Chapitre 5

Du Mythe au Rêve




1 – L’imagerie des rêves et des mythes :

    Pourquoi faire intervenir ici les mythes et quel pourrait être leur lien avec les rêves ?
    Si une observation superficielle n’est pas à même d’établir ce lien, un examen plus attentif nous permettra de déterminer des points communs.
    La reconnexion de notre cerveau avec ses structures les plus profondes nous plonge dans un monde d’images, un monde étrange où cohabitent des événements réels et imaginaires, où la chronologie peut être aussi bien rigoureuse que discontinue.
    N’est-ce pas ce que l’on observe aussi dans les mythes et les contes?
    D'autre part les mythes et les contes constituent une expérience à laquelle il est possible de revenir, ce que nous venons de voir pour les rêves qui constituent une expérience mémorisée à laquelle notre pensée du quotidien revient chaque nuit.
    Toutefois, si les mythes demeurent cohérents dans le fil directeur qui les sous-tend, les rêves semblent échapper à toute logique. Si l’histoire qu’ils racontent peut être décrite, quelle en est la source, comment en saisir le déroulement, quelles conclusions en tirer?
    Le défaut de notre rationalité est de donner les raisons avant même de les déduire de toute analyse : ainsi l'histoire nous paraît absurde ou normale ! Ce n’est qu’un rêve ou qu’un conte ! les dieux décrits dans la mythologie, les monstres du rêve, relèvent d'un monde irréel.




    Pourtant, tous ces récits, qu'ils appartiennent aux rêves, aux mythes ou aux contes, imprègnent notre culture et notre personne et, même à notre insu, ils peuvent influencer nos rapports avec le monde extérieur.
    Nous allons donc nous intéresser aux mythes, car sous leur histoire se cache une trame identique à celle des rêves. Chaque mot, chaque phrase, devrait être compris en respectant rigoureusement la chronologie du récit, sans que le lecteur y apporte sa propre subjectivité.




    Nous verrons ultérieurement que c'est ce même principe qui nous servira à analyser les rêves et pénétrer de plus en plus profondément dans les couches de l'inconscient.

2 – les mythes de la création :

    Chaque culture a tenté d’expliquer l'origine du monde.
    La science, grâce à la théorie de la relativité a, quant à elle, imaginé un modèle de cette création, le Big Bang. Les intuitions de Darwin , étayées par l'observation des lignées animales, et une démarche expérimentale rigoureuse, ont expliqué l'homme : il n'était plus le résultat d'une génération spontanée ou d'une création d'origine extérieure, mais l'aboutissement d'une longue évolution.
    Mon propos, dans ce chapitre, n'est pas de choisir ou de développer telle ou telle approche explicative de la création du monde et de l'évolution des espèces, mais de tenter d'établir un lien entre toutes les approches qu'elles soient d'ordre scientifique ou créationniste. Nous observerons que, quels que soient la démarche, les connaissances et le langage, quelque chose qui est de l'ordre de l'humain, nous apprend quelque chose de nos origines.
    D'où la diversité des explications, apportées par la rationalité (science), ou l'imaginaire (légendes et mythes).
    Il est donc intéressant, après avoir envisagé la réponse scientifique, d'étudier l'évolution de la vie et de l'homme telle qu'elle a été décrite par les civilisations anciennes et dont nous trouvons les traces dans les mythes de la création. Toutefois, nous nous bornerons au mythe qui gouverne depuis plusieurs millénaires une grande partie de l'humanité, celui de l'Ancien Testament.

    Nous verrons alors comment l'homme, quels que soient sa démarche ou son langage, semble toujours parvenir aux mêmes conclusions générales.
Et son intuition, encore une fois, semble avoir précédé (ou inspiré?) les découvertes de la science.

A - La genèse :
1 - La création du monde : (1,1-27; 2,1-3) (ou la création de l'univers)
1er jour :
- Dieu commença la création du ciel et de la terre
 
Si nous respectons la chronologie de cette description, Dieu, que nous appellerions aujourd'hui l'Energie, était indispensable à la transformation de la matière.
La formule, E=MC², devenue aujourd'hui universelle, traduit ce potentiel.

