Physiologie cérébrale
et comportements humains.



2 - Résonance, empathie et compassion :

    A - Résonance :

        Il s’agit d’un mécanisme non conscient où l’on reflète automatiquement les attitudes et les mimiques des autres. Ce mécanisme apparaît dès la naissance, et toute personne normalement constituée est à même d’entrer en résonance avec les autres.
Toutefois, si le spectacle d'une personne qui souffre nous amène à souffrir nous aussi, nous ne pourrons lui porter secours : nous allons aussi avoir besoin d’aide.

resonance
resonance
L’émotion perçue chez l’autre...
...est vécue comme une émotion personnelle.

    Chez l’adulte, la résonance traduit l’immaturité de l’identité. Pour conserver celle-ci lors des interactions sociales, des mécanismes de régulation sont indispensables : c’est le rôle de l’empathie qui permettra la prise de conscience de la souffrance de l’autre sans être influencé par elle.

empathie
compassion
L’émotion est perçue comme appartenant à l’autre.
Elle peut éveiller le sentiment de compassion.
bonheur

    L’empathie régulera ainsi le sentiment de compassion qui découle de la résonance et amène un bébé, dès l’âge de sept mois, à apporter du réconfort à un autre enfant qui pleure. Dans ce cas, rassurer cet autre enfant permettra au bébé d’apaiser ses propres émotions.

bebe-douleur
Un bébé qui entend un autre bébé pleurer va lui aussi pleurer.
resonance-partage
Si, lors de contacts, il a l’occasion de le calmer, lui-même s’apaisera.
mieux-etre
Tous deux se sentiront mieux, ce sera le premier pas vers l’altruisme qui porte à aider celui qui souffre.

    B – L’empathie et le développement de l’identité :

        Dans l'empathie, on perçoit la douleur de l'autre, sans souffrir comme lui ; ce mécanisme, qui met quatre ans à devenir fonctionnel chez l’enfant, permet de ne pas se laisser absorber par l’identité de l’autre et de conserver la sienne. En effet, l'empathie intègre la capacité de garder la distance avec autrui.
On voit ici toute la subtilité du travail du cortex frontal qui doit apprendre à se distinguer d’autrui, sans toutefois nier sa souffrance.
L’empathie permet de se connaître et de reconnaître l’autre. A l’inverse, l’insensibilité est la négation de l’autre et d’une partie de soi.

    Ainsi, pénétrer dans l’intimité de l’autre apprend à développer sa propre identité.
Au contraire, s’attribuer les sentiments de l’autre, indique que la maturation de sa propre identité n’est pas achevée. Seule cette maturation permet de se pencher vers l'autre tout en échappant à son influence.
Que les comportements tournés vers soi se tournent vers l’autre dépend de l'action inhibitrice du cortex frontal. Cela signifie que le contrôle que l’on exerce sur soi en société est en train de se mettre en place. L'enfant qui réagit au comportement de l'autre commence à contrôler ce qu’il ressent.

    L'empathie va bien au-delà d'un simple automatisme mimétique reposant sur les neurones miroirs : le cerveau élabore un travail complexe de représentation de ce que l'autre ressent.
Ainsi, si nous prenons l'exemple de la perception de la douleur, l'existence des neurones miroirs suffirait à nous permettre de ressentir la douleur d'autrui. Mais le neuro-scientifique Nicolas Danziger de l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière a démontré que les personnes insensibles à la douleur parviennent fort bien à évaluer le degré de souffrance d'autrui à partir de l'expression de son visage.
Elles en sont capables sans éprouver de douleurs personnelles.
Ce serait donc le signe que les neurones miroirs ne traitent pas la douleur : ils ne traitent que l’information en visuelle provenance d’autrui. La sensation de douleur serait traitée dans une autre région cérébrale et répondrait non pas à une blessure réelle, mais au souvenir de souffrances vécues.

    L’existence des neurones miroirs traduit la capacité du cerveau à travailler à l’économie. Si une région sert à traduire certaines réponses motrices ou sensorielles personnelles, pourquoi utiliser une autre région pour traduire les réponses motrices ou sensorielles des autres. La même région est suffisante, et une commande simple suffira à déterminer s’il s’agit de soi ou de l’autre.
Dans le premier cas, une douleur entraînera une réponse adaptée à soi (réponse motrice de fuite, d’attaque ou de repli sur soi) ; dans le deuxième cas, ce qui est perçu de l’autre ne nécessitera pas de réponse personnelle. Elle pourra toutefois activer un circuit de l’action dédiée à l’aide d’autrui (compassion).

    Ce mécanisme d’évaluation passerait donc par l’expérience. On comprend alors l’importance des jeux de lutte chez les animaux qui font ainsi l’expérience de la douleur reçue ou donnée. Il est peut-être maladroit d’interdire les jeux « violents » des enfants, car ils permettent de vivre et mémoriser l’expérience de la douleur faite à autrui puisqu’ils la ressentent eux-mêmes. Inversement, les scènes de violence peuvent provoquer un certain détachement puisque les enfants ne sont que spectateurs.
cerveau_douleur
cerveau_empathie
Perception de sa propre douleur. Les régions sensorielles et motrices sont fortement activées.
Perception de la douleur d’autrui.
    Les choses changent quand on passe de la vue à l’imaginaire : imaginer l’autre dans une situation douloureuse entraîne, au niveau du cerveau, une activation moindre que celle que l’on éprouve en s‘imaginant soi-même dans la même situation douloureuse.
Si la sensation joue un rôle important dans la perception de sa propre douleur, on constate en effet que l'imagination joue un rôle majeur lorsqu'on se projette dans des douleurs passées ou futures. Se souvenir des douleurs passées ou avoir peur de celles à venir fait encore plus souffrir.
L’importance de cette souffrance imaginaire va dépendre du développement de l'identité du sujet : si celle-ci n'a pas eu le temps de s'affirmer, le sujet « saura » qu’il n'a pas de pouvoir sur sa vie qui dépend trop des autres : face à l'avenir, il se sentira démuni comme il l’a été dans son passé... Le sentiment d'inquiétude va réveiller la douleur, qui ira s’accentuant en dehors de toute souffrance réelle.

    C – La compassion chez les premiers hommes :

    Les tout premiers hommes modernes étaient-ils capables d’éprouver de la compassion et faire preuve d’altruisme envers leurs semblables,
    Une étude internationale, coordonnée par des anthropologues de l’Unité de Recherche de la Préhistoire à l'Actuel, suggère que les tous premiers hommes modernes étaient, tout comme nous, capables de compassion et d’altruisme envers leurs semblables.
    Pour cela, les chercheurs ont analysé un crâne d’adolescent de 12 – 13 ans, datant de près de 100 000 ans. Cet adolescent présentait au niveau du front les traces d’une fracture cicatrisée. L’examen de l’intérieur de la boîte crânienne a permis de constater que la blessure avait lésé les zones cérébrales impliquées dans la psychomotricité et dans la communication sociale, ce qui mettait en jeu sa survie.

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    La cicatrisation de la blessure montre qu’il a été protégé par son groupe, et ce jusqu’à sa mort, : en effet, on a retrouvé dans sa tombe, disposés sur sa poitrine, deux bois de cervidés révélant les égards portés par le groupe à cet enfant.