Et Jésus dit : Laissez les petits enfants,
et ne les empêchez pas de venir à moi;
car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.
Matthieu 19 :14 Marc 10 :14












La naissance
de l'esprit sain.






Préambule :
    Certains se diront que nous mettons beaucoup de temps à aborder le domaine des rêves.
    Mais il est nécessaire de comprendre pourquoi nos rêves nous échappent. Ils sont en effet l’expression d’une intelligence intérieure, d’une pensée instinctive qui possède la connaissance intuitive de ce qui est bon pour nous, mais que notre esprit rejette, sous l’influence de règles collectives.

    D'autre part, l’affirmation que « le royaume des cieux appartient aux enfants » [NdA] ne pourrait-elle pas nous aider à dégager, par l’étude des étapes du développement du petit d’homme et de son cerveau, des éléments de réponse à notre recherche ?

    Alors que les êtres humains, dans leur grande majorité, se désignent comme appartenant à une espèce supérieure, quand ce n’est pas une espèce « élue », aujourd’hui encore, les enfants sont loin d’être reconnus à leurs capacités réelles, quand ils ne sont pas simplement traités en esclaves. Des écrits anciens décrivant leur statut au sein de la communauté humaine ont parfois figé leur place. La Bible a, en ce sens, marqué les esprits.
Un garçon, est toujours un don de Dieu (Psaumes 127.3), mais l’enfant [cf : La place de l'enfant dans la Bible], dès sa naissance, possède les défauts de l’être humain adulte : « Comment d'un être souillé sortira-t-il un homme pur ? Il n'en peut sortir aucun. » (Job 14.4).
Pour les auteurs sapientiaux, les enfants doivent donc être sévèrement éduqués (Proverbes 13,24 ; 22,15 ; Siracide 30,1-13).

    Toutefois, il y a 2000 ans, un homme, Jésus de Nazareth, a exprimé une idée nouvelle : les enfants ne devaient plus être écartés. Bien au contraire, ils étaient des modèles qu’il était important d’imiter : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux » (Marc 1 0.14).

    Aujourd’hui, les scientifiques découvrent chez cet enfant des capacités que, jusque-là, personne n’aurait osé lui reconnaître.
Que savons-nous de lui, et que savons-nous de son intelligence ?
Par quels processus de développement le petit homme parvient-il à l’exercer ?

1 - Les prémices de la conscience :

A – Le développement de l’embryon et du fœtus - les étapes de la gestation :

    1ère semaine : dès cette première semaine, deux événements se produisent. Tout d’abord la fécondation de l’ovocyte maternel qui va ensuite migrer vers l’utérus du 1er au 6ème jour ; puis, le 7ème jour, la nidation de l’œuf sur la paroi utérine.



    2ème semaine : développement de l’embryon

    A partir du 8ème jour, l’embryon commence à s’organiser, constituant deux pôles (tête – queue)
Puis, un épaississement cellulaire apparaît sur la face dorsale du disque embryonnaire, la ligne primitive, qui s'étend sur les deux tiers de sa longueur. Cette ligne va déterminer l'axe longitudinal de l'embryon.

    A la fin de la 2ème semaine, la symétrie de l’embryon est réalisée.
Durant la quatrième semaine, la gouttière neurale, formée par le creusement de la ligne primitive, se referme, constituant le tube neural, à l’origine du système nerveux.



    Le tube neural va alors donner naissance à trois vésicules primaires (prosencéphale, mésencéphale, rhombencéphale) qui se diviseront plus tard en cinq vésicules secondaires (télencéphale, diencéphale, mésencéphale, métencéphale et myélencéphale) à l’origine du cerveau et du bulbe rachidien [cf : système_nerveux].



Au cours de la 5ème semaine des excroissances apparaissent de part et d’autre du corps, ébauches des futurs membres.


À la septième semaine, on peut distinguer les doigts des mains, ainsi que les principaux constituants du visage : yeux, paupières, bouche, nez, et oreilles


Au cours du 2ème mois, la production de neurones s’accélère, pouvant atteindre jusqu’à 5000 neurones par seconde.