- La terre était déserte et vide.
 
La matière existait elle aussi dans l'univers, mais la vie n'était pas encore apparue.

- Dieu dit : " que la lumière soit !"
 
-13,7 milliards d'années : hypothèse du Big Bang et du début de l'expansion de l'Univers.

- Dieu sépara la lumière des ténèbres.
 
-13,4 milliards d'années : l'univers devient suffisamment peu dense pour que la lumière puisse s'y propager. Les électrons libres se combinent aux noyaux atomiques pour former les atomes. On parle, pour cette époque de "recombinaison" ou de "découplage" entre matière et rayonnement.

- Il appela la lumière "jour" et les ténèbres "nuit". Il y eut un soir et il y eut un matin.
 
Apparition de l'écoulement du temps : un mouvement d'expansion ne peut exister et se développer qu'avec lui.

2ème jour :
- Dieu appela le firmament "ciel".
 
-4,5 milliards d'années : différenciation de la Terre et de l'Univers qui l'entoure.




3ème jour :
- Dieu dit : " Que le continent paraisse ". Dieu appela " terre " le continent, et "mer" l'amas des eaux.
 
-4 milliards d'années : Séparation et organisation des éléments primordiaux qui concernent la terre.
La température s'abaisse et la Terre se structure.L'atmosphère est encore saturée en vapeur d'eau, mais celle-ci se condense, et les océans commencent à se former.
-3,5 milliards d'années : apparition d'une vie organique primitive.Nous rejoignons là encore la vision scientifique qui envisage l'apparition de la vie dans l'atmosphère de la terre primitive soumise à la foudre des orages (travaux de Stanley Miller).
à -2 milliards d'années, le continent est bien individualisé.




- Dieu dit " que la terre se couvre de verdure "
 
-1,4 milliards d'années : apparition des premières cellules complexes.
-400 millions d'années : début du Dévonien : la vie végétale commence à conquérir la terre ferme.

- "Que les arbres portent sur terre des fruits ayant en eux-mêmes leur semence".
 
Différenciation sexuelle au sein de la vie végétale. (Cette étape est la seule qui présente une différence notable avec la chronologie évolutionniste : les fleurs sont apparues il y a 200 millions d'années).

4ème jour :
- Dieu dit : "qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit !"
 
Éléments nécessaires à l'apparition et au développement de la vie.
La terre n'est plus un élément isolé, mais un territoire contigu a d'autres espaces.

5ème jour :
- "que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l'oiseau vole au-dessus de la terre !"
 
-360 millions d'années : apparition des amphibiens.
-300 millions d'années : apparition des reptiles.
-150 millions d'années : apparition des oiseaux.

6ème jour :
- "que la terre produise des êtres vivants ! ".
 
-200 millions d'années : apparition des mammifères.

- Dieu dit : "faisons l'homme à notre image".
 
-6 millions d'années : apparition de l'homme primitif, à l'image de Dieu, c'est-à-dire totalement intégré à la nature et à la création.

7ème jour :
- Dieu acheva au 7e jour l'œuvre qu'il avait faite.
Dieu bénit le 7e jour et le consacra car il avait alors arrêté l'œuvre que lui-même avait créé par son action
.
 
La pensée et son développement suivent l'action.
L'évolution génétique et la sélection aveugle s'achèvent : l'évolution de la pensée commence.
Un nouveau tournant de l'évolution s'amorce avec la mise en place des éléments qui permettront l'avènement de la conscience.
2 – Les débuts de l'humanité :
                 a –le paradis terrestre : (2, 4-24) (ou l'Apparition de la vie)
- Le seigneur Dieu modela l'homme avec la poussière prise du sol.
 
Un principe d'une importance primordiale est défini comme point de départ : la vie ne peut être dissociée de la matière elle-même.
Les molécules qui vont constituer la matière vivante sont les mêmes que celles qui constituent l'Univers.

- Il souffla dans ses narines l'haleine de vie.
 
Intégration du carbone et de l'oxygène dans la matière : apparition de la matière organique.

- Et l'homme devint un être vivant.
 
