XXème siecle.



6 - Le XXe siècle :
    Ce siècle marque un tournant dans la culture occidentale : l'homme ne subit plus autant l'influence de la nature ou des dieux. Il a commencé à dominer les forces de la nature grâce à la nouvelle société industrielle, et il entend bien dominer les forces qui existent en lui et qu'il perçoit sans pouvoir les appréhender avec certitude.
    Il ne sait pas encore dans quelle direction se diriger, mais tous ses efforts tendent à accéder à une connaissance qui passe par soi, et qu'il n'entend nullement abandonner aux dieux, quels qu'ils soient.
    La pensée occidentale rejoint alors la pensée bouddhiste. Tout ce dont nous n'avons pas conscience et que nous avions cherché à l'extérieur, nous allons désormais le chercher à l'intérieur de nous même, en dehors de toute règle religieuse.
    Mais allons nous l'y trouver?

A- Sigmund Freud : (1856 – 1939 Médecin neurologiste fondateur de la psychanalyse)

    A partir de sources extérieures comme celle que lui fournissait le livre d'Artemidore, Sigmund Freud entame ses propres recherches.
Mais, tout en reprenant certaines idées d'Artemidore (désir), il abandonne la vision divinatrice de ce dernier.
Il élimine également toute vision prophétique du rêve pour ne conserver que sa composante individuelle, et sa source, intérieure à l'être humain désormais : l'inconscient...
    Le rêve ne relève donc plus de la magie, mais il possède un sens.

              a - Causes du rêve :
Trois hypothèses lui permettent d'expliquer l'apparition des rêves :
    - au départ il y a chez l'enfant les pulsions d'inceste et de meurtre par rapport à la mère et au père. Ces pulsions sont censurées et donc refoulées...
    - ces désirs refoulés entraînent la mise en place d'une soupape de sécurité. Ne pouvant être exprimés dans le contexte social, ils le sont par l'entremise des rêves : le désir de réalisation est déplacé dans des réalisations fictives.
    - mais le rêve n'est pas un mode d'expression simple : les images refoulées et censurées puisqu'elles ne peuvent être montrées, sont travesties pour pouvoir s'exprimer en toute sécurité.

    En dehors des idées latentes, pour lui, les rêves sont en partie puisés dans les événements du jour qui vient de s'écouler...

              b - Analyse :
    Sa méthode d'analyse fait appel aux libres associations : partir d'un simple mot amène, par des mécanismes qui nous échappent, à exprimer d'autres mots. Nous arrivons ainsi à un mot qui peut être « signifiant » (chargé de sens) pour l'analysé.
Freud va donc avancer sur la base de rêves de patients et de rêves personnels, et utiliser ces libres associations pour accéder aux désirs refoulés

    Toutefois, il va se heurter à une difficulté majeure : toutes les associations semblent aboutir immanquablement à des associations personnelles "inavouables "... (n'oublions pas que cette époque est le siècle des tabous sexuels)
Alors, tout en citant ses propres rêves, il va être amené à cacher certains éléments, basant ainsi son interprétation sur des textes altérés...
En fin de compte, Freud parvient toujours à interpréter les rêves, que ce soit ceux de ses patients avec tous les désirs infantiles et refoulés qu'il découvre chez eux, ou les siens avec tous les éléments qu'il ne révèle pas par pudeur.

    Mais pourquoi notre inconscient serait-il autant obsédé par la sexualité?... Observe-t-on chez les autres espèces une tel penchant pour la libido? N'existerait-il aucune autre "pulsion" instinctive qui en vaille la peine ?
    Serait-ce à dire que tous les lapins, qui rêvent certainement de grignoter une carotte, seraient des obsédés sexuels ?
Et si ce lapin qui grignote une carotte a de grandes oreilles ?...

Lapin gourmand.

L'évolution aurait-elle du temps à perdre à modifier la réalité, alors que la survie nécessite de s'y conformer exactement ?