2,5 mois : Les hémisphères cérébraux, dérivés du telencéphale, sont visibles dès la première échographie


    C’est à ce moment que le cerveau montre des signes d'activité.

    A partir de la 8ème semaine de développement, l’embryon est suffisamment développé pour qu’il soit appelé fœtus : à ce stade, toutes les ébauches d’organes sont formées.
Il mesure environ 35 mm et ses premiers mouvements sont visibles à l’échographie

    A la fin du 3ème mois (12e semaine), apparaissent les premiers signes mesurables de l'activité électroencéphalographique

    Au 5ème mois (20ème semaine) les premières réactions auditives et tactiles révèlent cette activité nerveuse.
Bien que fonctionnel, le cortex est loin d’être achevé. Les connexions entre neurones (synapses) sont en excès.
La moelle épinière se myélinise.

    Au 6ème mois, les sillons et circonvolutions du cortex cérébral apparaissent. Les cônes de croissance des axones neuronaux se dirigent vers leur neurone cible, tandis que les cellules Schwann entourent les axones d’une gaine de myéline


    Durant le 7ème mois, les organes des sens se développent et les mouvements deviennent plus coordonnés : le système nerveux se perfectionne.
    Le développement génétique achevé, c’est l’apprentissage qui va déterminer quels neurones doivent vivre ou mourir. Les connexions qui ne seront pas utilisées dégénéreront après la naissance. Le cerveau perdra alors un tiers de ses 100 milliards de neurones.

    La myélinisation, responsable de l’augmentation rapide du poids du cerveau, se poursuivra quant à elle jusqu’à l’âge de quatre ans.

B – L’univers sensoriel du foetus :

        a – Son univers sonore :
    Le fœtus grandit dans un milieu où règnent en permanence une multitude de bruits : en premier lieu des sons d’origine maternelle comme les bruits gastro-intestinaux, les battements du cœur ou la respiration, les vibrations des cordes vocales maternelles ; mais aussi des bruits externes : voix maternelle et sons divers en provenance de l’environnement.
    Le bruit de fond dans lequel baigne le fœtus avoisine les 30 à 60 dB SPL (Sound Pressure Level - Niveau de pression sonore) soit un niveau proche du nôtre.
    Toutefois, durant les premières semaines de gestation, ces sons n’ont aucune incidence, car le système auditif du fœtus n’est pas suffisamment développé pour être fonctionnel.
    Il faudra attendre le 7ème mois (la 28e semaine) pour qu’il commence à réagir à un son externe d’une forte intensité (un niveau équivalent au bruit d’un marteau-piqueur, soit 110 dB SPL), émis a proximité de sa mère.
    C’est au cours du huitième mois que son ouïe s’affine et que son système auditif peut différencier les sons aigus et graves.
    C’est donc seulement à l’approche du terme que le fœtus peut entendre des voix externes, à condition toutefois que le niveau sonore dépasse les 80 dB SPL correspondant à la voix d’un comédien sur scène.
    Peu avant la naissance il entend des fréquences situées entre 1000 et 3000 Hertz pour un niveau sonore de 60 dB SPL

        b - Son corps :
    Dépourvu d’un système nerveux cérébral et de sens fonctionnels pendant les premiers mois de développement, le fœtus n’a certainement pas conscience de son environnement. La première chose qui se met en place, c’est son propre corps.
    En effet, dès le premier mois il commence à bouger ; ces mouvements, d’origine réflexe, exercent ses muscles et articulations.
    Ce n’est toutefois qu’à partir du troisième trimestre (lorsque son système nerveux est suffisamment développé) que ces mouvements deviennent plus coordonnés.
    Pour cela, le système vestibulaire de l’oreille montre son importance. Constitué d’un vestibule (sensible aux accélérations linéaires), et des canaux semi-circulaires (sensibles aux accélérations angulaires), ce système est prêt à fonctionner dès la 32e semaine : il permet au fœtus d’adapter sa posture.



        c - Les odeurs :

    Bien que son système olfactif (récepteurs et bulbes) soit en place depuis la 8ème semaine, le fœtus ne commence à percevoir les molécules odorantes qui lui parviennent par l’intermédiaire du liquide amniotique qu’au cours des derniers mois de la gestation.
    En effet, des observations faites dans les maternités avaient montré que l’odeur du liquide amniotique des mères qui avaient mangé des plats épicés était justement très épicée.