La matière organique s'organise en première cellule vivante.
Les plus anciens fossiles de bactéries agés de 3,5 milliards d'année, ont été retrouvés en Australie. Il aura fallu peu de temps (à l'échelle de l'univers), pour que la matière inerte se mue en organismes vivants.

- Le seigneur Dieu planta un jardin en Eden.
 
La vie va croître à partir de la terre elle-même.

- Un fleuve sortait d'Eden pour irriguer le jardin.
 
L'eau devient primordiale pour entretenir la vie.

- Le seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Eden pour cultiver le sol et le garder.
 
Importance des bactéries pour transformer le milieu ambiant.

- Le seigneur Dieu prescrivit à l'homme : " tu pourras manger de tout arbre du jardin mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bonheur et du malheur.
 
La conscience n'est pas encore à même de naître, mais la première loi de la nature survient : chaque être vivant possède des attributions bien définies et ne peut pas déroger à ces règles.

- Le seigneur Dieu dit : " il n'est pas bon pour l'homme d'être seul ! ... ".
 
Diversification indispensable à l'évolution.

- Le seigneur Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau.
 
Développement de la vie animale.

- Le seigneur Dieu prit l'une de ses côtes (...) et transforma la côte qu'il avait prise à l'homme en une femme qu'il lui amena.
 
Apparition de la différenciation sexuelle au sein du monde vivant.
Les côtes pourraient symboliser les gènes, c'est-à-dire les deux "côtés" de la chaîne d'ADN au sein du noyau cellulaire : en effet, les cellules différenciées sexuellement ont des gènes doubles.



 
La différenciation sexuelle commence par la différenciation génétique : deux cellules complémentaires apparaissent, la cellule "Adam" possède une côte ou plutôt un côté de la molécule d'ADN, la cellule " Eve" possède l'autre moitié.




 
Ce stade de l'évolution décrit la spermatogenèse et l'ovogenèse où chaque élément se reproduira en associant ses caractéristiques propres à un autre élément complémentaire.

- Ainsi l'homme laisse-t-il son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et il devient une seule chair.
 
Constitution à partir des cellules parentales d'une seule cellule qui devient une seule chair.

   Le spermatozoïde et l'ovule donnent un seul embryon.

                 b –hors du jardin d'Eden : (2,25; 3,24) (ou l'Apparition de la conscience)
- Tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte.
 
L'être vivant a atteint le stade animal. La conscience humaine du bien et du mal, ainsi que les jugements qui l'accompagnent n'ont pas encore fait leur apparition. L’animal obéit aux lois de sa nature propre.

- Or le serpent était le plus astucieux de toutes les bêtes des champs que le seigneur Dieu avait faites.
 
Des vertébrés supérieurs et inférieurs, le vertébré inférieur est le plus instinctif, celui qui n'a d'autres règles que celles de la nature originelle : c'est-à-dire celles de la survie individuelle, sans aucune modification d'ordre social.
C'est le mieux adapté aux conditions du milieu naturel.

- Il dit à la femme : " vraiment ! Dieu vous a dit : vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin?"
La femme répondit au serpent : " nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : " vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas afin de ne pas mourir ".
 
Le fruit représente une transition.
Il est issu de deux éléments complémentaires, mâle et femelle, et il en est l'aboutissement.
Mais, mis en terre, sa graine est le point de départ d’une vie nouvelle. Cette vie est issue de l’expérience du passé et des mutations nécessaires pour qu’elle puisse se reproduire dans un milieu qui a pu changer.
Jusqu’ici, l’animal se reproduisait à l’identique, selon des lois sélectionnées, mais sans avoir conscience de ces lois.
Une capacité de discernement et d'apprentissage se fait jour. Les lois préétablies sont en passe de changer.
Dans ses descriptions, le narrateur semble désormais confondre, sous le terme Dieu , à la fois les lois de la vie, et le pouvoir qui impose ses décisions, acquis ultérieurement par la raison.