    D'après Freud, le rêve ferait également appel aux déplacements, opération qui consiste à masquer ce qui présente un réel intérêt. Là encore, la même remarque s'impose : qu'apporte à la survie le fait de pervertir la réalité?

Quelles remarques pourrait on faire concernant cette méthode d'analyse ?
    - Tout d'abord le rêve est lié à la façon dont le sujet vit les événements de la journée. Mais l'histoire en elle-même peut être reliée à n'importe quelle journée de la vie du patient, puisque le rêve découle obligatoirement de sa propre vie.
    - La deuxième remarque remet en cause le mécanisme du déplacement qui présente un inconvénient majeur :c'est que l'on ne tient plus compte de ce qu'a décrit l'inconscient.
    Une fois que l'inventeur de la méthode a défini que tout ce qui est allongé et pointu est un sexe mâle, et tout ce qui est un contenant au sein du rêve correspond à un sexe féminin, l'ensemble des rêves est ramené à la problématique de l'époque et d'une certaine classe sociale, conséquence des interdits sexuels.
    Pourquoi ce cerveau si complexe qu'il nous a accompagnés sans coup férir durant des millénaires d'évolution, s'encombrerait-il d'images inutiles ? C'est un peu comme si nos réflexes nous faisaient courir en zigzag ou en rond alors que le vent pousse un incendie de forêt dans notre direction... Quelles chances aurions-nous de nous en sortir ?


Le contenu visible du rêve...             ...s'avère différent du contenu latent.

    Seul serait donc pertinent le contenu latent du rêve, c'est-à-dire le contenu masqué. Quant à son contenu manifeste, il serait sans intérêt, puisqu'il n'est que l'aboutissement d'un déplacement.

    Pour Freud, le rêve est donc à l'image de l'homme, un système qui n'ose se montrer, et qui cache les pires habitudes de la conscience humaine.
    Non seulement il cache, mais en plus il ment en transformant ce qu'il montre...

    Notre inconscient ne serait donc pas plus capable de nous montrer la réalité, que nous ne sommes capables de la reconnaître!

    - Enfin, les associations libres posent un problème : en partant d'un élément du rêve, par exemple un feu de cheminée, la succession d'associations qui peut en découler (feu, rouge, chaud, brûlé, mort) peut amener à oublier totalement le sens du feu pour ne s'intéresser qu'à la mort, en oubliant le rêve lui-même...


Où est alors le décodage ?

Que retenir?
Le rêve permet un retour au passé.
Mais il ne nous livre pas directement son sens.


B - Alfred Adler : (1870 – 1937 médecin et psychothérapeute)
    En 1911, A. Adler est le premier collaborateur de Freud à prendre son indépendance
Pour Adler, il n'y a pas de sexualité infantile : le rêve part d'une autre base. Cette base est le sentiment d'infériorité. Et l'utilité du rêve est de compenser ce sentiment.
Son analyse est donc très différente de celle de Freud : alors que ce dernier cherche dans les rêves les éléments d'un traumatisme initial, il oriente pour sa part sa recherche vers l'avenir.
    Le rêve est donc un moyen d'orienter le rêveur vers une voie qui l'amènerait à la supériorité qui lui manque...
Sa façon d'analyser est très représentative de sa propre vie. Il souligne qu'un individu peut exploiter au maximum ses capacités pour trouver une solution à ses difficultés : l'essentiel pour y parvenir est le courage .
    Ainsi, si Freud analysait le passé individuel et expliquait l'état du sujet par son passé, la psychologie adlerienne s'intéresse davantage au but à atteindre. Ici, pas de sens moral, mais une affirmation de la personnalité individuelle face à la pression sociale.




Que retenir?
Le rêve mène vers l'avenir.


