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Physiologie cérébrale
et comportements humains.






1 –Rôle du sommeil profond et du sommeil paradoxal dans la mémorisation :

A - Sommeil profond :

     Nous connaissions le rôle du sommeil paradoxal dans la mémorisation : il a en effet été montré que ce dernier accélère la fixation des souvenirs et que, en laboratoire, les souris qui ont une phase de rêve plus longue apprennent plus rapidement [cf : origines] [cf : hypothèses].

    Lorsqu’une souris apprend à se repérer dans un labyrinthe, pour y trouver de la nourriture, les neurones de son hippocampe s’activent selon des séquences caractéristiques. On peut alors constater que des séquences similaires sont reproduites par le cerveau au cours du sommeil qui suit. Comme, en cours de journée, le fait de rejouer un souvenir renforce les synapses, il allait de soi que le même processus aboutisse aux mêmes effets au cours du sommeil, bien qu’un tel phénomène n’ait pas été mis en évidence.

    Bien au contraire, une équipe de l'école polytechnique fédérale de Zurich a établi en 2002 qu'une enzyme, la protéin phosphatase 1 (PP1), encore appelée « molécule de l’oubli », est capable de provoquer l'effacement des informations.
Cette molécule, présente dans presque toutes les cellules, régule des processus essentiels au développement de l’organisme, comme la division cellulaire et le développement de l’embryon. Au niveau des synapses qui amènent l’information à l’hippocampe, cette protéine inactive une molécule (une kinase) indispensable à la formation de la mémoire.

    Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe zurichoise a entraîné ses souris à trouver dans un récipient rempli d'eau opaque une plate-forme cachée capable de constituer un appui pour éviter la noyade.

    Après un entraînement de plusieurs jours, les chercheurs ont retiré la plate-forme.
    Au fil des jours suivants, les rongeurs qui recherchaient vainement cette plate-forme en ont progressivement perdu le souvenir jusqu’à sa disparition complète après six semaines.
    On a ainsi pu déterminer que la PP1 empêche non seulement la mémorisation, mais elle provoque aussi l'oubli d’informations déjà mémorisées.

    Ainsi, ne peut-on plus considérer l'oubli comme une défaillance ; il apparaît plutôt comme une aptitude qui permet d'effacer de la mémoire les informations devenues inutiles, afin d’éviter la saturation de ses circuits.

    La mémoire résulte donc d’un juste équilibre entre stockage et effacement de l'information.

    Aux trois processus qui permettent la constitution de la mémoire (encodage, consolidation et récupération) [cf : mémoire non déclarative], il convient donc d’en rajouter un quatrième : celui de l’élimination.

    D’autres preuves de cet affaiblissement des synapses pendant le sommeil ont été obtenues par des chercheurs de l’Université du Wisconsin-Madison, (Giulio Tononi et Chiara Cirelli) par expérimentation sur la drosophile (mouche du vinaigre) et la souris.
    Après une journée d’interactions avec son environnement, les neurones de la drosophile présentent davantage d’épines dendritiques (petites excroissances qui se forment sur les neurones et sur lesquelles se situent la plupart des synapses) le soir que le matin. Ce nombre revient à sa valeur initiale pendant la nuit à la condition expresse que la mouche puisse dormir.


    Il en va de même pour la souris adolescente : le nombre de ces récepteurs augmente le jour, pour décroître durant le sommeil.

    Cela semble indiquer que l’augmentation des épines dendritiques correspond à la période d’apprentissage caractéristique de l’enfance et de l’adolescence : chaque situation entraîne une réponse possible, et une nouvelle connexion synaptique. Le sommeil aura pour fonction d’élaguer les épines.


    Dans un deuxième temps, en fonction de la répétition des apprentissages, un renforcement des synapses activées se produit. Ce phénomène, encore appelé potentialisation à long terme (LTP), a été découvert dans l'hippocampe en 1973.

Tant que la synapse n'est pas activée, la connexion entre l’axone et la dendrite est constituée d'une seule épine.
Lorsque la synapse est activée, une deuxième épine se forme facilitant la transmission de l’information. Lors d’une nouvelle stimulation, ce circuit sera privilégié : cette potentialisation à long terme pourra persister plusieurs mois.


    Toutefois, chez le rongeur adulte on constate que ce n’est pas le nombre des épines qui change, mais la quantité de certaines molécules (les récepteurs AMPA), qui, par leur présence au niveau de la synapse, vont déterminer leur force : plus ces molécules sont abondantes, plus la synapse et renforcée.

