"Ce que nous ignorons en vérité, nous le connaissons en songe".
Platon.












Conscience sociale et sommeil paradoxal.
La conscience revisitée
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4 - La voix de l’influence :

A – Les circuits de l’influence :

         a – L’influence par nos sens :
    Nous savons que la vision intervient par le biais des neurones miroir (cf : conscience_sociale), ainsi pouvons-nous constater, à chacune de nos rencontres, que notre vis-à-vis nous influence par son expression gestuelle. Cette influence est mise en évidence par l’imagerie cérébrale : nous pouvons observer par exemple les changements d’activité du cerveau lors de la perception de la douleur ou de tout autre sentiment chez autrui.


    Ce que la gestuelle de notre vis-à-vis exprime, et que nous ressentons, va nous amener à répondre par des comportements variables et adaptés : une agitation permanente pourra nous irriter, un comportement paisible ou un sourire accueillant nous calmer.
    Le contact agit de même, nous faisant fuir la lame acérée, ou nous laissant nous abandonner à la caresse.
    On constate toutefois que toutes ces informations issues de notre perception sensible nous font agir dans notre propre intérêt.
    L’information sonore revêt les mêmes caractéristiques lorsqu’il s’agit de l’intonation employée : le cri d’alerte chez l’animal, la berceuse que chante la maman à son bébé dénotent la capacité des intonations à agir sur les réactions émotionnelles.
    De même les odeurs, a fortiori celles perçues inconsciemment comme les phéromones, orientent notre comportement à notre insu.

    Comment agissent ces influences au niveau de nos structures cérébrales ?


    Au niveau du cerveau, nos émotions empruntent des circuits précis et différentes molécules agissant comme neuro-médiateurs modulent notre humeur.

    La capacité d’agir est reliée à la noradrénaline, précurseur de l’adrénaline. Produite entre autres par une région du tronc cérébral, le locus coeruleus, elle augmente la vigilance et prépare le corps à l’action. En raison de ses liens avec des structures comme l’amygdale et l’hippocampe, l’anxiété peut être cause d’hyperactivité.

    A l’opposé, ocytocine et endorphines sont des vecteurs de confiance et d’apaisement. Produite dans la région hypothalamo – hypophysaire, l’ocytocine est libérée lors de l’accouchement et de l’allaitement, lors des relations sexuelles ou dans une situation d’empathie.
    En dehors des relations sexuelles, les endorphines sont libérées lors d’un exercice physique soutenu, ou encore en cas de douleur. Elles ont alors un effet antalgique. En diminuant le stress, ces molécules jouent un rôle dans la mise en confiance.

    Agissant dans la régulation du cycle veille/sommeil, la satisfaction des besoins organiques et la régulation de l’humeur, la sérotonine libérée dans le système nerveux central s’accroit avec l'activité motrice. Son manque étant associé à la dépression, elle est en quelque sorte un vecteur de sérénité.

    Un dernier circuit est régulé par la dopamine. Un stimulus externe (vue d’un gâteau par exemple) ou interne (faim) va activer le système limbique et créer un désir. Après cette prise de conscience, le système limbique va stimuler l’aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens, sécréteurs de dopamine. La sécrétion de dopamine, importante dans la sélection d’objectifs et la prise de décision, va être à l’origine d’un sentiment de satisfaction.


        b – Ocytocine et influence réciproque au sein du groupe :
    Intéressons-nous plus particulièrement au rôle de l’ocytocine.

    L'ocytocine, produite essentiellement par l’hypothalamus intervient dans de nombreuses fonctions organiques comme les contractions de l'accouchement, la lactation, ainsi que l'intensité de l'orgasme. Ainsi, elle favorise l'attachement de la mère à son enfant et renforce l’harmonie au sein du couple. De plus, elle assure les liens au sein du groupe et favorise la générosité.
    A tel point qu'on a pu la désigner sous le nom de « molécule de l'amour ».

    Serait-elle alors l’une des clés biologiques pour des relations humaines harmonieuses ?
    Des études menées en 2010 ont tempéré ces conclusions hâtives. Paradoxalement, cette hormone engendre aussi une forme d'agressivité. Toutefois, cette capacité n’est pas en contradiction avec les constatations précédentes, car le lien entre la mère et son enfant sous-tend la capacité de défendre sa progéniture.

    Si l’expérimentation a révélé que l'inhalation d'ocytocine par des autistes légers a dopé leur capacité d'interaction sociale, d’autres expériences (équipe de Carsten de Dreu du département de psychologie de l'université d'Amsterdam) ont montré que l‘attitude altruiste qui en découle se limite au groupe d’appartenance.
    L’empathie n’est donc pas le seul facteur qui nous pousse à agir dans un contexte environnemental : certaines étapes de la vie, étapes à caractère social, bouleversent nos hormones et nos comportements.

    Ces résultats ont été confirmés par l’équipe d’Elissar Andari, du centre de neurosciences cognitives de l'université Lyon 1.
    Dans un jeu où des autistes légers échangent des ballons avec deux autres joueurs (l’un renvoie le ballon tandis que l’autre le passe systématiquement à un troisième joueur), on constate un double effet de l’ocytocine : l’autiste sort de son isolement, mais il ne va plus jouer qu’avec celui qui joue avec lui.
    Ce sentiment d’appartenance sous tend de fait la méfiance pour « l’étranger ». Ainsi ces expériences ont-elles pu montrer que, dans certains cas, l’ocytocine augmente les décisions de ne pas coopérer, et donc de réduire les succès (bénéfices) du groupe concurrent : c’est l’esprit « supporter » des compétitions sportives.

    Par quels mécanismes amène-t-elle le cerveau à opérer ce choix ?
Il semble que l'amygdale, impliquée dans les réponses comportementales associées en particulier à la peur et à l'anxiété, serait mise sous contrôle : en effet, en inhibant l'action de l'amygdale, l'ocytocine diminuerait la peur face au danger, tout en renforçant la solidarité au sein du groupe.

    Une rencontre inconnue (1) alerte le thalamus (2) qui effectue un premier tri des informations.
Il va informer l’amygdale (3) dont le rôle est de déterminer une menace éventuelle.

    En cas de stimulus négatif, l’amygdale active ensuite l’hypothalamus (4) dont le rôle et de déclencher une réponse automatique (attaque, fuite, apaisement).