    Ces observations ont pu être confirmées en 2000, lorsqu’une expérience menée au centre européen des sciences du goût (Dijon) par l’équipe de Benoist Schaal et ses collaborateurs, a démontré qu’un nouveau-né dont la mère avait consommé de l’anis pendant les derniers mois de sa grossesse reconnaissait cette odeur à la naissance et montrait même des signes de préférence.

        d - La vue :

    Dernier sens à se mettre en place, la vue est le sens qui est le moins stimulé dans le milieu intra-utérin.
    Au cours du 7ème mois, les paupières s’ouvrent, les globes oculaires bougent, mais le système visuel et notamment le développement des cellules photo-réceptrices de la rétine est inachevé.

    En 1980, des expériences menées par Peleg et Goldman, à l’occasion d’une amnioscopie, ont permis d’observer qu’une illumination provoquait des accélérations du rythme cardiaque chez le fœtus. Plus récemment, des chercheurs de l’université d’Arkansas ont également montré, par magnéto encéphalographie, que le fœtus était sensible à des flux lumineux quand ceux-ci étaient émis à l’extérieur du ventre.

    Toutefois, mises à part les variations d’intensité lumineuse, il est très difficile de savoir ce qu’un fœtus perçoit dans le ventre maternel.

        e - La mémoire :

    Si le développement physique du fœtus est relativement facile à suivre, sa mémoire soulève davantage d’interrogations. Il semble établi que nous n’avons pas de souvenir de nos deux ou trois premières années de vie et a plus forte raison de notre vie fœtale : c’est ce que l’on appelle l’amnésie infantile.
    Pourtant, on constate qu’en fin de gestation le cerveau du fœtus mémorise des éléments de vie intra-utérine : voix maternelle, odeurs, souvenirs gustatifs...
    De plus, l’observation clinique montre qu’en situation de stress majeur, des adultes peuvent prendre des postures en rapport direct avec des événements douloureux subis juste après leur naissance : par exemple, un enfant qui joue régulièrement au pendu et dont l’anamnèse révèle qu’il est né le cordon ombilical autour du cou.
    Des sensations vécues en période périnatale auraient donc été mémorisées : elles pourraient resurgir ultérieurement dans un contexte totalement différent.

    Aujourd’hui, même s’il est établi qu’il existe chez le fœtus plusieurs structures cérébrales impliquées dans la mémoire, il n’est pas certain qu’elles soient fonctionnelles : c’est ce qui expliquerait l’amnésie infantile.
Pour comprendre, il est nécessaire de savoir comment fonctionne une mémoire mature.

Chez l’adulte, les informations reçues par le cerveau sont soumises à un double traitement :
- un premier traitement très rapide, dit analogique, durant lequel les neurones mettent les informations en mémoire, sans les classer. Pour cette raison, elles sont difficiles à récupérer en traitement conscient.

Le traitement analogique est celui du fœtus ou de l’enfant en bas âge.
Les informations ne sont pas répertoriées.

- puis, un deuxième traitement plus lent, qualifié de cognitif, isole l’information de son contexte, puis lui donne un sens, avant de la stocker… C’est ce classement qui la rend accessible à la conscience.


Le traitement cognitif permet de retrouver l’information.

    Des associations pourront alors être repérées entre divers événements ou objets, ainsi que des liens différés dans le temps, permettant le rappel d’une situation passée.
    Ce traitement nécessite la mise en jeu d’éléments (cortex préfrontal, neurones modulateurs) qui ne sont pas encore complètement développés chez le fœtus et le nouveau-né (le cortex frontal poursuit en effet sa maturation jusqu’à l’âge de quatre ans). Le fœtus peut donc commencer à stocker des connaissances analogiques, mais il n’est pas encore prêt à les classer de manière cognitive, car il n’a pas encore accès à la réalité du monde extérieur.
    Cette hypothèse ne signifie donc pas l’absence de souvenirs acquis durant la période foetale, mais ceux-ci se réduisent à des sensations diffuses auxquelles l’adulte ne pourra accéder plus tard de manière contrôlée.