    Ainsi, chez le rat adulte, contrairement à ce qui se passe chez le jeune, et cela en raison des contraintes répétitives liées à la vie en groupe, c’est le renforcement des comportements qui est privilégié, puisque l’apprentissage est désormais limité. Au cours du sommeil, la priorité va donc être donnée à l’affaiblissement des synapses, condition nécessaire pour que des processus plus archaïques, plus instinctifs, mais cependant indispensables puissent se réinitialiser.


    Si nous transposons ces résultats chez l’être humain, on observera donc une augmentation des épines dendritiques et des synapses lors des phases d’apprentissage à la vie sociale.
Pour un individu agissant de manière spontanée,
les critères de choix seraient simples : ils répondraient aux besoins..

En milieu social, les réponses sont bien plus complexes.
De nouvelles synapses vont être créées, et certaines sont privilégiées.

    La nuit, ces multiples possibilités vont devoir être reconsidérées.

Au cours du sommeil profond, l’élagage va être nécessaire pour réorienter les comportements en fonction de critères instinctifs indispensables.
Certains circuits sociaux pourront toutefois être conservés.

    Chez l’adulte, le nombre d’épines (c’est-à-dire le nombre de synapses) change moins car le comportement est acquis. Toutefois, les synapses renforcées par les habitudes ne correspondent pas toujours aux nécessités réelles.

Tandis que la perception sensible diminue, le contrôle de soi se renforce.

    C’est désormais l’affaiblissement de ces synapses renforcées pendant la journée, qui va être prioritaire au cours du sommeil. L’élagage persistera toutefois, car la plasticité cérébrale permet l’apprentissage et l’acquisition de nouveaux comportements à tout âge.


    Ces expériences sont corroborées par des constatations plus anciennes sur des données électro-encéphalographiques.
    L’électroencéphalogramme du sommeil paradoxal (ou sommeil REM- pour « rapid eye movement ») est dominé par des oscillations rapides, sensiblement identiques à celles observées durant l’éveil [cf : hypothèses], tandis que le sommeil profond présente des oscillations lentes.
    Il y a une dizaine d’années, Mircea Steriade (1924 – 2006) de l’université Laval au Québec, découvrait que les ondes lentes du sommeil profond résulte de l’activité de groupe de neurones qui s’activent et se désactivent de manière rythmique et coordonnée.
    L’amplitude de ces ondes, plus importante après une longue période d’éveil, (liée à la durée de la période où l’on est resté éveillé,) diminue au cours de la nuit. On pense que cette synchronisation traduit le travail d’affaiblissement synaptique. L’avancée de ce travail se traduirait alors par une baisse progressive de la synchronisation, et de l’amplitude des ondes lentes, ce que semblent indiquer des expériences réalisées chez l’homme.


 
Eveil yeux ouverts : rythmes bêta (13 à 30 Hz)
Somnolence (stade 1) : Onde Théta : 3,5 à 7,5 Hz.
Sommeil léger (stade 2) : Onde Théta (3,5 à 7,5 Hz) et fuseaux (12 à 14 Hz)
Sommeil (stades 3 et 4) : l'activité électrique est constituée d'ondes lentes, les ondes delta (< 3,5 Hz)
Sommeil paradoxal : rythme similaire au rythme bêta

Chronologie des différents stades du sommeil et du SP au cours de la nuit. On notera au passage que chaque cycle de SP s’achève par un micro réveil dont le sujet n’a, le plus souvent, pas conscience.

    Si c’est bien le cas, plus les connexions d’une aire cérébrale changent au cours de l’éveil, plus cette aire devrait avoir besoin de sommeil pour réorganiser ses connexions de façon cohérente.

    Pour vérifier cette hypothèse, des sujets ont été entraînés à atteindre une cible, par exemple dans un jeu de fléchettes, activité qui fait intervenir le cortex pariétal droit impliqué dans l'attention, la perception de l'espace et le contrôle visuo-moteur des mouvements. Les chercheurs ont pu constater que les ondes lentes dans cette région cérébrale étaient plus amples que d’habitude au cours de la nuit qui suivait l’apprentissage.

    D’autres expériences ont pu montrer qu’une activité synaptique locale entraîne une augmentation locale du besoin de sommeil, bien que le sujet demeure éveillé et que le reste du cerveau conserve son activité.