- Le serpent dit à la femme : " non ! vous ne mourrez pas ! ... "
 
L'instinct de survie sait ce qui est bon car il obéit aux lois génétiques, et non pas aux lois de la pensée qui ordonnent les choses différemment.
L'instinct sait que l'on ne meurt pas "physiquement" d'avoir mangé un fruit comestible et il ne se soucie pas de l'interdit.

- Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront !
 
Par contre, vous mourrez réellement à votre ancien état pour pénétrer dans un autre monde ! Cet autre monde, c'est l'univers de la conscience dont la porte vient de s'entrouvrir ! ...
Désormais, le serpent (l'instinct oublié), apparaît comme le détenteur d’autres clés de la vie que le mammifère n'était plus capable de discerner. (Au sein du rêve, les interactions entre les différentes pensées de l'homme montrent que c'est l'instinct, lié au cerveau reptilien, qui possède la connaissance de la vie).
Le terme "Dieu" désigne désormais l’autorité. Le narrateur qui a fait, au sein de la société humaine, l'expérience du pouvoir, confond celui-ci avec le pouvoir divin créateur de la vie.

- La femme vit que l'arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance.
 
La femme, symbole d'une conscience sensible , est la première à agir en fonction de ces règles naturelles oubliées, à percevoir le bon et le mauvais "pour soi", et à reconnaître la valeur des choses.
La sensibilité dévoile ici une de ses premières compétences : avant de juger, elle essaie, et ses choix demeurent en accord avec ce qu'elle a ressenti.

- Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna ensuite à son mari qui était avec elle, et il en mangea.
 
Les capacités de la sensibilité continuent à se dévoiler : son adaptabilité la fait agir en accord avec ce qu’elle a reconnu. Elle recèle aussi le pouvoir de communiquer et de faire partager.

- Leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils surent qu'ils étaient nus.
 
L’être vivant encore animal accède à la conscience : il a assimilé le mécanisme de vie symbolisé par le fruit, il est prêt à aborder l’étape de la transformation qui permet le passage d’une vie à une autre.
Il acquiert, comme la graine issue du fruit, la capacité de migrer d’un espace à un autre, pour acquérir sa propre identité.
Mais, comme la graine qui prend son envol, il est désormais démuni de toute protection.
C’est sa sensibilité (Eve), qui lui permettra de reconnaître ce qui est bon et précieux, et sa logique (Adam), confrontée à deux pôles différents qui donnera son accord. Mais, pour y parvenir, il devra mettre en présence des impératifs aussi contradictoires que ceux de son instinct (le serpent) et ceux de sa raison (Dieu).
La conscience, qui est la faculté de ressentir et de choisir, découvre les contraires, choisit entre eux, et renonce à ses habitudes. Elle est aussi la faculté de percevoir ce que l’on est : se voir nu, c'est se voir tel que l'on est !
De la même manière, au cours de l'évolution, les lois strictes auxquelles obéissaient les formes de vies primitives, sont atténuées avec la capacité des nouvelles espèces à s'adapter à leur environnement.

- Dieu dit à Adam : " qui t'a révélé que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais prescrit de ne pas manger ?
 
Le monde social se met en place. L'être vivant oublie l’obéissance absolue aux lois préétablies, pour établir la communication entre ses différentes composantes.
Eve a rencontré le serpent, puis elle communique avec Adam. Ce dernier rencontre Dieu et confronte l'acquisition nouvelle avec la loi primitive. L'animal accède alors aux interrogations propres à l'homme, car les acquisitions nouvelles ne sont plus en accord avec les anciennes.
Par ces interrogations, s'ébauche alors la conscience d'un nouveau champ d'action qui ouvre sur l'avenir.

- L'homme répondit : "la femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné le fruit !
 
Le fruit, représentant l'aboutissement d'une vie et le premier stade avant l'éclosion d'une vie nouvelle, appartient désormais au domaine de l'humain.
L’ancienne logique, qui répondait aux lois programmées, reconnaît l’existence de la perception sensible qui va permettre de dépasser les doutes et les interdits. Celle-ci, reconnaissant le "goût" des choses, peut déterminer ce qui est bon pour soi, et c'est elle qui va permettre l'éclosion de cette vie nouvelle. Cela se fera au prix de la perte du "paradis", c’est-à-dire d’un monde où la vie était simple, car elle ne nécessitait pas de choisir.
Cette réponse, donnée par Adam, pourrait faire allusion au fonctionnement particulier de l’hémisphère gauche : sa logique tient compte désormais des information qu’il reçoit de l’hémisphère droit (ce que nous avons pu constater en étudiant les interactions qui s'établissent au cours du rêve).