    Les stimuli positifs activent, quant eux, une région du mésencéphale productrice de dopamine (aire tegmentale ventrale et locus niger), anticipant une récompense (plaisir). Le thalamus envoie également des informations au cortex cingulaire antérieur (CCA) (5) qui va alors activer le cortex orbitofrontal (COF) (6) lequel stimule les aires émotionnelles.

    Enfin, le cortex orbitofrontal informe le cortex préfrontal (7) qui analyse la situation et produit une pensée consciente. En 500 ms, une première impression naît, « agréable » ou « désagréable ». C’est ce dernier qui va, en retour, agir sur le cortex orbitofrontal et l’amygdale pour réguler les émotions.
 

    L’ocytocine libérée dans la région hypothalamo – hypophysaire renforce le sentiment d’appartenance qui favorise aussi bien la générosité que l’agressivité.
 

    Le rôle de notre système nerveux apparaît donc comme un rôle de protection individuelle renforcée par la présence du groupe.

    Notre comportement est-il influencé par nos seuls sens ?

B – Les circuits qui déterminent notre comportement :

                                        Nous avons vu que, pour ajuster notre comportement à celui de notre vis-à-vis, l’empathie est essentielle. Dans la relation hypnotique elle constitue un premier pas, car l’hypnotiseur doit inspirer la confiance. Ensuite, ce critère n’est plus indispensable si l’hypnotiseur est suffisamment persuasif. Le sujet qui a occulté une partie de sa perception sensible et dont l’identité est insuffisamment développée, va croire que les explications qui lui sont données sont réelles.
    Si nos seuls sens intervenaient pour déterminer nos connaissances, nous éviterions toute influence, ce qui n’est pas le cas lorsqu’un tiers nous fait partager des connaissances non avérées.

    Nous avons vu également [cf : suppression_dialogue] que l’hémisphère gauche était plutôt positif. Les travaux sur la méditation nous ont également appris que les sentiments positifs dépendaient surtout de l’activité du cortex frontal gauche. Celle-ci s’accompagne d’une perte de la perception de soi et de l’environnement (on constate en effet une diminution d’activité du cortex pariétal).
    Encore une fois, notre cortex frontal qui, nous l’avons vu, permet de planifier et d’anticiper nos actes [cf : la conscience sociale], peut nous faire perdre la conscience de nous-même, et de la réalité objective.

    Voilà donc un circuit qui oriente nos comportements, mais comment l’environnement social peut-il le réorienter ?

    De nombreuses recherches ont montré l’importance de la dopamine dont le rôle est de renforcer les comportements qui permettent la satisfaction de besoins fondamentaux. Ainsi, les neurones dopaminergiques jouent un rôle décisif dans les choix et la prise de décision.

    D’autres découvertes, en particulier celles de Pavlov sur les réflexes conditionnés, ont montré le lien entre dopamine et apprentissage : l'apprentissage nous fait passer de la réalité (la récompense elle-même) à un stimulus qui annonce cette récompense.

    La vue et l’odeur de la nourriture, fait saliver le chien.
 

    Si la vue de nourriture est précédée par le tintement d’une clochette, au bout d’un certain temps le son seul suffira à déclencher le réflexe de salivation.
 

    A l’audition de la clochette, le chien salive également : c’est le réflexe conditionné.
 

    S’il apparaît que deux circuits, qualifiés respectivement « circuits de la récompense et de la punition » (car résultant de l’action de stimuli positifs ou négatifs), sont suffisants pour orienter la plupart de nos comportements, le conditionnement joue un rôle non négligeable.

        a – Les circuits de la récompense, de la punition et de l’inhibition :

    Des régions différentes traitent des comportements et plaisirs différents.

    À l'arrivée d’une information reconnue par le cortex préfrontal comme potentiellement agréable, l'activité de l'aire tegmentale ventrale située au niveau du mésencéphale se voit renforcée, libérant sa dopamine dans le septum et l'amygdale, et dans le cortex préfrontal et le noyau accumbens en retour.
    Alors que le cortex préfrontal intervient dans la focalisation de l'attention sur l’objet attractif, le noyau accumbens va mettre en place les éléments moteurs en vue de sa réalisation.


    Ce que l’on a coutume d’appeler le circuit de la récompense est donc essentiellement constitués par l’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens auxquels on peut adjoindre le septum, l’amygdale, le cortex préfrontal et certaines régions du thalamus.
    Tous ces centres informent l'hypothalamus (noyau latéral et noyau ventromédian) (flèches bleues) de l’existence d'une récompense.


    L’hypothalamus agit alors en retour sur l’aire tegmentale ventrale, ainsi que sur l’hypophyse qui, par le biais des hormones trophiques agit sur toutes les fonctions végétatives et endocrines corporelles.

    Pour assurer sa survie, chaque organisme vivant doit assurer un certain nombre de fonctions vitales comme se nourrir, assurer sa descendance et réagir au danger. L’évolution a donc mis en place dans notre cerveau des régions dont le rôle est de « punir » ou de "récompenser " l’exécution de ces fonctions. La sensation de faim sera la punition qui amène à se mettre en quête de nourriture, et le plaisir de manger sera le récompense de satisfaire ce besoin.

    Toutes ces régions cérébrales sont interconnectées, formant des circuits de transmission de l’information.

    Le circuit de la récompense est constitué par l’aire tegmentale ventrale qui reçoit les informations sur le degré de satisfaction des besoins fondamentaux. Elle transmet alors ces informations au noyau acumbens par l’intermédiaire de la dopamine : celle-ci va renforcer les comportements susceptibles de satisfaire nos besoins.

    A l’inverse, des stimuli pénibles activent le circuit de la punition qui nous permet d’échapper à la situation désagréable.
    Ce système met en oeuvre l’hypothalamus, le thalamus et la substance grise centrale entourant l’aqueduc de Sylvius. Amygdale et hippocampe interviennent également dans les comportements induits.

    Le neurotransmetteur mis en jeu est ici l’acétylcholine qui stimule la sécrétion d’adrénocorticotrophine (ACTH), par les cellules du lobe antérieur de l'hypophyse. Cette hormone va agir sur la glande corticosurrénale. L’adrénaline libérée va préparer le corps à la fuite ou à la lutte.
    Ces deux circuits (récompense et punition) sont les systèmes essentiels de comportement.