    Ce phénomène appelé sommeil local, traduit l’autonomie des différentes aires cérébrales, capables aussi bien de coordonner leurs activités, que de se relayer lorsque le besoin de repos se fait sentir. On peut comparer ce phénomène à celui que nous avions évoqué chez le dauphin qui ne dort que d’un hémisphère. Il a ainsi développé au niveau d’un hémisphère entier [cf : hypothèses] la capacité que possèdent les autres mammifères terrestres d’endormir des zones plus localisées.

    Ainsi, a-t-on pu constater que lorsqu’un rat veille plus longtemps qu’à l’ordinaire, certaines régions de son cerveau présentent de brèves périodes d’extinction, comme cela se produit lors du sommeil lent. Pendant ce temps le rat conserve une activité tout à fait normale.

« Souvenirs et habitudes sont effacés au cours du sommeil profond.»

    Voyons maintenant comment comprendre l’intervention du sommeil paradoxal, et l’alternance entre sommeil profond et sommeil paradoxal au cours de la nuit.

B - Sommeil paradoxal :

    Elagage et affaiblissement ayant été réalisés au cours du sommeil profond, une situation nouvelle va alors se présenter : celle que nous propose notre cerveau au cours du rêve.

    En effet, les comportements sociaux qui se réinitialisent chaque jour constituent un défi pour notre cerveau : comment concilier des comportements stéréotypés avec les nécessités physiologiques ?


            Le sommeil paradoxal interviendrait alors en simulant au cours du rêve une situation dans laquelle vont être confrontés deux systèmes aux objectifs contradictoires : le système social (ou rationnel) et le système individuel (ou instinctif). Cette situation permettrait d’amener à la conscience des comportements qui ne soient ni figés, ni indépendants de tout contrôle, mais spontanés, c’est-à-dire faits pour soi, dans le respect de l’autre.

    En effet, le sommeil paradoxal s’accompagne d’un affaiblissement du contrôle frontal [cf : les états modifiés de la conscience], d’où une rééquilibration du rapport de forces au profit du système limbique. Cet affaiblissement vient compléter l’affaiblissement des synapses au cours du sommeil profond qui a précédé.


    Puisant dans la mémoire, le rêve met ainsi le rêveur dans une situation similaire à une situation réelle, dans laquelle le sujet devait se soumettre à des impératifs. Toutefois, dans la situation mise en place au cours du rêve, la personnalité sensible évincée dans la réalité va pouvoir à nouveau s’exprimer.

    2 cas de figure vont alors se présenter :

    - soit la raison demeure la plus forte, l’affaiblissement synaptique n’ayant pas été suffisant : dans son rêve le sujet va manger, répondant ainsi à ses habitudes.

    - soit, au contraire, l’instinct prime : le sujet pourra alors rêver qu'il joue.

    Au réveil, la prise de conscience qui suit peut permettre au sujet de s’extraire des automatismes, qu’ils soient archaïques ou récents. La liberté du sujet consistera désormais à respecter ses besoins et les besoins de son groupe en fonction des circonstances : en semaine, il mangera à l’heure, et durant ses congés, il mangera à son heure.
    S’il ne parvient pas à le faire en prenant conscience des choix auxquels il est confronté, un psychothérapeute pourra lui indiquer le sens que pourrait avoir son rêve, et les moyens d’en tirer parti.

    La lecture des rêves toute subjective qu’elle soit, semble indiquer que chaque rêve confronte les données conscientes aux données inconscientes. Lorsque aucune réponse n’est trouvée, lors d’une situation stressante, nous vivons un cauchemar, et un réveil brutal s’ensuit. A l’inverse, comme dans un rêve précédemment cité [cf : le rêve des chinois], le fait de trouver la solution imprévisible, non rationnelle, apaise immédiatement. Toutefois, pour que le rêve remplisse sa pleine fonction, il est auparavant nécessaire que les souvenirs qui fixent des comportements soient éliminés dans le sommeil profond.

    Ainsi, toutes les données incompatibles avec la vie sociale et devenues inconscientes redeviennent-elles fonctionnelles au cours du rêve, à défaut de devenir immédiatement conscientes, grâce à l’assoupissement des fonctions de contrôle de notre cerveau qui vont laisser libre cours à l’activité limbique. C’est ainsi que nous allons régulièrement constater, au cours des rêves, de nouveaux comportements survenus hors de toute décision rationnelle, comportements que nous jugerons aberrants à notre réveil.