- Le seigneur Dieu dit à la femme : "Qu'as-tu fait là?" La femme répondit : "Le serpent m'a trompé et j'ai mangé".
 
La réponse fournie par Eve décrit le fonctionnement de l’hémisphère droit qui ressent et guide le gauche en accord avec ses perceptions. Cependant, face à l’autorité de la pensée rationnelle, le doute surgit. Et si la nouvelle information était erronée?
Quant aux interrogations de Dieu qui suscitent ces réponses, elles montrent la mise en place d'un nouveau langage qui interroge, s'informe et tente de comprendre. C'est ce langage que nous connaissons : l'homme, au contraire de l'animal, ne se contente plus du présent prédéterminé, il a le choix, découvre l'avenir, et va s'interroger sur la conduite à tenir.
Le langage discursif est à même de formuler les questions, mais il pourrait bien s'avérer capable de nous séparer de nos sensations.
L’homme est en passe de sortir du jardin d'Eden.

- Le seigneur Dieu dit au serpent : " Parce que tu as fait cela tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs !
 
La capacité universelle d'évolution et de transformation (Dieu), a abouti au langage rationnel qui va déterminer les nouvelles option de vie de l'être humain entre instincts et raison. Et la raison rejette tous les instincts.
Pourquoi? est-on en droit de se demander!... Certainement parce que toute réaction instinctive est liée à ses propres besoins.
Agir en fonction de soi (être "Ego"), c'est-à-dire être "soi-même", met en danger la loi du groupe, et met donc en danger la cohésion sociale de ce dernier.

- Il dit à la femme : "Je ferai qu'enceinte, tu sois dans de grandes souffrances".
 
La sensibilité agissait jusqu'ici sans se poser de questions. Désormais, elle devient détentrice de la conscience des opposés.
Si, auparavant, la vie se reproduisait à l'identique, désormais la gestion des choix va entraîner le doute, et la souffrance.
La créativité de l'hémisphère droit va devoir négocier avec la raison.

- Il dit à Adam : "C'est dans la peine que tu te nourriras (du sol) tous les jours de ta vie.
 
Quant à l'hémisphère gauche, privé de sa sensibilité et soumis à sa seule raison, il ne sera jamais capable de vivre en fonction de ce que lui propose le monde. Il tentera toujours de le modifier pour en tirer sa subsistance.
Sa "peine" sera d'être obligé d'accepter de dépendre de la vie qui l'entoure. Quelles que soient ses certitudes, c'est la vie qui le nourrira et lui permettra de grandir. Elle seule!...

- "Oui, tu es poussière, et à la poussière tu retourneras".
 
La conscience qu’a acquis l’homme de lui-même se développe. Il intègre la notion de temps et découvre qu’il est mortel ; son nouveau langage lui permet de définir cet autre état.

- L'homme appela sa femme du nom d'Eve _c'est-à-dire La Vivante_ car c'est elle qui a été la mère de tout vivant.
 
L'être humain prend également conscience de son pôle opposé.
Et il reconnaît que c'est sa sensibilité qui est la véritable force de vie. C'est elle qui est capable de générer la Vie.

- Le seigneur Dieu l'expulsa (l'homme) du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris.
 
L'évolution continue. Désormais les polarités d'origine, raison et sensibilité, vont cohabiter.
L’être nouveau qui a assimilé tout ce que représente le "fruit " de l’arbre (vie dépendante de son environnement) est devenu autonome. Il peut quitter le paradis où il se contentait de vivre sans se poser de question pour cultiver son jardin avec ses propres outils.
La pensée rationnelle va devenir prédominante, et tenter sans relâche de comprendre ce monde dans lequel elle vit. Et elle n'aura de cesse de le transformer.