    Que peut-il se passer si l’on imagine que ces souvenirs stockés en analogique passent un jour en mode cognitif et deviennent accessibles ?
    Dans ce cas, le souvenir sera repris, mais il demeurera exclu de son contexte originel : il s’insèrera dans un nouveau contexte, celui de la vie du sujet devenu adulte. Il est alors probable que l’interprétation donnée au souvenir sera fausse, car ce souvenir sera reconstruit en fonction des croyances du sujet ou du récit des parents. C’est le cas des adultes qui sont certains d’avoir vu leur maman habillée d’une chemise rouge, alors même que la notion de couleur n’existait pas pour eux durant les premières heures de vie.

    La vision se forme par apprentissage. L’adulte peut évoquer des souvenirs parce qu’il les transpose dans la réalité qu’il a appris à reconnaître. Mais si ces souvenirs appartiennent à la période périnatale, il les reconstruira à partir de ses connaissances ou croyances actuelles : ainsi, un cri entendu au cours de la période fœtale, sans mise en place dans la réalité objective visuelle ou tactile [cf édifice de la conscience] pourra s’intégrer dans une croyance en des esprits invisibles, mais dont on peut entendre les manifestations.


    De même, dans certains états de relaxation, le surgissement d’une image visuelle de présence dans une grotte sombre pourra être assimilé au souvenir, soit de la vie utérine, soit d’une vie antérieure, celle d’un homme préhistorique par exemple.
    C’est également de cette manière que, par analogie avec la transition de l’obscurité à la lumière vécue à la naissance, pourrait s’expliquer le « vécu » d’un sujet proche de la mort (NDE).

    Pour être certain de se remémorer de véritables souvenirs, il est donc nécessaire de s’attacher à des événements de vie datant d’une période où le traitement cognitif de l’information était fonctionnel, ce ne peut être moins de plusieurs semestres après la naissance.

C - Le sommeil et le sommeil paradoxal :

    Les 6 premiers mois, le fœtus dort presque tout le temps [cf : le sommeil du nouveau né] . Durant cette période, son sommeil présente des phases d’agitation et de calme qui se succèdent sans logique apparente. Pour cette raison, on parle de sommeil « indéterminé ».

    Un changement s’opère au cours du 7ème mois (27 semaines) : les tout premiers signes d’un sommeil « agité » ou sommeil sismique, (l’équivalent de notre sommeil paradoxal), apparaissent progressivement chez le fœtus. Les mouvements oculaires deviennent rapides, tandis que bras et jambes s’agitent légèrement. Au cours de ce sommeil, le rythme respiratoire est alors très irrégulier. La durée de ce sommeil agité augmentera progressivement jusqu’à la naissance, participant au développement des cellules nerveuses : on parle alors d’un sommeil fœtal constructeur.

    À 29 semaines, nouvelle étape : à la fin du septième mois, une troisième phase de sommeil s’impose, le sommeil calme, équivalent du sommeil lent de l’adulte, durant laquelle le fœtus bouge très peu.

    Au cours du huitième mois, les trois phases de sommeil – indéterminé, agité et calme – se succèdent désormais selon un cycle régulier de 50 minutes. C’est ainsi qu’au neuvième mois, le sommeil agité occupe environ 65 % du temps, le sommeil calme 25 %, et l’indéterminé 10 %. On remarquera au passage que le sommeil du fœtus n’est pas influencé par le rythme veille sommeil de la mère.


Le sommeil du foetus.
SA : sommeil agité
SC :sommeil calme
SL : smmeil lent

    C’est peu avant la naissance que le fœtus va commencer à s’éveiller : il ouvre les yeux pour la première fois. Après la naissance, en s’insérant dans l’alternance du jour et de la nuit, ses rythmes biologiques vont se transformer (cf : Les phases du sommeil chez l’adulte).