    Si nous reprenons l’exemple du repas, l’affaiblissement des synapses imposant de manger s’accompagnera d’une réinitialisation du pouvoir de la perception sensible, entrant en compétition avec la règle commune.

    Après l’affaiblissement de la synapse correspondant au fonctionnement social…


    … c’est la synapse liée aux besoins fondamentaux qui va être activée.


    Mais nous pouvons aussi oublier nos rêves ou ne jamais assimiler les nouveaux comportements, ce qui donnera lieu à des rêves récurrents.
    On constate que la difficulté à s’adapter à la situation du rêve est accompagnée d’une sensation pénible, l’impossibilité de s’adapter (la fuite par exemple) entraîne le cauchemar. L’adaptation, quant à elle, est source d’apaisement.

    On peut aussi observer que les situations du rêve, qui correspondent à l’activation de réseaux de neurones, concernent aussi bien les souvenirs formés au cours de la journée précédente, que des souvenirs plus anciens, ou des projets d’avenir.

    C’est en effet la mémoire du vécu qui sert à affiner les comportements à venir. L’inconscient puise dans la mémoire tous les éléments dont il a besoin pour élaborer la situation du rêve. Toutefois, cela ne peut se faire qu’après l’élimination d’un certain nombre des synapses, créées le jour précédent, qui pourraient être incompatibles avec des comportement innés : c’est pourquoi un nettoyage préalable est indispensable. Le sujet va alors, avec ses conditionnements du jour, se retrouver confronté à une situation dans laquelle certains besoins, désirs ou peurs vont être mis en jeu. S’il trouve des solutions, la période suivante de sommeil éliminera de nouvelles connexions, et c’est avec ce nouveau bagage qu’une autre phase de sommeil paradoxal sera abordée.
C’est ainsi qu’une situation a priori insoluble peut déboucher sur une solution imprévue.

Attardons-nous un instant sur le rêve des Chinois.

Ce rêve se reproduit trois fois au cours de la même nuit :
    1- le sujet se sentant menacé s’enfuit et se réfugie dans un local qui s’avère être une impasse.
    2 – la même situation se reproduit,
    3 – mais la troisième situation, au départ identique, s’achève de manière imprévue : le local n’est plus une impasse. En effet la lucarne infranchissable s’est transformée en une large fenêtre, et la hauteur au sol offre désormais des échappatoires.


    Ainsi, l’assoupissement du contrôle frontal qui a permis le rêve a abouti à un changement de comportement débouchant sur une conclusion libératrice.
Entre temps il a été nécessaire au sujet d’ « oublier » le vasistas trop étroit, et le vide au-delà.
Ce rêve révèle un autre détail : ce n’est pas la raison du rêveur qui est intervenue (« Parvenu dans le petit réduit, il monta sans raison apparente sur la cuvette et, soudain, la scène se transforma!… »), c’est une fonction dont il n’a pas eu conscience, mais qui lui a permis d’agir à son insu fort judicieusement.

    Etudions donc plus en détail la chronologie de ce rêve.

    1 - Le cortex préfrontal, en réduisant son activité inhibitrice, est à l’origine de la réapparition des émotions dont nous savons qu’elles font partie intégrante du sommeil paradoxal [cf : rôle du cortex frontal]. Pourquoi la peur ? Peut-être, ici, l’inquiétude face au décès imminent de l’ami du rêveur.
    Dans cette première phase, la mémoire liée au quotidien est restée inaltérée. Cependant, la réaction de fuite du rêveur traduit un premier travail d’élagage fait au cours du sommeil profond précédent : le sentiment d’impuissance qui apparaissait fréquemment lors de cauchemars précédents a, cette fois, disparu.
    Que le sujet ait pu s’enfuir démontre également la suppression de l’inhibition frontale.

    Deux comportements différents au cours du rêve...


    ...peuvent s'illustrer sous une autre forme au niveau des aires cérébrales :

Importance de l’inhibition frontale sur les comportements (dans la réalité comme dans le rêve).
Le système limbique demeure à l'écart.

Assoupissement du cortex frontal et libération motrice au cours du rêve.
Le système limbique oriente les réactions du rêveur.

    Mais l’impossibilité d’échapper à la peur demeure : la peur des Chinois dans le rêve, peut-être aussi peur de la perte réelle de l’ami dans la réalité. Cette impossibilité se traduit par l’image du réduit qui empêche toute fuite.