 
C’est cette nouvelle forme de pensée qui va désormais se développer au sein de la famille (Caïn et Abel), puis au sein du groupe social (les patriarches depuis Adam jusqu'à Noé).
La pensée naturelle est passée dans l'inconscient.

- Ayant chassé l'homme, il posta les Chérubins à l'orient du jardin d'Eden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de vie.
 
Les systèmes inhibiteurs apparaissent pour isoler les zones rationnelles de celles de la sensibilité, afin d' éviter les conflits au sein des structures mentales.
Les apprentissages fixés par le langage deviennent dominants, inhibent les anciennes structures cérébrales, et donc la spontanéité.     Dans ce passage biblique, nous pourrions retrouver aussi toutes les étapes du développement de l’être humain : l’enfant obéit d'abord aux lois naturelles, puis aux lois de l’éducation qui lui font oublier sa nature première.


 
    Avant l'âge "de raison", l'enfant est spontané : il réagit en fonction de ses besoins.

    En apprenant les règles sociales, l'enfant devient "raisonnable" mais, ce faisant, il perd sa capacité à ressentir.

    Jusque là, il n’y a pas encore de conflit : en effet, tant qu’il y a obéissance absolue aux instincts ou à l'autorité, l’Eden existe car rien ne peut être remis en question.
    Puis l'éveil d'une "conscience sensible" (cf Eve après avoir goûté du fruit de l'arbre) fait naître le conflit entre les lois naturelles et sociales.
    L'enfant devient alors l'adulte capable de communiquer à la fois avec son ressenti profond, "égoïste", et les comportements appris qui le relient aux autres.

 
    La conscience est la capacité à agir :
- en fonction de ce que l'on ressent
- ou en fonction de ce que l'on a appris.
Le conflit apparaît si l'un des deux domine.




Ces informations complémentaires sont toujours présentes dans nos structures cérébrales.
A l’état d’éveil, les règles dominent : les « Chérubins » gardent la porte de la sensibilité interdite. Durant le sommeil, la raison s’assoupit, la porte peut s’entrouvrir. C’est alors que survient le rêve, et qu’un autre comportement apparaît qui ne dépend plus seulement de notre pensée discursive (cf (fig9) et (fig 81).

 
    Lorsque la raison domine, il n'y a plus de choix, et la conscience s'efface.
La fonction du rêve est de nous reconnecter à nos capacités originelles.




                 c –Caïn et Abel : (4, 1-13)
- Eve devint enceinte. Elle enfanta Caïn et Abel.
 
Une nouvelle génération d’êtres humains apparaît, mettant en présence deux comportements différents.

- Abel faisait paître les moutons, Caïn cultivait le sol.
 
Ici, la vie sauvage et purement instinctive de l’Eden a disparu.
Abel vit au rythme de la nature.
Caïn la transforme pour l'adapter à ses besoins.

- A la fin de la saison, Caïn apporta au seigneur une offrande des fruits de la terre.
Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse.
Le seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais détourna son regard de Caïn et de son offrande.

 
Aucune explication n'est donnée aux raisons de ce choix, mais le comportement divin pourrait nous donner quelques indications.
Il semblerait que Dieu, redevenu en l'homme la force de la vie, accepte ce qui provient directement de la vie (faire de l'élevage et manger ses bêtes), mais rejette ce qui la transforme (labourer, c'est modifier ses supports en en détruisant ce qui était primitivement implanté ; cultiver, c'est créer une autre forme de vie en modifiant celle qui existait).

- Lorsqu'ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua.
 
Les systèmes rationnels devenus prééminents mettent hors circuit les systèmes de la pensée animale proche de la nature.





- Caïn dit au Seigneur : " Ma faute est trop lourde à porter !"
 