    Si l’activité cérébrale du sommeil du fœtus comporte une phase similaire au sommeil paradoxal de l’adulte, peut-on affirmer pour autant que le fœtus rêve ? N’ayant pas encore la possibilité de relier les sons et odeurs à des objets ou des événements réels, il est peu probable que son cerveau produise des images telles que peut en avoir un adulte au cours du rêve. Il lui faudrait pour cela une capacité de représentation symbolique qui n’apparaît guère avant l’âge de huit ans. On constate cependant que sa phase de sommeil agité (l’équivalent du sommeil paradoxal pendant lequel s’installe des rêves), occupe, peu avant le terme, une part très importante de son sommeil,
    On peut imaginer que ce type de sommeil sert à structurer les mouvements qui, plus tard, lors du sommeil paradoxal de l’adulte, seront inhibés.

    Par contre, chez l’adulte pour lequel la mémorisation des événements et des expériences vécues est importante, c’est la durée du sommeil lent (équivalent du sommeil calme) qui sera la plus importante : c’est en effet au cours de ce sommeil lent que la mémoire générale va s’organiser.


Le sommeil de l'enfant.
E : endormissement
SA : sommeil agité
SC :sommeil calme
SL : smmeil lent
SLL sommeil lent léger
SLP : sommeil lent profond
SP : sommeil paradoxal
S2 : stade 2 du sommeil lent
S2 S3 : stades 2 et 3 du sommeil lent

D - Développement du cerveau :

    « Laissez venir à moi les petits enfants »
Certaines phrases traversent les siècles et demeurent toujours d'actualité.
Pourquoi ont-elles autant marqué l'imagination ? Recèleraient-elles une vérité qui parle au coeur des hommes ?
    S’il en est ainsi, pourquoi cette vérité est elle si peu entendue ?
    Notre propos va être aujourd'hui de comprendre pourquoi cette phrase a une valeur que notre rationalité ne peut écarter bien qu’elle n’ait jamais su vraiment la comprendre.

    L’intelligence, fonction essentielle du système nerveux central, est la capacité de traiter, de manière précise, des catégories d'informations ou de données en provenance du milieu ambiant.
Ainsi, si nous entendons des sons, nous allons les analyser de manière linguistique ou musicale.

    De même, notre capacité à nous déplacer dans un environnement variable va révéler une intelligence spatiale.

Le prédateur a 3 possibilités : contourner à droite ou à gauche, sauter.

Le chasseur a 2 possibilités pour tirer: debout ou à genoux.

    Pour comprendre l’intelligence, on peut la comparer à un ordinateur affecté à des tâches spécifiques.
C’est ainsi qu’on a pu définir jusqu'à huit types d'intelligence évalués par des tests de quotient intellectuel (QI).

    Toutefois, si les tests de QI sont utiles en psychologie ou dans le recrutement professionnel, leur résultat chiffré indique seulement le nombre de questions auxquelles le sujet interrogé a correctement répondu. On peut en apprendre davantage en observant la manière dont le sujet aborde les questions.

    Prenons l’exemple d’un enfant qui, lors d'un test, s'entend poser la question : « tu achètes six pommes sur le marché, tu en perd quatre en revenant à la maison. Combien en reste-t-il ? ».
Et qui répond : « je ne peux pas en perdre quatre, car mon père me punirait ! ».
    Cette réponse est-elle fausse ? Ne montre-t-elle pas plutôt qu’il existe deux types principaux d’intelligence, l’une liée à l’apprentissage, et l’autre à la perception sensible.
L’intelligence ne serait-elle pas plutôt la capacité à s'adapter à n'importe quelle situation ?

    Pour une meilleure compréhension, nous nous contenterons donc de la considérer sous ces deux aspects : une intelligence conceptuelle (liée à des contenus de pensée séparés de la réalité des choses) et une intelligence pragmatique (reliée aux nécessités de la vie).