    Un troisième circuit, le « système inhibiteur de l’action », a été mis en évidence par le professeur Henri Laborit au début des années 1970. Associé au système septo-hippocampal, à l’amygdale et aux noyaux de la base, il s’active lorsque lutte ou fuite s’avèrent impossibles : la seule possibilité est alors de subir. Ce circuit est à l’origine du stress et des perturbations organiques qui s’en suivent. [cf : L'inconscient cet inconnu]

    Y a t il une relation entre la récompense liée aux besoins primaires et innés (comme la nourriture ou le sexe) et des récompenses liées à des besoins apparus plus tard au cours de l‘évolution, comme le besoin d’argent ?

        b – L’argent et le circuit de la récompense abstraite :

    Pour vérifier ces hypothèses, deux chercheurs du Centre de Neuroscience Cognitive de Lyon, Jean-Claude Dreher et Guillaume Sescousse, (CNRS - Université Claude Bernard Lyon 1) ont proposé à des volontaires une expérience sous la forme d’un jeu permettant, soit de gagner de l'argent soit de visionner des images érotiques.
    Cette expérience a permis de distinguer, au niveau du cortex orbitofrontal, des régions distinctes répondant à ces différents besoins, mais elle a également montré l’activation d’autres régions (partiellement communes comme le striatum ventral, l’insula, le mésencéphale et le cortex cingulaire antérieur) qui permettent de comparer la valeur des récompenses.

    Les images érotiques sollicitent davantage des zones postérieures (en rose) plus anciennes sur le plan évolutif, alors que l'argent active des régions antérieures (en bleu) avec une prédominance dans l’hémisphère gauche.
 

    On remarquera au passage que l’hémisphère gauche est le plus impliqué dans l’évaluation monétaire.

    Une autre observation faite par les chercheurs Knutson et Peterson (département de psychologie de Stanford) concerne la région médiane du cortex préfrontal qui ne s’active que lorsque le sujet enregistre les gains monétaires.

    Activations nerveuses lors d'un gain ou d'une perte monétaire
 

    Cette région demeure par contre totalement inactive en cas de perte ou lorsque le sujet anticipe les gans ou pertes possibles.

    Anticipation d'un gain monétaire dans le striatum.
 

    Une dernière découverte a été faite par des chercheurs japonais (Kou Murayama et ses collègues).
    Alors que les circuits du plaisir reconduisent tout naturellement une activité qui a été plaisante, ces chercheurs ont montré que le cerveau perd tout plaisir à pratiquer une activité dès lors que l'argent est la récompense.
    Pour cela ils ont fait jouer des participants à un jeu qui consistait à arrêter un chronomètre au bout de cinq secondes, à 50 millisecondes près. Tous les joueurs avaient la même consigne, mais la moitié d’entre eux touchaient une rétribution de deux dollars chaque fois qu'ils parvenaient à stopper le chronomètre dans le temps imparti.

    Les chercheurs ont pu constater que l'activité des zones cérébrales (striatum antérieur et cortex préfrontal) associées au plaisir de jouer, déclinait rapidement chez les joueurs rémunérés, tandis que la même activité se maintenait chez les autres joueurs. Après une période de repos à l'issue de laquelle ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient, les bénévoles ont repris leur jeu d’adresse, tandis que les joueurs rémunérés se sont abstenus, n’éprouvant plus de plaisir à cette activité.

    Si le jeu du chronomètre en tant que jeu d’adresse se suffisait à lui même, pour quelle raison le plaisir supplémentaire que l’argent apporte apparaissait-il comme une source de plaisir insuffisant ?


    De fait, si le jeu du chronomètre en tant que jeu d’adresse se suffit à lui même, c'est que le plaisir est immédiat. A l’opposé, l’anticipation du plaisir de toucher de l’argent puis sa concrétisation se font indépendamment de celui de l’acte : l’argent correspond à un plaisir abstrait. Sans doute une augmentation des primes aurait-elle motivé le groupe que l’on récompensait. On constate en effet, dans le monde quotidien, que la rémunération doit être revalorisée pour conserver l’intérêt porté à l’activité.
    Ainsi, la même activité peut procurer du plaisir ou devenir pesante.

    Peut-être pouvons-nous faire aussi le rapprochement entre les peuples pour lesquels la création d’objets et l’échange sont la motivation - l’accueil et le sourire est chez eux la règle - et les nations pour lesquelles la richesse financière est le seul moteur : chez ces dernières le bonheur est toujours en attente de réalisation.
    Nous retrouvons ici tous les éléments qui animent une société industrielle :
- le commercial aura besoin de toujours plus de clients (alors que l'échange avec un seul aurait pu suffire à son bonheur),
- l'homme d'affaires aura besoin de toujours plus d'argent, et ses relations d'amitié deviendront des relations d'intérêts : il lui faudra de plus en plus d'intérêts pour pouvoir s'y intéresser.
- l'homme politique aura besoin de toujours plus de pouvoir, et chaque échelon monté le laissera sans cesse insatisfait et l'amènera à vouloir gravir un autre échelon.

    Une fois le plaisir direct (l’action) transformé en motivation secondaire en vue d’une rémunération, on pourrait dire que les régions du cerveau qui traitent du besoin d’argent sont à l’origine de la perte de la capacité à éprouver un plaisir immédiat. En effet, l’argent n’est qu'un intermédiaire vers l’objectif à atteindre. La masse de papier qu’il représente ne peut être mangée, servir à chasser ou à se laver : en ce sens son accumulation laissera toujours insatisfait. Pour nous faire connaître l’intérêt d’en posséder, notre cerveau doit alors effectuer des comparaisons entre une valeur mathématique et le plaisir permis par nos sens.

    Calcul et mémoire de la sensation...
...ne peuvent remplacer la sensation.
 

    On peut alors supposer que moins on ressent de plaisir (n’oublions pas que notre cortex frontal inhibe nos émotions), plus on a besoin d’argent pour espérer en éprouver.



    A défaut de pouvoir nous faire ressentir du plaisir, le lobe frontal nous permet d’établir une équivalence entre argent et plaisir réel : l’argent devient la promesse d’un avenir meilleur.
 

    L‘argent est similaire au stimulus conditionnel ( tintement de clochette) qui aboutit au réflexe conditionné décrit par Pavlov : au son de la clochette, le chien va saliver car il anticipe le plaisir de manger... Mais la réalisation de ce plaisir peut n’être pas au rendez-vous, elle est seulement évoquée. De même, à la vue de l’argent, l’homme va espérer du bonheur.
    Chez le chien, si le conditionnement n’est pas régulièrement réactivé, bientôt le réflexe conditionné s’effacera.
    Chez l’homme, si la rémunération n’est pas augmentée, le découragement ne tardera pas.