C - Carl Gustav Jung : (1875 – 1961 médecin, psychiatre, psychologue)
    C'est en 1912 qu'il se sépare à son tour de Freud. Son livre : "Métamorphoses et symboles de la Libido" scelle leur divorce.
L'approche de Jung est radicalement différente de celle de son maître.
    Pour lui le rêve n'est pas la réalisation d'un désir refoulé, mais l'expression de l'état psychique du rêveur : les images qu'expose l'inconscient constituent la meilleure façon qu'il a trouvée pour exprimer ce qu'il a à dire.
Le rêve est alors revécu en analyse par le sujet avec sa conscience éveillée, bien plus qu'il n'est interprété.
    Le rêve se contente d'exprimer naïvement ce qui est vécu intérieurement : il n'a pas besoin d'être décrypté, et les contenus "latent" et "manifeste" décrits par Freud n'ont donc pas de raison d'être.
Si les rêves ne sont pas clairs, c'est tout simplement que notre rationalité est incapable de saisir le sens des images, et l'histoire qui nous est contée.
    Jung ouvre d'autre part l'inconscient individuel de Freud vers un inconscient collectif.
Le rêve n'est plus l'expression d'un désir, mais il compense une attitude trop unilatérale du sujet dans la réalité. De fait, il nous ouvre de nouveaux horizons tendant à élargir notre personnalité.
Plutôt qu'un aspect infantile qui nous ramène toujours à un désir premier, l'inconscient recèle une force de changement et d'élargissement de la personnalité.
Au moment où la conscience rationnelle ne trouve plus de solutions aux problèmes en cours, c'est l'inconscient qui va être porteur d'une nouvelle dynamique...
    être à l'écoute de ses rêves, c'est être à l'écoute d'une émergence créatrice à laquelle notre raison ne prêtait jusqu'ici pas attention : telle est la base du processus d'individuation (Processus de prise de conscience de l'individualité profonde).




Que retenir?
L'inconscient propose une dynamique qui apporte à la rationalité sa propre part de connaissances :
peut-être pourrions-nous dire alors que "l'union de ces deux potentiels fera leur force".


D - Friedrich Perls : (1893 - 1970 psychanalyste, créateur de la Gestalt thérapie)
    Par une approche originale, F Perls ne considère plus, dans le rêve, le rêveur face à son inconscient.
Le rêveur n'est pas réduit au personnage qu'il incarne dans le rêve. Lors de l'analyse, il s'analysera donc aussi bien en tant que sujet, mais également en tant que chacun des éléments de son rêve qui sont, dit-il, des fragments de sa personnalité..
    "Je suis le rêve et je suis chacun des éléments du rêve ", telle est sa façon de l'analyser.

    Effectivement, reconnaître sans détours les éléments cachés de sa personnalité permet de se confronter à un ressenti qui serait plus difficilement abordable par la seule approche du langage.
    En Gestalt thérapie, le rêve n'est pas raconté comme une histoire imaginaire appartenant au passé. Le rêveur va le revivre comme s'il se déroulait dans le présent.

    Toutefois une étape pourrait manquer dans cette approche. En effet, tous ces éléments à l'intérieur du rêve ne sont pas vraiment nous, ils sont un potentiel intérieur en devenir : les aborder au présent néglige le temps nécessaire à leur intégration une fois la prise de conscience de ses possibilités intérieures réalisée.

    Si l'on est face à un tigre, il est naturel de se reconnaître en tant que personnage humain qui ressent la peur. Mais ce n'est pas pour cela que l'on est soi-même un tigre : et c'est justement cela que dit le rêve! Il se contente de confronter le rêveur à son ressenti face au tigre! Au rêveur de reconnaître ce sentiment, et de savoir ce qu'il va en faire.


    Ce n'est que le jour ou il sera devenu capable de se défendre "comme un tigre", le jour ou il aura intégré le tigre dans ses capacités, qu'il pourra alors vraiment affirmer : "je suis le tigre "!
    Prendre conscience de ses capacités ne veut pas dire que l'on est capable de les exploiter.

Que retenir?
C'est l"ici et maintenant" qui est privilégié dans le rêve.




Que retenir ? (suite)