    Ainsi, dans l’exemple précédent, on observera :
- sous son aspect intellectuel,un calcul logique qui décrit une réalité virtuelle partiellement indépendante de la réalité objective,

- sous son aspect pratique, on obtiendra une réponse concrète à la question posée, réponse qui s’inclut dans un contexte plus large : dans l’exemple proposé, elle fait intervenir l’existence du père et sa réaction, et elle sous-tend même l’ensemble de la cellule familiale : « nous sommes trois et il ne restera plus que deux pommes pour le dessert ».

     L'intelligence ne peut se résumer à un seul de ces aspects : si l'aspect intellectuel semble le propre de l'homme, l'intelligence pratique est le propre de tous les êtres vivants, et elle commence dès l’instant où l’un d’eux réagit conformément aux nécessités de la vie.
    Chez l’homme, cette intelligence a pour support l’ensemble de ses cinq sens [cf : l’édifice de la conscience].
L'intelligence serait donc la capacité d’être à l'écoute et d'analyser l’information, concrète ou virtuelle, le résultat final étant perçu agréablement (on désirera alors l’utiliser) ou désagréablement (et dans ce cas on l’évitera).

    Il peut être utile de distinguer les différents types d’intelligence pour mieux les étudier (cf : les huit intelligences). Toutefois, l’ensemble des caractéristiques que l’évolution a sélectionnées appartient à un « système intelligent global » indispensable tant pour l’exercice de la conscience que pour assurer la survie en milieu hostile.
    En ce sens, toutes les espèces vivantes sont capables de « prendre connaissance », pour détecter la nourriture ou la présence de prédateurs.

    En l’absence de prédateurs (si l’on exclut les bactéries), cette capacité de découverte de l’environnement est devenue moins indispensable chez l’homme. Elle a toutefois été conservée sous la forme que nous connaissons, qui est la caractéristique des enfants : la curiosité.
    Ce besoin de connaître, que l’on peut qualifier d’« instinctif », est celui que l’on retrouve dès le début du développement de l’intelligence, indissociable de la capacité d’analyse, indissociable de la conscience qui est aussi, chez l’homme, la capacité de savoir qu’il existe dans l'environnement.

    Aussi, comme il paraît naturel de situer les processus caractérisant l'intelligence au niveau du cerveau, c'est à cet organe que nous allons nous intéresser.

    Comprendre comment se développe le cerveau et saisir les étapes successives de son développement est indispensable pour aborder le fonctionnement de la pensée, et déterminer comment elle s’est un jour dissociée entre rationalité et sensibilité.

        a - Développement du cerveau durant la grossesse :

- 2° mois : organisation des neurones :

    Les cellules précurseurs à l'origine des neurones se multiplient dans une zone particulière du cerveau (dans la zone ventriculaire du tube neural) (image), avant de migrer jusqu'à leur emplacement définitif.

    Elles se différencient alors, puis émettent des prolongements pour se connecter les unes aux autres. Celles qui n'établiront pas de contact mourront.

- 6° mois : isolation des axones par la myéline - Les débuts du sommeil paradoxal chez l’être humain :
    Le cerveau possède alors 90 milliards de neurones. Les connexions se multiplient. Dans le même temps où ils se connectent avec les neurones voisins, les axones commencent à se recouvrir de myéline. Grâce à cela, ils vont pouvoir devenir fonctionnels et communiquer efficacement entre eux.
    Ce processus se poursuivra après la naissance, jusqu’à l’âge de 12 ans environ, avant de céder la place à un processus d'élagage au cours duquel certaines connexions seront conservées et renforcées et d'autres éliminées, montrant la mise en place d’un processus d’apprentissage.

    Surtout, dès avant la naissance, le foetus semble avoir déjà un sommeil paradoxal, signe de l'activation de mécanismes génétiques assurant la maturation du cerveau pour qu’il soit dès la naissance, fonctionnel, c'est-à-dire capable d'observer, comprendre, et assimiler tous les fonctionnements qu'il va être amené à rencontrer dans le monde extérieur. Ces programmes instinctifs prédéfinis vont être supprimés lors de l’intégration progressive dans le domaine social : toutefois, ils seront conservés dans le cadre du fonctionnement inconscient du cerveau et activés lors du sommeil paradoxal.