    Nous retrouvons, à l’origine de ce circuit, le mécanisme même qui est à l’origine de notre pensée sociale : la vie en société nécessite le plus souvent de renoncer aux plaisirs immédiats. Il nous faut donc trouver une compensation susceptible de nous procurer des bénéfices ultérieurs.
L’argent a cette valeur compensatrice qui permet d’anticiper un plaisir futur : le plaisir est bien réel sur l’instant, mais il s’éteint rapidement s’il tarde à se réaliser.


L’illusion procure le même plaisir que la réalité,
mais seule la réalité est satisfaisante»

    Comment se construit et s’active ce nouveau circuit de la récompense abstraite ?

C - De l’hypnose à la vie quotidienne – le rôle du langage :

        a – La prise de contrôle par la parole :
    Que savons-nous aujourd’hui de la conscience que nous avons de notre environnement ?

    Les neurosciences nous ont appris qu’une partie de nous-même nous dirige de façon inconsciente en anticipant nos réactions conscientes [cf : l'inconscient génère ses propres pensées].
    L’hypnose, quant à elle, nous a révélé l’importance de la relation de confiance entre hypnotiseur et patient. La capacité de nos sens à nous délivrer des informations dépend alors d’une demande extérieure. Elle nous a révélé aussi la propension de notre esprit à renoncer à sa capacité de discernement s’il délègue son pouvoir de décision à un tiers.

    On peut ainsi s'interroger sur l'exercice de notre conscience dans la vie quotidienne.

    L’étude des civilisations passées nous a déjà donné un aperçu de la variabilité de cette conscience en fonction des connaissances du moment : ainsi le Soleil générateur de vie a-t-il pu être considéré comme un dieu [cf : L’impasse / Préambule], et la Terre apparaître plate et entourée d’un précipice insondable [cf : l'effacement de la conscience].

    Bien plus, ce qui nous dirige à notre insu peut nous faire éprouver un « sentiment de présence » que nous interprèterons comme un « guide intérieur » ou un « ange gardien » capable de nous protéger. Ce phénomène peut être aussi perçu comme une force irrépressible capable de nous mettre dans une situation inhabituelle que l’on peut interpréter comme un envoûtement, voire même une possession).

    Mais laissons de côté la description de ces phénomènes inconscients pour tenter de comprendre ce qui les a rendus inconscients.

    L’hypnose est vécue généralement comme l’influence d’une personne sur une autre, mais elle peut s’exercer aussi de façon collective :
    Au XXème siècle, Hitler s’est révélé un excellent hypnotiseur, sachant faire attendre son auditoire, puis rassembler les foules sous une idée phare, le bras levé indiquant le point de convergence de tous les regards. Il amenait ainsi l’ensemble de la communauté à s’unir dans le même geste avant que des idées énoncées comme des certitudes ne viennent occulter la réalité. Nous retrouvons dans ses discours tous les éléments – désir, orientation de l’attention, redirection de l’intention, méconnaissance – qui sont à même de réorienter notre conscience et modifier la réalité.
    Comme le concluait Raymond Abrezol dans l’une de ses conférences sur l’hypnose : « La foule, mûre pour la suggestion, appartient à qui le veut ».

    Comment se fait cette prise de contrôle hypnotique ?

    Nous avons vu qu'au niveau du cortex frontal se situent des neurones miroirs qui nous permettent de percevoir ce que ressent l'autre. C’est ainsi que notre vis-à-vis va pouvoir influencer notre comportement.

    L’influence hypnotique, qui fait interagir au moins deux individus, nous a appris que c’est par le langage que s’exerce cette influence.
    En effet [cf : hypnose], nous avons vu que lorsqu’un mouvement est exécuté sous hypnose, l’activité dans le cortex frontal inférieur droit (contrôle volontaire des tâches) et dans l’aire de Broca (traitement du langage) augmente davantage (que chez les sujets non hypnotisés), ce qui met en évidence un autre circuit de l’influence qui ne passe pas par nos sens.
    Chez l'homme, la perception émotionnelle a cédé la place à l'écoute du langage verbal, et c'est ce langage qui va désormais être le moteur de cette influence.
    En réorientant l'intention du sujet, le langage le déconnecte de sa propre intention.

    Si le cortex frontal, relié aux aires du langage, permet de contrôler et orienter ses propres comportements...
 

    ...il est également, par l’intermédiaire de l’ouïe et du langage, celui qui cède ses prérogatives à un autre pouvoir.
 

    L'hypnose nous montre qu’en « endormant » le cortex frontal du sujet, l’hypnotiseur se substitue à ce sujet.
L’influence extérieure, qui prend le dessus sur le jugement individuel, indique que ce sont les sujets les plus adaptées socialement, c’est-à-dire les moins aptes à réagir selon leur propre jugement, qui sont hypnotisables [NdA].

    Nous avons vu également que l’une des capacités de notre cerveau, qui est également un de ses points faibles, est d’interpréter nos perceptions [cf : Conscience et interprétation ] en fonction des informations vocales : les zones exécutives frontales qui trient les informations, vont agir en fonction de celles que le groupe a sélectionnées.

    On observe alors un mécanisme surprenant : la partie dominante de notre cerveau devient la partie dominée.

    Deux cas de figure peuvent se présenter :

    - Dans la situation hypnotique l’hypnotiseur peut réorienter le fonctionnement du cortex frontal. Dans ce cas, le sujet qui entend la suggestion agit en conséquence, en inhibant ou en améliorant ses perceptions. [cf : le cortex frontal est influençable]

Sous hypnose, les aires du langage prennent le contrôle.

    - Dans les conditions normales de vie, l’habitude de réagir au langage en négligeant ses perceptions, amène le sujet à obéir aux injonctions extérieures. Il aura toutefois perdu la conscience de ce que pourraient être ses propres choix.

 
 
 
 
Acquisition et mémorisation des règles de comportement grâce au langage.
Le stockage des informations se ferait au niveau du lobe temporal médian impliqué dans la mémoire verbale. [cf : Mémoire sémantique]
 
Les habitudes s’installent.
C’est désormais par des automatismes que va s’effectuer la planification et le contrôle de nos actes.
 