    2 - On peut alors supposer qu’à la période suivante de sommeil profond, une certaine vision des choses (lucarne infranchissable, et danger au-delà), et certains comportements profondément ancrés (ne pas voir au-delà de ce que l’on sait) ont été corrigés.


    3 - C’est alors seulement qu’au cours de son troisième essai, le sujet, mu par sa seule peur et non plus par sa mémoire, a pu réagir en fonction d’une autre réalité qui n’est plus soumise à la mémoire des lieux.


    Le rêveur est ainsi parvenu à échapper au danger à partir du moment où, sans inhibitions et sans mémoire, rien n’est venu entraver la découverte d’un nouveau lieu. C’est justement ce que nous avions évoqué en abordant l’influence négative du jugement sur les processus d’apprentissage [cf : l'inconscient ne juge pas.]

    C'est ainsi qu’un rêve apparemment stupide lorsqu’il ne faisait référence qu’à la réalité (pourquoi l’ami s’était-il transformé en agresseurs multiples ? Pourquoi le rêveur était-il poursuivi ? Pourquoi la lucarne s’était-elle transformée ?) est devenu cohérent à partir du moment où la mémoire inscrite a été effacée au cours de la nuit, afin que seules les émotions puissent diriger la vision et les actes.

    Dans ce rêve, la disparition de la mémoire a permis un regard neuf qui a transformé l’espace fermé en espace ouvert, et a mis fin au cauchemar.
Parallèlement, une transformation immédiate chez le sujet s’est manifestée : l’angoisse liée à la mort de son ami a commencé à s’atténuer.


    Ainsi pouvons-nous, grâce à ce rêve, comprendre comment se forme et s’efface notre mémoire en fonction de l’activité que génère le cerveau au cours des périodes qui se succèdent durant 24 heures.

Les phases du sommeil : élagage et mise en situation.

Jour : mémorisation des lieux et comportements.
Sommeil profond 1 : affaiblissement du contrôle frontal et affaiblissement des synapses liées au contrôle de soi.
Rêve 1 : réactivation de circuits émotionnels en dehors de toute inhibition frontale : peur et possibilité de fuite. Echec de la fuite car la mémoire ne permet pas de sortir de l’expérience mémorisée.
Sommeil profond 2: affaiblissement des synapses liées à la mémoire des lieux
Rêve 2 : Nouvelle fuite, et nouvel échec.
Sommeil profond 3 : élagage des synapses liées à la mémoire des lieux
Rêve 3 : Fuite et exploration de l’environnement. Il est possible d’échapper au danger

La plasticité du cerveau permet sans cesse de trouver des solutions nouvelles si des conditionnements ne viennent pas limiter les possibilités.



    C’est cette succession de stades au cours du sommeil qui permet au cerveau de tester quels souvenirs sont importants ou constituent un frein à l’apprentissage, afin de sélectionner les synapses qui doivent être affaiblies, voire éliminée. De nouveaux comportements liés aux émotions et non plus à la raison pourront donc se manifester au cours du sommeil paradoxal.

    On notera que le sujet s’est réveillé après chaque période de sommeil, conservant à la fois la conscience et le souvenir de chaque rêve et du réveil qui a suivi.

    En résumé, l’éveil nous plonge dans les comportements sociaux qui, nous l’avons vu, participent à l’inhibition des comportements instinctifs.
La nuit, le sommeil paradoxal nous replonge dans ces comportements instinctifs et dans nos sensations et réactions individuelles après avoir ramené notre conscience sociale à de plus justes proportions.

    Trois phases se succèderaient donc au cours d’une journée :



« Le sommeil paradoxal, en créant des situations dans lesquelles l'action est privilégiée sur la réflexion,
va pousser notre raison à trouver de nouvelles solutions et les mémoriser.»

C - De l’animal à l’homme :

    Chez les animaux à sang froid qui ne vivent pas en groupe, les fonctions instinctives n’ont pas à être remises en cause. Ils ne rêvent donc pas. Ils apprennent très difficilement, et on ne peut ni les dresser, ni les conditionner.

    C’est chez les animaux qui sont passés au stade évolutif de l’apprentissage en collectivité qu’apparaît le sommeil paradoxal au cours de la période de repos.

