d’un catalogue réunissant toutes ces expériences : la mémoire.

    En permettant la conservation de l’expérience vécue, la mémoire appartient elle aussi au système de validation des informations.


    D’autre part, les découvertes permises par nos 5 sens ne peuvent être dissociées des informations que nous livrent nos semblables, conscients qu’ils sont eux-mêmes d’événements ou de sensations auxquelles nous n’avons pas eu accès. Ils ont en effet la capacité de nous informer de situations différentes de celles que nous avons l’habitude de côtoyer, de nous rappeler celles que nous avons oubliées, et parfois même de remettre en question nos propres connaissances.

    La mémoire concerne donc à la fois l’expérience personnelle, et celle des autres.

    Elle est le support indispensable au progrès, car c’est sur elle que la pensée consciente s’appuie chaque jour pour découvrir et évoluer.
 

« Pour qu’une connaissance nouvellement acquise soit utile,
il est indispensable de ne pas l’oublier. »

        i – Langage et logique – l’acquisition de la pensée abstraite :
    L’acquisition de la mémoire a permis également le développement de la pensée abstraite. C’est elle en effet qui permet de conserver les données concernant un objet ou une situation vécue et de les manipuler ensuite en dehors de toute existence concrète.
    Ces capacités d’abstraction qui appartiennent aux espèces animales évoluées ont atteint leur point culminant chez l’homme. A même de nous faire comprendre le monde par des chemins autres que ceux de nos sens (physique quantique…), elles contribuent aussi à nous permettre d’intégrer les conduites sociales ; mais elles peuvent aussi nous faire perdre le sens de la réalité.

« Les conclusions de la pensée abstraite, une fois vérifiées par l'expérience,
peuvent faire évoluer notre connaissance du monde . »

        j – L’acquisition de la pensée scientifique, et la remise en question des connaissances obsolètes :
    Un dernier paramètre apparaît indispensable à l’exercice de la conscience : la capacité de remettre en questions les connaissances précédentes, ou de les adapter en fonction de leur évolution.
    On pourrait supposer qu’il s‘agit d’une nouvelle acquisition de la pensée vers une conscience toujours plus rigoureuse : il n’en est rien.
En effet, on a pu constater que la capacité de remise en question existe dans tout le règne animal. Nous l’avons vu avec les macaques capables d’apprendre un nouveau comportement [cf : Cortex frontal et transmission de l'information], de même des animaux qui ont toujours fui l’homme peuvent cohabiter avec lui après une longue période de paix. Même les fourmis peuvent, elles aussi, éviter de savoureuses gouttes de sirop de sucre, si le poison que celles-ci contiennent a une action trop rapide et laisse des cadavres autour de cette source de nourriture.
    Cette forme de pensée, bien que fortement altérée chez l’homme, a pris un essor nouveau avec la pensée scientifique. Dans les centres de recherche indépendants de toute influence extérieure, c’est elle qui permet le progrès, car celui-ci ne peut s’encombrer des erreurs et des croyances du passé.

« Seule la remise en question permet le progrès. »

        k – Le rêve et la réhabilitation des connaissances du passé – le « reset » nocturne :
         Enfin, malgré sa propension à aller toujours plus loin dans la reconnaissance de l’univers dans lequel il vit, le mammifère s’est réservé une possibilité de réinitialisation des connaissances acquises au cours de la journée en les confrontant chaque nuit à une mémoire ancestrale. Chez l’homme, cette conscience introspective qui survient au cours du sommeil paradoxal est la seule capable de rappeler à sa conscience rationnelle des souvenirs profondément enfouis. Elle permet ainsi de comprendre l’origine de certaines difficultés du quotidien, comme nous le verrons lorsque nous aborderons les rêves.
En effet, pour qu’une véritable conscience surgisse, toutes les informations, anciennes comme récentes, doivent être cohérentes et aucune ne peut devenir une vérité absolue.

    Lorsque notre logique rationnelle se trouve dans l’incapacité de trouver une solution aux problèmes survenus au cours de la journée, notre pensée inconsciente, basée sur l’expérience et l’émotion, nous propose, au cours de la nuit, de vivre une expérience : sommes-nous capables d’en tirer profit ?