    Le contrôle qu’a le langage sur nos actes remplace désormais l’assujettissement qui se faisait jusque là par la force (c’est en effet la loi du dominant qui régit les rapports dans le monde animal). Cette prise de pouvoir par la persuasion va pouvoir se faire plus insidieusement dans les sociétés humaines.
    L’interchangeabilité des positions, valable pour des relations individuelles, ne l’est plus lorsqu’il s’agit de relations sociales : en effet, un ligne de conduite et des règles sont nécessaires pour stabiliser le groupe. Si chaque individu était un chef potentiel, l’ordre établi se désagrègerait bien vite.
    La hiérarchie, au contraire, favorise l’ordre.
 

    D’autre part, pour qu’un individu devienne détenteur de l’autorité, l’adhésion de chacun des membres de la communauté est indispensable : le cerveau se doit d’être influençable.

    Chaque individu se retrouvant en position, soit d’influencer, soit de se laisser influencer, on va alors observer la mise en place d’une relation hiérarchique en cascade où les comportements individuels sont réduits au strict minimum au profit des comportements rationnels collectifs.

    Le langage oriente le contrôle exécutif et la planication des tâches du dominé.
    D'un bout à l'autre de la chaîne, la conscience individuelle a peu d'influence.
 

« La parole s’inscrit dans un contrôle hiérarchique »

        b – Les déraisons de notre raison :

                  1 - Langage et manipulation de la perception :
    Nous avons pu voir la capacité de notre cerveau à modifier ses perceptions, par exemple par le biais du détournement de l’attention. Tout sportif en a fait l'expérience, l'attention mobilisée sur une action de jeu diminue la capacité de ressentir la souffrance.
    Nous savons aussi que la réalité virtuelle, en distrayant le patient, permet de réduire la douleur [cf : suppression du dialogue] : la focalisation de la pensée sur un objet, réel ou abstrait, l’isole des informations en provenance du corps. Notre pensée, focalisée sur un autre but, n'en est plus consciente.


    Mais l'inverse est également vrai, la focalisation sur la douleur peut augmenter le sentiment de souffrance.
    La technique hypnotique, dont l’un des principaux modes d’action est de détourner l’attention du sujet, confirme cette influence de l’attention sur les perceptions.
    Des expériences [cf : suppression du dialogue] ont montré que l’hypnose peut modifier la perception de la douleur : cela se traduit par un débit sanguin dans le cortex cingulaire antérieur dorsal (cognitif) proportionnel à l’intensité de la douleur suggérée.

    Le cortex cingulaire antérieur dorsal semble une région clé de l’influence extérieure pour contrôler le système limbique et les afférences sensorielles, et donc la conscience que nous avons de nos perceptions.

    N’oublions pas, également, les expériences qui montrent le côté négatif des influences verbales :
    Ainsi, [cf : suppression du dialogue] l’activité des zones visuelles peut être inhibée sous hypnose : si on suggère de voir en gris un panneau coloré, le cortex visuel est désactivé.


    Si les aires visuelles du sujet hypnotisé ne s’activent pas, on peut en déduire qu’il ne voit plus la couleur du tableau. C’est donc l’affirmation de l’hypnotiseur qui accède seule à la conscience du sujet. Si on se fie aveuglément à elle, la parole devient un équivalent de réalité, tout comme l’argent équivaut à du plaisir.

    Une expérience semblable menée au milieu du XXème siècle par le psychiatre américain Ernest Hilgard a permis de préciser certaines conséquences surprenantes de cette influence extérieure. Suggérant à un sujet qu’il était sourd, il constata alors que celui-ci ne répondait plus à aucune question. Pourtant il levait le bras si on le lui ordonnait.

    Le sujet n’avait pas perdu sa capacité d’entendre, il se contentait de l’ignorer obéissant ainsi à l’autorité extérieure.
On constate donc que la parole incite le sujet à ignorer la pertinence de ses perceptions réelles.

    Toutefois, si l'hypnose permet d’occulter les sensations réelles, elle peut permettre aussi de les retrouver. Elle peut également, en focalisant la pensée du sujet sur une autre situation fictive (image agréable par exemple) instaurer une détente et restaurer la perception juste d’une douleur jusqu’ici amplifiée par le stress.


    Bien sur, l’hypnose relève de conditions particulières, mais ces conditions sont elles vraiment indispensables ? Y échappons nous dans notre vie quotidienne ?

                  2 - Langage et apprentissage :
    Antonio Rangel, Professeur d’économie à l’Institut de technologie de Californie, s'est intéressé aux raisons qui nous poussent à acheter, et à celles qu nous font alors éprouver du plaisir.
    Au cours d'une expérience, il a fait boire du vin à des sujets. Toutefois, à chaque nouvelle dégustation, et toujours pour le même breuvage, il annonçait un prix différent : tantôt 10 $, tantôt 90 $.
    Il a pu constater que lorsqu'il était annoncé à 90 $, et seulement dans ce cas, le vin faisait s'activer une zone bien précise du cortex cérébral, le cortex orbito-frontal médian, qui produit un plaisir subjectif, illusoire.


    Or, nous avons vu que cette région joue un rôle dans l’expérimentation des émotions et dans la prise de décision en vue du comportement le plus approprié à la situation. Il semble donc que cette région ne choisisse pas le comportement réellement adapté aux circonstances, mais qu’elle choisisse celui qui est le plus en accord avec ce qui a été appris.

    Ainsi, lorsque nous prenons conscience du prix, notre goût se trouve influencé indépendamment de la qualité de la boisson.
 

    Toutefois, il ne s'agit pas d'une illusion, car nous ressentons réellement davantage de plaisir quand nous croyons boire un bon vin [NdA].

    Les grandes surfaces alimentaires savent d’ailleurs exploiter cette capacité de notre cerveau à être influencé en mettant en place, dès notre entrée dans l'établissement, tous les éléments qui nous permettront d'acheter davantage. Ainsi les fruits et légumes, aliments naturels source de santé seront-ils souvent placés à l'entrée : une fois rassuré, le client pourra acheter des produits moins diététiques.

    Ainsi, alors que nos sensations personnelles pourraient nous permettre de déterminer ce que nous aimons ou n’aimons pas, c’est la parole qui va déterminer nos goûts et nos choix. Elle va renforcer l’action des neurones miroirs qui, par une expression de satisfaction chez notre interlocuteur, va nous conforter dans l’idée que l’un des breuvages est meilleur que l’autre. Nous avons d’ailleurs pu constater cette influence de l’autre, par la gestuelle ou des sons, chez les macaques qui font l’acquisition d’un nouveau comportement.