    Par ailleurs, les chercheurs ont pu constater que les souris manifestent plus d'intérêt pour les nouveaux objets. Puisque, chez l’animal, la mémoire sert essentiellement à la survie, tout nouvel objet attirera donc davantage son attention jusqu'à ce que son intérêt soit reconnu, qu’il s’agisse de nourriture ou d’un danger potentiel.

    On a également observé que les souris qui peuvent rêver mémorisent mieux le parcours suivi vers la nourriture dans un labyrinthe. Puisque cette expérience met en jeu des comportements instinctifs, le sommeil paradoxal va pouvoir, en rejouant la situation, en renforcer la mémorisation [cf : rêve et jeu].


    Chez l’homme, cette importante activité de découverte et de mémorisation au cours de la journée nécessite le repos pour les régions cérébrales qui ont présenté une forte activité synaptique. Le sommeil apparaît donc particulièrement important dans l’enfance et l’adolescence.
    A l’opposé, le vieillard aura moins besoin de dormir... À cet âge, les habitudes et les jugements que l’on porte sur la vie sont fixés : le plus souvent ils ne sont pas remis en question et, faute d’apprentissage nouveau, il est moins nécessaire de dormir.

    On observe, chez l’homme, la primauté des comportements sociaux comme peut le montrer l’absence de différence entre ceux qui rêvent et ceux qui ne rêvent pas en raison de lésions cérébrales ou sous l’effet de médicaments [cf : Origines]. Ceux qui ne rêvent pas ne remettent pas en question leurs conditionnements, et ceux qui rêvent peuvent ne pas tenir compte de « l’enseignement » proposé par le sommeil paradoxal, ce dernier ayant une fonction plutôt déstabilisante au sein d’une société. On notera d’ailleurs au passage que certains courants de pensée considèrent les rêves comme l’oeuvre du diable [cf : Le rêve au Moyen-âge] ou de source satanique [cf : L'Islam].
    C’est pour les mêmes raisons que l’on n’observe pas de troubles de la mémoire chez ceux qui ne rêvent pas : la mémorisation a eu lieu durant le jour, et le rêve ne la remettra pas en cause.
    On observe donc, chez l’homme, un effet inverse de celui observé chez l’animal à sang froid : chez lui ce sont les comportements sociaux qui ne sont pas remis en question.

« Le rêve remet en questions nos conditionnements
et complète nos lacunes.


D - L‘inconscient, le rêve et la complémentarité :

    On pense généralement que perdre un être cher est inévitablement source de souffrance.
    C’est oublier les programmes instaurés par Dame Nature.
    Revoyons le sens qu’a choisi l’Evolution pour améliorer les fonctions des êtres vivants dans le sens d’une meilleure adaptation à la vie.
    Elle a fait passer le monde vivant de la sédentarité (végétaux) à la mobilité (animaux). Elle a amené les cellules à s’associer pour créer des organismes complexes, et à se transformer pour adopter des fonctions diverses et surtout complémentaires [cf : Apparition et évolution de la vie].
    Parvenue à ce stade, Dame Nature vit que c’était bien, et elle décida que la complémentarité pouvait être profitable aux êtres organisés. La multiplication ne se fit plus alors par simple division cellulaire : elle inventa la sexualité. Une seule cellule donnait naissance à deux cellules identiques à la précédente ? Désormais deux cellules complémentaires allaient allier leurs chromosomes pour donner naissance à une seule cellule possédant les connaissances et capacités de ses deux cellules parents.

    Les fonctions de reproduction de l’homme n’échappent pas à cette règle : seul un couple mâle – femelle aux adaptations à la vie très différentes peut espérer engendrer un enfant intégrant la totalité des capacités génétiques – bonnes ou mauvaises - de ses parents.

    Dans la recherche du partenaire, les fonctionnement psychologiques n’échappent pas à ce même processus évolutif.

    Sans avoir conscience des motivations sous-jacentes, chacun espère trouver l’ « âme sœur », celle qui le comblera de bonheur. Son coeur espère un être magique qui lui apportera tout ce qu’il attend de la vie et qu’il est incapable de trouver par lui même. En attendant cette apparition, il ressent un grand vide intérieur, mais il n’a pas conscience des raisons de ce manque.


    Puis ce grand jour arrive, l’être tant espéré apparaît au détour d’un chemin : c’est le coup de foudre auquel nul ne résiste. L’actif rencontre la rêveuse, la danseuse le jardinier, et l’extraverti l’introvertie. Il y a peu de chances que deux êtres identiques subissent le feu de la passion : s'ils partagent des goûts et des activités identiques, ils seront seulement des amis fidèles.