 
    En simulant des situations fictives, le rêve nous donne la possibilité de corriger nos erreurs.

    Utilisant le support de la mémoire, le rêve est donc le facteur inconscient qui nous permet de nous rappeler les acquisitions primitives en dépit du contrôle que nous exerçons sur nous. Cependant, nos capacités d’abstraction nouvellement acquises peuvent nous amener à les écarter, à moins que nous ne négligions de nous intéresser à leur sens.

« Les informations importantes sont rappelées grâce au rêve. »

C - Conscience et équilibre entre les différents systèmes :

    Un dernier paramètre s’avère enfin indispensable : l’équivalence d’une part entre les multiples systèmes de perception et les différentes régions du cerveau, et l’équilibre entre les systèmes complémentaires que constituent nos deux hémisphères cérébraux [cf : L’équilibre entre les deux hémisphères].






    Comme nous l’avons vu, les cellules de notre cerveau ne fonctionnent pas différemment de l’homme en société : certaines observent et captent des informations, d’autres les transmettent, pour que d’autres encore, agissent en conséquence. Enfin, tandis que certaines agissent, d’autres continuent d’apprendre.
    Pourtant, contrairement à l’homme, aucune ne semble prendre plus d’importance qu’une autre, du moins dans le cadre d’un fonctionnement physiologique.

    Une exception toutefois, les cellules de notre intelligence langagière qui sont influençables ou s’octroient le pouvoir, et peuvent être à l’origine de dysfonctionnements [cf : Le circuit de la négation].
 

    Nous avons vu, en nous intéressant au langage, que celui-ci a pris une telle importance dans les relations sociales qu’il peut tout à fait occulter les connaissances individuelles [cf : Langage et détournement du souvenir].
    Ainsi une ménagère pourra-t-elle faire une confiance aveugle à son marchand de légumes qui lui a affirmé que sa salade était exempte de pesticides. Pourtant, sa capacité d’empathie lui permettrait de ressentir le piège. De même, son sens de l’observation lui permettrait de constater que cette salade est exempte de découpes faites par des escargots ou des chenilles. Acheter par nécessité ou par sympathie ne devrait pas faire occulter la réalité.
    De même, chaque année, à l’approche des beaux jours, de multiples méthodes 100 % efficaces permettent de perdre du poids. Pourtant, chaque automne, les kilos superflus sont toujours bien présents. Si une méthode efficace existait, cela se saurait.

«Si tous les sens sont indispensables à l’exercice de la conscience,
une région ne peut décider seule de la validité d’une information.»


D - Conscience et échange d’informations - le rôle du claustrum :

    Où trouver la conscience ? À défaut de savoir l’observer chez la cellule, peut-être pourrons-nous quand même trouver une région qui lui est dédié dans le cerveau ?

        a – découverte et anatomie :
    C’est récemment et tout à fait fortuitement qu’une nouvelle avancée a été faite, lors d’une intervention à cerveau ouvert, par Mohamad Koubeissi (Directeur du service de traitement de l’épilepsie à l’université George Washington,Washington, EU) et son équipe, d’une patiente de 54 ans, qui souffrait de crises d’épilepsie incontrôlables. Des électrodes avaient été placées dans son cerveau afin de localiser l’origine de ces crises.
    Il a alors été constaté que la stimulation électrique d’une région cérébrale très précise altérait brutalement la conscience de la patiente. Chaque fois que la stimulation avait lieu, celle-ci cessait de répondre aux consignes, tandis que son regard se vidait de toute expression. Lorsque la stimulation cessait, elle reprenait conscience, sans pour autant parvenir à se rappeler ce qui s’était passé durant son « absence ».

    Cet événement nouveau a ainsi mis en évidence l’existence d’une région cérébrale, capable d’interrompre et restaurer de manière instantanée la conscience d’un sujet.
Cette région est une fine bande de substance grise située entre l’insula et le putamen que l’on désigne sous le nom de « claustrum ».
 

        b – fonctionnement du claustrum :
Comment fonctionne cette région par rapport au cerveau ?

    Entouré de substance blanche, le claustrum est une région vers laquelle convergent des connexions en provenance de presque toutes les régions cérébrales, corticales ou plus profondes. De même, des fibres de substance blanche en repartent pour revenir aux régions corticales d’origine.
Le rôle du claustrum semble être de faire le lien et synchroniser les informations en provenance de ces multiples régions du cerveau.