    Chez l’homme, pour lequel le comportement social est déterminant dans la vie quotidienne, les méthodes aussi directives que l’hypnose ne sont donc pas indispensables. La confiance dans l’interlocuteur, l’expression de son visage, l’éveil des sensations par des odeurs ou un environnement agréable, sont tout à fait suffisants pour valider l’affirmation verbale.
 

    C’est ce que montre l’expérience d’Antonio Rangel. La parole y apparaît comme l’intermédiaire qui favorise les changements de perception en fonction :
- de la croyance en la parole de l’autre (il m’a dit que ce vin était coûteux)
- de sa propre certitude (je « sais » que ce qui est cher est bon : donc ce vin ne peut qu’être bon).
- du désir de satisfaire celui qui détient l’autorité (dans ce cas, l’autorité que confère le savoir).

    Là où nos organes des sens pourraient nous délivrer une information invariable, notre cortex social va augmenter la perception du bon ou du mauvais goût, modifiant ainsi la conscience que nous avons de nos perceptions.
    Nous pouvons faire ici le lien avec ce qui se passe dans le cas de la douleur [cf : suppression_dialogue].


« Le langage peut modifier les circuits qui régissent nos comportements ! »

    Comment se manifeste, dans l’expérimentation, cette capacité que possède le langage d’influer sur les comportements ?

                  3 - Langage et détournement du souvenir (perte du souvenir réel) :
    Nous avons vu précédemment que la mémoire est stimulée par les émotions [cf : suppression_dialogue], mais qu’elle peut être affaiblie par l’intervention du cortex frontal. Inversement, le phénomène hypnotique peut raviver la mémoire émotionnelle en supprimant les mécanismes d’inhibition du sujet. Tout se passe comme si ce dernier, après avoir appris à contrôler ses émotions, recevait d’une sommité l’autorisation de les exprimer.
Nous avons supposé que notre conscience langagière était en cause.

    Le rôle du langage dans la manipulation des souvenirs a été mis en évidence par les expériences de Loftus et Palmer en 1974.

    Ayant montré une scène d’accident aux sujets soumis à l’expérience, Loftus leur proposa une phrase : " A quelle vitesse estimez-vous qu’allaient les véhicules lorsqu’ils [se] sont. . . . . . . ? " (About how fast were the cars going when they . . . . . . each other?) dans laquelle s’inséraient cinq verbes suggérant un degré de violence croissant.



    Il constata que, plus le verbe suggérait un degré élevé de violence, plus le sujet estimait que la vitesse était élevée lors de la collision.
Cette expérience amène deux conclusions possibles :
- le souvenir est modifié par la formulation,
- le souvenir est modifié si le sujet répond en fonction de ce qu’il pense être l’attente de l’expérimentateur (si celui-ci utilise un mot fort c’est qu’il attend une estimation élevée).

    Une étude complémentaire, menée dans une situation similaire avec 150 étudiants permit de vérifier si l’origine des différences d’estimation provenait de la suggestion verbale ou des attentes supposées de l’expérimentateur.
    Dans ce but, les étudiants, divisés en trois groupes de 50, visionnaient un accident de circulation dans un film d'une minute.
- aucune question n’était posée aux étudiants du premier groupe.
- on demandait aux étudiants du deuxième groupe à quelle vitesse allaient les véhicules lors de l’accident, en utilisant un mot plutôt neutre (toucher),
- pour le troisième groupe, le mot utilisé était fort (fracassé).

    Après un délai d’une semaine, de nouvelles questions étaient posées aux étudiants, dont certaines devaient servir à mesurer une éventuelle altération de leur mémoire, en particulier concernant les bris de verre qu’ils auraient vus lors de la collision (or le film n’en montrait pas).
    Alors que pour les premier et deuxième groupes, le pourcentage de sujets ayant vu du verre se situait entre 12 et 14 %, pour le troisième groupe, ce pourcentage montait à 32 %.


    Ces résultats montrent une modification du souvenir par la seule formulation de la question.

« L’influence sociale peut recréer le passé »

    Des remarques analogues ont pu être faite concernant les sondages. On peut alors constater l’influence des mots utilisés dans les questions posées : demander à un sujet ses intentions de vote donnera un résultat différent de celui obtenu si on lui demande son opinion. Ainsi a-t-on pu voir, lors des élections présidentielles françaises de 2012, un candidat enregistrer 32% d’opinions positives, alors que les intentions de vote ne lui donnaient que 25%.

    On peut également se laisser tromper, après un scrutin, par un résultat où le candidat élu l’a été avec 51% des suffrages exprimés, résultat qui omet les 50% d’abstention, ce qui réduit sa légitimité à seulement 25,5% d’électeurs favorables.

« L’influence sociale peut orienter l'avenir »

    Toutes ces études montrent donc qu’il n’est nul besoin d’hypnose pour manipuler les perceptions d’un sujet ou d’un groupe, ainsi que la conscience qu’ils ont de la réalité.

    Intéressons-nous maintenant à l’attention du sujet qui, nous l’avons vu, peut être réorientée par une intervention extérieure.
N’y a-t-il pas un état particulier qui permet de comprendre les processus mis en jeu ?
L’hypnose peut, là encore, nous apporter des informations pour mieux comprendre ce qui se passe dans la vie courante.

                   4 – Faire plaisir - influence et dépendance :
    Qu’est-ce qui justifie l’acceptation d’une dépendance sous hypnose ou encore dans le quotidien, et quel est le circuit nerveux qui la permet ? Il ne s’agit pas d’un raisonnement logique par lequel chacun a conscience de ses intérêts futurs : nous avons vu en effet que l’anticipation annule la sensation de plaisir dans le cas de l’expérience de Kou Murayama [cf §b – le circuit de la récompense abstraite].

    Dans une autre expérience [cf : images subliminales], nous avons appris aussi que le fonctionnement inconscient est directement lié à ce que l'on ressent (la conscience rationnelle n’étant pas directement concernée).
Par contre, c'est elle qui sera influencée par les publicités verbales qui affirment que telle boisson est meilleure que telle autre. Dans ce cas, l’ajout d’une image à connotation émotionnelle servira à renforcer l’affirmation.
La notion de plaisir n’est pas absente de ces comportements liés à la dépendance : dans le domaine de l’hypnose, comme dans celui de la vie quotidienne, il vaut donc mieux éviter de heurter la sensibilité de l’interlocuteur.