Apparition chez l'homme de la conscience de ses actes.
La rationalité, capable de détruire la vie en nous, commence à subir le contrecoup de ses erreurs.
La sensibilité intérieure a été éliminée. Le déséquilibre qui s'ensuit place en permanence Caïn, c'est-à-dire l'être humain, dans la confusion.
Nous retrouvons ici le mal-être latent dans l'âme humaine et, durant le nuit, l’équivalent des cauchemars qui nous habitent et se répètent.
En effet même si les souvenirs semblent effacés, ils demeurent toujours à un niveau inconscient, et les rêves sont là pour nous les rappeler.
3- le déluge :
                 a –les causes du fléau : (6, 5-21)
- Le seigneur vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal.
 
La nouvelle raison humaine s'intègre mal au monde de la vie et de la communication. Une mutation se prépare.

- Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps, il suivit la voix de Dieu.
 
Un homme demeure intégré dans le monde de la vie; il suit les voies de la création naturelle. Or, être intégré dans le monde, c'est se fier à ses intuitions : Noé écoute la voix intérieure (la voix du rêve?) qui le prévient des drames à venir.

- "Entre dans l’arche, toi, et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils"
"De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l’arche pour le faire survivre avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle ! De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque petite espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre"
 
Pour que l’homme puisse affronter les cataclysmes, il lui est nécessaire de garder présents en lui tous les éléments de la vie originelle, vécus en complémentarité depuis sa sortie d’Eden (masculin et féminin, sensibilité et action, animal et homme, homme et Dieu).
Ce sont eux qu’il devra assimiler pour survivre.

- "et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en pour toi une réserve : ce sera ta nourriture et la leur."
 
Il n'y a plus d'interdit sur ce qui est comestible (cf : la pomme du jardin d'Eden).


                 b –le fléau : (7, 11)
- Tous les réservoirs du grand Abîme furent rompus et les ouvertures du ciel furent béantes.
 
C'est le débordement de l'inconscient qui surgit à tout moment, et submerge toute raison qui n'a pas su tenir compte des lois de la vie.





- Noé sortit, et avec lui ses fils, sa emme et les femmes de ses fils; toutes les bêtes, toutes les petites bêtes, tous les oiseaux et ce qui remue sur la terre sortirent de l'arche par familles.
 
Noé, qui a écouté ses intuitions et le message de son inconscient, et qui a su être proche de la nature, peut survivre. Mais pour cela il ne peut être seul...
Tous les éléments masculins doivent être accompagnés de leur complément féminin, et tous les êtres humains doivent être accompagnés de leur contrepartie animale et instinctive.
Nous pouvons constater que ce qui a été appelé Dieu, dans les mythes de la création, est indissociable de l'évolution. Après avoir régi les lois de la création, pour aboutir a la raison qui s'oppose à l'instinct, il intègre maintenant en l'homme tous ces éléments enfin réconciliés.
Nous retrouvons ici ce que nous avons appelé les trois modules de la pensée.
Les règles vont cependant réapparaître au sein de l'humanité : les patriarches surgissent ! Les cycles au cours desquels alternent raison et réminiscences instinctives (Le veau d’or) se reproduisent à l'infini.


B - L'Exode :

    L'ancien testament passe alors de la pure mythologie, avec ses descriptions métaphoriques, à des descriptions historiques relatant les événements survenus aux populations. Nous retrouvons ici l'un des mécanismes du rêve qui, pour ses descriptions, fait appel tantôt aux métaphores, tantôt à des événements réels. Ces expériences bibliques, individuelles ou collectives, continuent à enrichir l’expérience humaine.
    Mais, malgré la solution apportée par l'Arche et le Déluge, les errements subsistent. L'homme va accumuler, au cours de l'Exode, l'expérience faite d'une multitude d'erreurs et de réussites. Après avoir échappé à l'autorité absolue (Pharaon), il tente toujours de retrouver la paix.
    Cette paix ne pourra se faire qu'avec l'instauration d'un certain nombre de lois.

                Les termes de l'alliance : le décalogue (20,3-17)
1- Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi (qui t'ai fait sortir d'Egypte) :
 
(tu n'agiras pas selon d'autres lois que celles de la vie, car elles sont sources de liberté).

2- Tu ne feras pas d'idole :
 
(tu ne projetteras pas à l'extérieur ce qui est en toi, et tu ne figeras pas la vie dans des images ou des pensées).