    Envisageons le cas de l’actif et de la rêveuse. Deux actifs ensemble se disputeraient toute la journée : « Je veux faire ci ! », « Moi, je veux faire ça ! » Deux passifs s’ennuieraient à mourir : « Que fait on aujourd’hui ? »

    Le grand bonheur de la passion survient lorsque chacun des partenaires apporte à l’autre ce qui lui manque : l’actif prêt au voyage aura une compagne qui saura le suivre sans discuter, et la contemplative incapable de décider trouvera le moteur qui l’anime.
    Chacun trouvera ainsi le bonheur grâce à l’existence de l’autre, et surtout grâce à ces aptitudes qu’il ne possède pas lui-même et que l’autre lui apporte. Après avoir inventé la complémentarité physique, Dame Nature a donc inventé la complémentarité psychologique : le bonheur, c’est de pouvoir accéder aux capacités… qui nous manquent.
    Mais lorsque quelqu'un nous fait éprouver de tels sentiments, on devient dépendant de lui : notre bonheur dépend désormais de quelqu'un d'autre.

    C’est ce qui se passe dans la vie du couple. Lorsque « l‘être unique » qui comblait notre manque disparaît, tout bascule : ce manque que nous éprouvions avant la rencontre réapparaît brutalement. Nous prenons alors conscience de ce que l’autre nous apportait et qui nous est maintenant retiré.

    Pourquoi ?


    Le plus souvent, on confond « aimer » et « être amoureux ». Être amoureux, c'est avoir besoin de l'autre.

    C'est pour cela que lorsque l'autre s'en va, on peut tomber dans la dépression, voire le suicide, car sans cet autre on n'a plus la force de vivre.
C'est pour cela aussi que l'on veut faire changer l'autre pour qu'il corresponde à notre idéal, c’est-à-dire à notre besoin.

    On comprend mieux alors la souffrance éprouvée. Mais peut-on y échapper ?

    Le rêve récurrent que nous venons d’évoquer semble apporter une réponse à cette question.
    Ce qui apporte la souffrance n’est pas la perte de l’être cher, c’est le retour du vide intérieur, un vide que l’imaginaire rendait supportable avant la rencontre, mais qui devient insupportable lorsqu’on a eu la chance de vivre la plénitude.

    Comment combler ce manque ? En oubliant les conditionnements pour acquérir ces capacités qui nous manquent. Cela peut sembler facile dans le cas du couple : l’actif devra acquérir les qualités de sa compagne capable de profiter de l’instant, et elle-même devra apprendre à agir si elle ne veut pas se retrouver désemparée si son compagnon disparaît. S’ils y parviennent, ils mèneront avec bonheur leur propre vie, ensemble ou séparément, l’une grâce à ce moteur qu’elle aura appris à conduire en dehors de toute intervention extérieure, et l’autre grâce à cette capacité d’éprouver du plaisir même en arrêtant la course incessante.
    Dans le cas de la séparation, la souffrance s’efface alors pour céder la place à la tristesse de la séparation (la tristesse n’est pas la souffrance), céder la place au bonheur d’un vécu passé, et au bonheur d’une vie à venir.
    C’est ce que nous a expliqué le rêve des Chinois.

    N’oublions pas que le rêve rejoue de façon métaphorique une situation réelle.
    Dans ce rêve, le rêveur tente d’échapper à l’inévitable, mais les moyens fournis par la seule raison le mènent dans une impasse.
    C’est alors qu’un mécanisme inconscient entre en jeu, effaçant sa mémoire rationnelle et renforçant sa mémoire émotionnelle. Le rêve subit alors une transformation dans laquelle l’impasse devient un lieu de passage, une transition.
    Nous retrouvons ici le même phénomène évoqué précédemment : l’inconscient précède la conscience [cf : L'inconscient génère ses propres pensées]. Il a alors été possible au rêveur, après son réveil, de franchir le mur d’habitudes jusque là immuables pour poursuivre sa vie, une vie riche d’un bonheur passé enrichi de la rencontre vécue dans la maladie. Il a ainsi pu vivre un bonheur permanent découvert en lui grâce à l’autre.

« Au cours du sommeil paradoxal, notre cerveau inconscient ne fait pas autre chose
que ce qu'il fait avant que nous ne prenions une décision importante.»