    Cet élagage pourrait coïncider avec la mise à l’écart du système limbique et le renforcement du contrôle rationnel entraînant la perte de conscience d’un certain nombre de fonctions primitives. De ce fait, le rêve, cette imagerie qui échappe au contrôle rationnel, ne pourra donc apparaître au cours du sommeil que lorsque le contrôle s’efface.

    Nous pouvons retrouver cette relation entre conscience rationnelle et inconscient dans un rêve évoqué dans d’autres conditions : le rêve des Chinois [cf : hypotheses]. Dans ce rêve, le comportement habituel (des limites ne peuvent être franchies raisonnablement et les lieux ou circonstances mémorisées imposent de réagir en fonction de la seule mémoire) est soudain remplacé par un acte spontané et irrationnel (observer et découvrir que la mémoire acquise n’est pas conforme à la réalité).

        b – Développement du cerveau après la naissance :

    À la naissance, et bien que possédant 100 milliards de neurones, le cerveau est quatre fois plus petit que celui de l'adulte, et seulement 10% des neurones sont connectés entre eux.
    Les deux processus entamés durant les derniers mois de la grossesse se poursuivent : les connexions entre neurones sont de plus en plus nombreuse, tandis que d'autres cellules, les oligodendrocytes, élaborent la gaine de myéline qui entoure les axones du système nerveux central. Cette myélinisation, principale responsable de l’augmentation rapide du poids du cerveau, va se poursuivre jusqu’à l’âge de quatre ans.

- 4° mois : on observe alors un maximum de connexions dans le cortex visuel : le cinquième sens est pleinement fonctionnel. L’élagage va commencer et se poursuivre jusqu'à l'âge préscolaire.

     Ce mécanisme montre déjà comment va se développer la vie et l'apprentissage du petit homme. Si la plupart des sens (toucher, odorat, goût, audition) peuvent se développer in utero, la vision, quant à elle, ne se développera que lors de l’accession à la lumière, après la naissance.

    L’environnement joue un rôle prépondérant dans le développement des sens et des capacités d’adaptation intelligente qui en découlent. Ainsi, le cortex visuel va très rapidement montrer son importance dans le domaine social, car lié à la reconnaissance des visages, des expressions et du langage gestuel.

    On considère qu'avant cet élagage, c'est l'intelligence génétique qui prévaut. Lorsque l'élagage se met en place, il élimine les connaissances inutiles, les connexions liées à des situations inexistantes n’étant pas conservées.

- 3 à 4 ans : Les 90% de connexions qui n’étaient pas encore effectuées à la naissance vont se réaliser grâce aux interactions avec l’environnement, et en fonction des influences de la famille, de la culture, de l’éducation et de la société.
    Toutefois, ces transformations ne sont pas identiques dans toutes les régions du cerveau. Au niveau du cortex préfrontal médian, impliqué dans des fonctions cognitives supérieures, le maximum de connexions survient vers trois - quatre ans seulement, et l'élagage n'est pas notable avant le milieu de l'adolescence.

    On constate donc que le cerveau atteint très rapidement ses fonctions optimales (à quatre mois, le sens de la vision est fonctionnel) en ce qui concerne ses capacités d’interaction avec l’environnement. Quant au cortex préfrontal médian, impliqué dans les fonctions cognitives de contrôle, il présente quant à lui le maximum de connexions bien plus tard (à quatre ans). Cette maturation plus lente est liée à une assimilation de données plus complexes et souvent contradictoires (nous l’avons vu dans l’extinction de la conscience).
L’élagage, notable au milieu de l'adolescence, montre que c'est à ce tournant du développement que l’apprentissage social, particularité essentielle du développement du petit homme, va se fixer.

    L’étape des 3 – 4 ans peut représenter le moment où le cerveau cesse de se développer naturellement pour céder la place à l’apprentissage social. Plus tard, à l’adolescence, se livrera le dernier combat entre l’esprit « naturel » et instinctif, et l’esprit « social » et réfléchi.
En se conformant aux règles du groupe, l’adolescent va devenir « adulte ».