3- Tu ne prononceras pas à tort le nom du seigneur :
 
(tu ne feras pas appel à tes forces vitales sans être en accord avec elles : aide-toi, elles t'aideront).

4- Tu travailleras six jours, mais le 7e jour tu ne feras aucun ouvrage :
 
(tu peux travailler à condition de respecter ta nature qui a besoin de repos).

5- Honore ton père et ta mère :
 
(tu respecteras les forces capables de créer la vie, ce sont elles qui recèlent l'expérience du passé).

6- Tu ne commettras pas de meurtre :
 
(tu respecteras la vie).

7- Tu ne commettras pas d'adultère :
 
(tu ne te tourneras pas vers une autre sensibilité que la tienne).

8- Tu ne commettras pas de rapt :
 
(tu ne t'approprieras pas la vie que tu n’as pas créée).

9- Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain :
 
(tu ne jugeras pas ce que tu n’as pas toi-même vécu, car tu es seul responsable de tes actes).

10- Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain, ni sur sa femme, son serviteur, sa servante, son bœuf ni son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain :
 
(tu n’envieras pas ce que tu n'as pas acquis par toi-même).

L'homme qui a perdu le monde de la nature et ses lois, voit ainsi sa raison lui imposer des règles :
"j'ai besoin de me reposer !"
"je respecte la vie de mes semblables car ils me protègent"
devient :
devient :
" je dois me reposer!"
" je ne dois pas tuer !"


    Ces paroles, expression de la loi divine, nous pourrions les considérer comme un rappel des lois de la vie peu à peu oubliées au cours de l'évolution. Examinons les donc maintenant à la lumière du comportement animal. Que fait l'animal, c’est-à-dire l’être vivant intégré à la nature? ...

1 - il n'a pas d'autre Dieu que la vie elle-même…
2 - il vit dans le présent et il n'adore rien. Il ne projette rien à l'extérieur de lui-même qui ne soit la réalité elle-même…
3 - il est seul responsable de sa vie, n'ayant pas de "maître" pour le protéger ou l'enchaîner …
4 - il chasse seulement pour vivre et sait se reposer dès qu'il a obtenu de quoi satisfaire ses besoins…
5 -son passé est toujours source d'expérience : si, un jour, il est tombé dans un piège, il n'accuse pas le piège, il se contente de l'éviter ...
6 - il respecte toujours la vie, ne tuant pas par plaisir, mais par nécessité, et il respecte les membres du troupeau oe de la meute ...
7-8 - il respecte ses semblables, la relation à l'autre étant la condition de sa survie et de celle de l'espèce ...
9 - vivant dans le présent, il ne connaît que la vérité du moment ...
10 - un animal se définit un territoire qui lui suffit, et il ne convoite jamais celui des autres...

    Dans ces extraits bibliques, le mot de Dieu revient plusieurs fois et nous lui avons donné des sens différents. Comment allons-nous les justifier?
    Pour le comprendre, il est nécessaire d’aller au delà du sens écrit qui tente de définir une perception originelle.
    Le terme originel est le mot Yahwé, constitué de quatre consonnes (YHWH) signifiant : "ce qui ne peut être prononcé", c'est-à-dire "ce qui ne peut être que ressenti".
    A l’instant même où l’homme a tenté de le nommer avec son langage rationnel, il ne pouvait qu’en restreindre le sens. Car aucun mot ne peut décrire ce qui ne peut être que ressenti.
    Pourquoi ne pas dire que Dieu, qu'on ne peut nommer, se confond avec la création, soumise à l'évolution?
    Si les descriptions "intuitives" de l'homme paraissent si proches aujourd'hui de la réalité telle qu'elle est décrite par la science actuelle, c'est sans doute que l'homme renferme en lui la mémoire de son propre passé, et même celle du passé qui l'a précédé. Il est partie intégrante du monde dans lequel il vit car il est constitué des mêmes éléments.
    Il s'est cru ou voulu différent, mais il fait partie de cet univers : il serait alors logique qu'il puisse retrouver en lui sa propre origine et celle du monde.



Chapitre 6 - Les deux langages de l'homme : (suite)