     Pierre Rainville, à l’université de Montréal, a mené des expériences d’hypnose chez des patients qui souffraient. Il a montré que des suggestions utilisant des mots à connotation positive (vous êtes de plus en plus confortable...) diminuaient l’activation du cortex cingulaire antérieur, impliqué dans l’aspect émotionnel de la douleur. Il a également montré que ces mots ont un effet bien supérieur à celui qu’ils ont pendant l’éveil.
On peut obtenir un résultat contraire en utilisant des mots à connotation négative.

    En 2005, Elvira Lang, anesthésiste de l’hôpital Beth Israel Deaconess de Boston, a eu l’idée de mesurer le niveau de douleur et d’anxiété des patients en fonction des mots prononcés par son équipe lors d’interventions réalisées sous anesthésie locale. Elle a ainsi pu mettre en évidence une aggravation de ces symptômes avec des mots à connotation négative : « n’ayez pas peur, vous n’allez pas avoir mal ». Au contraire ; un discours apaisant, faisant appel à des souvenirs agréables réduisait l’anxiété du patient.
Ainsi, un mot qui évoque la douleur suffit-il à activer les zones cérébrales de la douleur.
Dans les conditions normales d’éveil, comme sous hypnose, suggérer du bien-être met en confiance et facilite l’abandon et la dépendance.

    Enfin, en dehors des mots, des motivations plus profondes poussent les intervenants vers une recherche de plaisir où chacun trouve son compte. Ainsi, bien souvent, et sans en avoir conscience, l'un éprouve du plaisir à dominer, et l'autre répond à la sensation agréable de faire plaisir en acceptant d'être dominé.
 

    Finalement l'hypnose ne fait qu’exploiter le plus efficacement possible la capacité nouvellement acquise par notre cerveau à éprouver un plaisir virtuel : la sensation agréable liée à l’anticipation du résultat souhaité nous impose son choix.

    Dans la vie courante, lorsqu’il n’y a pas de règle absolue qui s’impose, la simple suggestion est omniprésente dans toutes les relations sociales : « tu devrais faire ceci, tu devrais accepter cela » ; elle met toujours en avant l'intérêt social par rapport à l'intérêt individuel, ainsi que le conseil que l’on se garde bien de suivre soi-même...

    Par des suggestions plus précises, l'hypnose ne fait que renforcer ce phénomène. Pour cela, l'hypnotiseur joue sur une réputation virtuelle : un pouvoir possible, des connaissances supposées supérieures.
Tout sujet hypnotisé sait qu'il aurait pu résister, mais il a envie d'adhérer à la demande de l'hypnotiseur, comme il a envie d’adhérer à la demande de la collectivité lorsqu’il s’agit de s’intégrer à cette dernière.

    Au moment où il devient difficile pour un individu dans un groupe, de respecter ses propres besoins, être reconnu par le groupe semble indispensable.
 

    La notion de plaisir sous hypnose est essentielle. Elle se trouve confirmée par son contraire : l’hypnotiseur ne pourra imposer au sujet hypnotisé un acte qui serait contraire à sa nature profonde et qu’il réprouverait.

    La suggestion sociale ne fait pas autre chose que l’hypnose : elle oriente le sujet vers un pôle d’intérêt collectif. En fonction de son ignorance et sa difficulté à satisfaire ses besoins personnels, le sujet se conformera alors à ces exigences.


    Une personnalité mal structurée semble être une des conditions essentielles à une bonne intégration dans le groupe. Notre personnalité profonde, repoussée dans ce qui est devenu notre inconscient, va désormais se plier assez facilement aux injonctions qu'elle a appris à reconnaître comme une nécessité.

    L’adaptation sociale nous a retiré une part de plaisir réel, mais notre cerveau ne semble pas se laisser retirer une forme de plaisir sans mettre en place la capacité d’en ressentir un nouveau. Pourrait-on vivre sans plaisir ?
Le plaisir virtuel est apparu, mais il en demande toujours plus : toujours plus de domination, toujours plus de besoin de reconnaissance, toujours plus de rêve de bonheur.

        c– Le rôle du lobule pariétal inférieur dans le cerveau :

    L'hémisphère droit qui, nous l’avons vu, n’est pas dominant pour le langage [cf : la conscience_sociale], participe toutefois à la compréhension de mots simples en relation avec l’image, Il sait utiliser les phrases courtes, le langage métaphorique, la mélodie des sons et le rythme de la phrase.

    Le lobule pariétal inférieur gauche est l’une des dernières régions du cerveau à s’être organisée au cours de l’évolution. Il est également l’une des dernières régions cérébrales à parvenir à maturité chez l’enfant. Du fait de sa position centrale entre les aires du langage, les aires auditives, visuelles, somato-sensorielles et motrices, sa lente maturation expliquerait entre autres pourquoi les enfants doivent attendre d’avoir 5 ou 6 ans avant de commencer à lire et à écrire. En effet, cet aboutissement nécessite une maturation des capacités de la mémoire qui permettent à l’enfant de reconnaître des mots écrits isolés et des éléments de phrases, de les comprendre puis d'agencer des textes nouveaux. L’enfant doit donc franchir pour cela plusieurs étapes qui lui permettront d’expérimenter le mot, le comprendre, puis de maîtriser son usage.


    De plus, ses neurones ont la particularité de pouvoir traiter simultanément des stimuli de différente nature correspondant aux différentes régions avec lesquelles il est en relation. Le lobule pariétal inférieur semble donc indispensable pour appréhender les différentes caractéristiques d’un mot : nom, sens, aspect visuel, références sonores... Il participerait à la classification de tout ce qui existe, condition préalable de la pensée abstraite.
Cette région jouerait donc un rôle clé dans l’acquisition du langage : en effet, si les mots et les images permettent une réaction rapide adaptée à un événement en cours, le langage élaboré permet de planifier une action plus complexe.
L’hémisphère gauche semble donc indspensable lorsqu’il s’agit de vivre dans un environnement collectif et participer à son édification.
    L’hémisphère droit établit un lien direct entre les mots et notre vécu, tandis que le gauche participe de la maîtrise du langage.
    Organisée tout d’abord d’une manière abstraite par le langage, l’action envisagée pourra être réalisée ultérieurement.
 