À ce stade, on aura observé le développement successif de deux types d’élagage :
– un premier élagage (périnatal) affecté à l’élimination des connexions purement génétiques. L’adaptation se fait par rapport à un nouvel environnement, plus favorable que celui dans lequel l’ADN était apparu (l’enfant est maintenant protégé par la mère).
- un deuxième élagage (au milieu de l’adolescence) pour éliminer les connexions liées à l’individualité, favorisant l’intégration des règles collectives et le contrôle de soi pour s’y conformer [cf : les cinq âges du cerveau].

- 1 an à six ans :
Avant un an, les cellules individuelles ont établi des liens entre elles et constitué des régions fonctionnelles.
De un à six ans, de plus en plus de régions du cerveau établissent des liens distants de communication : la société cérébrale s'organise.

Connexions proches.

Connexions distantes.

    Des connexions continuent de disparaître, tandis que d'autres sont renforcées.
L’amincissement du cortex débute dans certaines régions (cortex frontal, cortex sensoriels et moteur, cortex visuel), tandis que la myélinisation se poursuit.

    À six ans, le cerveau a quasiment multiplié sa taille par quatre, et il fait 90 % de sa taille finale. On peut donc dire qu'il a atteint sa taille de fonction : c'est désormais l'apprentissage qui va déterminer les connexions entre les régions.

Perte annuelle de matière grise corticale.

- 7 ans : L’apprentissage a commencé par la suppression des connexions inutiles. Il se poursuit par le renforcement des connexions distantes et l’augmentation de la vitesse de conduction nerveuse dans les axones. Nous avons vu que ces capacités sont permises par la myélinisation des axones.
    La croissance du cerveau résulte d’ailleurs de l'augmentation de substance blanche (axones myélinisés)

    C’est l’« âge de raison », ainsi défini par Piaget : il marque que les liens entre cellules nerveuses sont privilégiés par rapport au nombre de cellules. Ce phénomène s’observe dans les sociétés humaines : ce n'est pas le nombre d'individus isolés qui fait la force de la société, mais les interactions entre individus qui permettent de coordonner et d'optimiser les actions.

    Le volume des ganglions de la base (noyau caudé) diminue, lorsque l’enfant grandit, ce qui est interprété comme traduisant une plus grande efficacité des fonctions motrices qu'ils contrôlent (se tenir debout, marcher écrire...).
    Les interactions avec le milieu extérieur s’accompagnent d’une augmentation des capacités de mémorisation, et une plus grande maturité émotionnelle. Anatomiquement, on observe une augmentation du volume de l'hippocampe et de l'amygdale (lobe temporal).

        c - Principales étapes du développement des capacités de l’enfant et de son cerveau :

          1 - De la naissance à un an :
Sa vision devient fonctionnelle, et il commence développer ses capacités motrices en imitant les gestes et expressions de son entourage.
Les aires du langage s'activent, et il montre des capacités numériques.
À quatre mois l’enfant sait qu'un objet disparu de sa vue continue d'exister, mais il le cherche là où il l'a vu au départ.

          - De un an à six ans :
Vers 18 mois il est capable de se distinguer des autres, et il se reconnaît dans un miroir.

          - De six ans à 12 ans : La maturation du cortex préfrontal (siège de la logique et du contrôle des comportements) se poursuit.
L’enfant commence à inhiber ses fonctionnements instinctifs.

          - De 12 ans à l'âge adulte :
Le traitement de l'information ne porte plus seulement sur des objets, mais sur des hypothèses et des idées.
La capacité d’abstraction se développe, et l’adolescent commence à utiliser le raisonnement hypothético-déductif (« si », « alors »).

          Progression de la maturation des neurones au niveau du cortex :

- De la naissance à un an :

- De un an à six ans :

- De six ans à 12 ans :

- De 12 ans à l'âge adulte :

          Développement de la myéline dans la substance blanche :

- De la naissance à un an :

- De un an à six ans :

- De six ans à 12 ans :

- De 12 ans à l'âge adulte :