    Ce constat est intéressant, car cette zone de traitement pourrait alors exister chez tous les animaux et même être la zone ancestrale autour de laquelle tous les sens apparus ultérieurement ont abouti.

    Difficile d’accès en raison de sa petitesse et de son emplacement dans le cerveau, le claustrum ne peut étudié directement chez l’homme.

        c -Pathologies liées à la salvia - Les récepteurs Kappa :
    C’est en étudiant les effets observés après absorption d’une substance issue d’une plante hallucinogène, la salvia divinorum, que les chercheurs ont pu mieux comprendre son fonctionnement. La substance psycho active contenue dans la plante se fixe sur des récepteurs à la surface de certaines cellules nerveuses : les récepteurs opioïde de type Kappa.

    Or, c’est dans le claustrum que ces récepteurs sont le plus nombreux.

    Ainsi observe-t-on chez les consommateurs de salvia :
- la perte du sentiment d’être une entité structurée, distincte du monde extérieur, et capable d’agir sur ce monde,
- la difficulté d’exprimer par le langage les effets de la drogue.
    De plus, des hallucinations concernent tous les sens : vision, audition, odorat, toucher, mais de façon incohérente, comme si le claustrum continuait de brasser toutes ces sensations, sans pouvoir les relier.

    Souvent, aussi, les consommateurs de salvia sont convaincus de se trouver en un lieu différent de celui où ils se trouvent. Ou alors ils communiquent avec des esprits.
Il ne s’agit donc plus ici d’un élargissement du champ de la conscience, mais d’une destructuration qui permet de vivre un événement extraordinaire, magique, que l’on n’aurait jamais le loisir d’observer dans la vie réelle, puisqu’il n’a plus aucun lien avec la réalité.

    Cette destructuration de la pensée, liée au blocage des récepteurs Kappa, permet de déduire le fonctionnement physiologique des claustra [claustrum mis au pluriel, car il y en a un dans chaque hémisphère] : la capacité d’unifier les informations pour les restituer sous forme d’un tout cohérent et indivisible, dans lequel l’individu possède sa propre identité.

        d – fonctionnement de la conscience – un fonctionnement unifié :
    Cette capacité du claustrum à fusionner tous les éléments dont il a pris connaissance, pour en faire un tout cohérent, est à rapprocher du caractère unifié de l’expérience consciente.
    Aucune expérience vécue consciemment ne peut être réduite à un assemblage hétéroclite de chacune de ses composantes.
Au contraire, tous les éléments de la perception doivent fusionner pour aboutir à un ensemble unifié et homogène.
La conscience est irréductible à chacune de ses composantes, quelle qu’elle soit (couleur, forme, mouvements, utilité….)

 
 
 
Les diverses composantes d’un visage…
 
…doivent être réunies.

    En effet, lorsque nous percevons, des groupes de neurones différents réagissent aux caractéristiques de l’objet ou du personnage observé : forme, mouvements, couleurs, sons, odeurs. Toutes ces informations parviennent de régions éparses dans le cerveau. Pour donner naissance à l’expérience consciente, elles doivent être assemblées. C’est ainsi que va naître une représentation unifiée et indivisible du monde.

    Le claustrum semble bien répondre à ces nécessités, et jouer un rôle essentiel dans la coordination des informations.

        e - Remarques :
    Pourtant, si l’on y regarde de plus près, tout n’est pas aussi simple : si le claustrum réunit bien les informations et en fusionne certaines, iil ne les fusionne pas toutes.

    A ce sujet, une étude a pu déterminer qu’au sein du claustrum, deux régions voisines réagissaient differemment, l’une aux stimuli visuels surtout, et l’autre aux sons : aucun neurone ne réagissait à la fois aux deux stimuli.
Ce que l’on voit définit un ensemble, par exemple, le personnage qui nous fait face.
Ce que l’on entend définit une des composantes du personnage qui paraît importante pour aider à établir une relation avec lui.
Ces deux ensembles doivent donc être isolés, mais aucun ne peut cependant être écarté.

    En raison des difficultés d’observation évoquées pour l’homme, l ’essentiel des expériences ont été menées chez la souris et le rat. Ces expériences ont permis de constater que si chaque claustrum reçoit des connexions provenant des deux hémisphères du cerveau, en revanche, il n’envoie des fibres de substance blanche que vers l’hémisphère où il se trouve.

 
    Les informations parviennent des deux hémisphères…
 

 
    …mais elles ne repartent que vers l’hémisphère
correspondant.
 

    Nous retrouvons ici le rôle complémentaire des deux hémisphères cérébraux : chaque hémisphère a besoin de toutes les informations pour prendre conscience du monde qui l’entoure. Puis, en fonction de ses caractéristiques propres (analytique et logique pour le gauche, analogique et intuitif pour le droit), chacun apportera sa propre réponse.

    Nous savons que le rat ou la souris sont des animaux sociaux.
    Chaque hémisphère élaborant sa propre réponse dans une situation donnée, le comportement pourrait être hasardeux. Toutefois, la capacité d’anticipation que procure le cortex frontal va déterminer le comportement de l’animal en fonction de son statut au sein du groupe.

    S’il est dominant, la réponse de l’hémisphère individuel dominera, s’il est dominé, il devra obéir à la règle existant dans le groupe (ici, la « loi du plus fort ») : ce sera l’hémisphère gauche qui prendra le dessus.
 

    Si l’équilibre entre les deux hémisphères semble exister chez l’animal (la réaction individuelle est permise dès le besoin du dominant assouvi), nous avons vu qu’il n’en va pas de même chez l’homme. L’influence par le langage est chez lui très importante [cf : Conscience et langage], et la règle peut déterminer le comportement de façon définitive.

    Etant donné leur petite taille et l’importance de leurs fonctions, les claustra pourraient jouer le rôle de ministères dont la mission est de recueillir des informations collectives, de les transmettre au cortex frontal, permettant à ce dernier d’engager les réponses adaptées. Ce dernier, qui représente le gouvernement, recevrait les informations de deux ministères complémentaires, l’hémisphère droit, à l’écoute du corps et de ses besoins individuels, et l’autre, préoccupé surtout des besoins collectifs et économiques.

    Mais cette capacité de fusion des informations est-elle une raison suffisante pour élever les claustra au grade de « lieu de la conscience » ? Rien n’est moins sûr.
    Revenons sur le cas de la patiente opérée : qu’elle cesse de répondre ne veut pas dire que ses sens n’aient pas tout perçu des consignes formulées, Qu’elle ne conserve aucun souvenir ne signifie pas que sa conscience était annulée. Elle était seulement dans un état similaire à celui d’un sujet amnésique : que celui-ci ait oublié ne veut pas dire qu’il n’a pas eu conscience à un moment donné. Il est seulement incapable de retrouver le souvenir de ce moment conscient.
    De même, chez la patiente, l’interruption des mouvemente indique seulement que ses aires motrices ne recevaient plus les informations mémorisées concernant les consignes.

    Les claustra ne seraient donc qu’un lieu de rassemblement des cellules spécialistes capables d’aiguiller les informations au bon endroit, pour permettre à d’autres cellules spécialistes d’en tirer le meilleur parti.

    Finalement, les claustra, à l’image d’un gouvernement, semblent bien jouer un rôle de compilation d’informations avant toute prise de décision. Même si ce rôle est interrompu, chaque région conserve sa capacité à accéder à sa propre connaisance de l’environnement.

    Quant à la Conscience, elle ne serait que la somme de toutes les informations auxquelles le cerveau a accès. Les claustra, en tant que synthétiseurs des informations reçues, sont soumis à de multiples facteurs inhibiteurs. Dans ce domaine, nous savons que, chez l’homme, les aires du langage se taillent la part du lion [cf : De l’hypnose à la vie quotidienne – le rôle du langage].

« Quelles que soient leurs sources, toutes les informations doivent demeurer cohérentes
et aboutir au cortex frontal
pour faire naître la conscience. »

        Que retenir ?


« La conscience est indissociable des informations reçues.
Mais reconnaître l’environnement, et créer les structures améliorant la qualité de cette information
est indissociable de la cellule. »









1 – Des origines de l'Univers à l'apparition de la vie : (suite)