    On peut estimer que la maturation du lobule pariétal inférieur s’effectue parallèlement à l’éducation parentale, puis scolaire, qui vont amener le jeune enfant à contrôler son comportement pour l’adapter à la vie en société : ce que l’on appelle communément « l’âge de raison ».

D - Le circuit de la négation :

        a - Négation de soi - la perte de l'esprit critique :

                  1– Langage et renforcement des acquisitions :
    Les recherches de ces dernières décennies ont montré l’extraordinaire plasticité du cerveau, les neurones supprimant à chaque instant des interconnexions (synapses) pour en créer de nouvelles en fonction des apprentissages.


    Cette plasticité synaptique se présente sous plusieurs formes :
- l’habituation : elle correspond à une atténuation des réponses au fil des stimuli répétitifs. Un stimulus répétitif finit par être ignoré.
- la sensibilisation : un stimulus inattendu induit un état d’hypervigilance par rapport aux autres stimuli.
- la potentialisation : elle va renforcer de façon durable l'efficacité de la transmission synaptique.
    C’est cette dernière qui va nous intéresser.


Circuit préexistant (spontanéité).

    Lorsque nous apprenons, nos neurones cérébraux créent, dans un premier temps, de nouvelles connexions : ils vont alors constituer un nouveau réseau de circulation des informations.


Création d’un nouveau circuit (règles sociales).

    Dans un deuxième temps, la répétition des apprentissages renforce les connexions nouvellement créées.


Utilisation du nouveau circuit..

    On comprend alors que l’éducation, qui nous fait passer, dès les premières années de la vie, du comportement instinctif ou spontané à un comportement rationnel, remanie notre cerveau de manière drastique. Des chemins tombent en désuétude tandis que de nouveaux apparaissent et deviennent de véritables boulevards de la communication entre les différentes régions de notre cerveau. Quant aux régions actives, certaines prennent un statut de capitale tandis que les autres s’inclinent devant une autorité supérieure.
    Ces changements majeurs s’établissent par la répétition des sollicitations qui renforcent les interconnexions entre neurones.

    La compréhension de ces mécanismes revient au canadien Donald Hebb (1904-1985), psychologue et neuropsychologue. Il pensait que si deux neurones étaient actifs en même temps, les synapses entre neurones étaient renforcées. Son postulat, confirmé dans les années 70, est à la base des thérapies comportementales.

    L’acquisition du langage n’échappe pas à ce fonctionnement : ainsi a-t-on pu constater, notamment avec les travaux de Stanislas Dehaene et ses collaborateurs, que si l’on allonge la durée de présentation d’un mot sur un écran au-delà de son seuil de perception consciente, on note une augmentation importante de l’activité des zones frontales, préfrontales, cingulaires antérieures et pariétales.

    Le renforcement des synapses a pour fonction essentielle de nous faciliter la vie en remplaçant la réflexion par des automatismes. Mais si des modifications s’imposent, un nouvel apprentissage sera nécessaire.

    Quel peut être le lien entre notre réalité quotidienne et toutes ces expériences où une influence extérieure s’exerce, qu’il s’agisse d’hypnose ou de l’exercice d’une autorité quelle qu’elle soit ?

                  2 - Persuasion dans la vie quotidienne :

    Si la coercition est capable de contraindre l’individu à l’obéissance, elle peut présenter un inconvénient majeur : activant le circuit de la punition, elle favorise l’entrée en résistance et développe l’esprit critique.
 

    Nous avons vu plus haut que la notion de plaisir demeure une clé de cette prise de pouvoir par la parole : chacun a pu expérimenter l’influence d’un répartie cinglante sur son émotivité ou l’effet d’une berceuse chantée à un bébé.

    Mais si les intonations de la voix influent sur l’humeur de la personne, c’est bel et bien la parole qui influe sur son comportement. Des stimuli rassurants, comme un visage avenant, n’auront pas d’autres buts que renforcer la parole : la sensation aura alors pour effet d’appuyer le raisonnement.
 

    Si la violence parvient parfois difficilement à établir une autorité sur l’autre, la douceur, la répétition, la persuasion, sont à même d’obtenir ce résultat, pour peu que l’autre éprouve un besoin insatisfait. [cf : les images subliminales]. A ce moment là, l’intention individuelle dont nous avons vu la fragilité a tôt fait d’être récupérée pour satisfaire des intérêts étrangers aux nôtres.
    Mise en confiance et répétition deviennent donc des moteurs indispensables. En effet, si nos actes et notre attitude influent sur notre vis-à-vis (approche, fuite...), et si notre comportement peut avoir valeur de langage (cf : la danse des abeilles), c‘est bel et bien par le langage verbal que nous allons transmettre notre propre intention à notre interlocuteur.

    La répétition va alors agir en renforçant les chemins qui amènent à la prise de contrôle de l’autre.
    Chacun a pu en faire l’expérience lors d’un apprentissage : apprendre une langue nécessite de s’y intéresser, de comprendre ses règles et son vocabulaire, et de les répéter. Il en va de même pour apprendre à conduire, danser ou cuisiner. Petit à petit la répétition libère le cerveau du travail de réflexion grâce à l’acquisition d’automatismes. L’action de la mémoire elle-même devient inconsciente : nous sommes devenus capables d’utiliser les nouveaux acquis sans en avoir conscience.
    Ces automatismes sont nécessaires pour libérer l’attention vers de nouveaux objectifs. Toutefois, chaque chose possédant son revers, un automatisme peut fixer les acquis au point de rendre toute nouvelle acquisition impossible : la nouvelle connaissance est devenue une vérité incontournable.

« Le renforcement de certains automatismes vient appuyer l’inhibition d’autres fonctions. »


              3– Publicité – séduction et répétition :
    L’hypnose nous l’a laissé entendre, ce sont les sujets les plus adaptés socialement, c’est-à-dire les moins aptes à réagir en fonction de leur propre jugement, qui sont influençables [NdA].

    Lorsque nous pénétrons dans un supermarché, une zone particulière de notre cerveau, le noyau accumbens, sait ce que nous aimons et déverse sa dopamine dans nos centres de décision. Son intervention va orienter nos achats !
    Alors même que nous n'avons pas faim lorsque nous partons faire nos courses, alors même que nous avons rationnellement décidé de ce que nous allions acheter, quelque chose en nous, qui n'est pas de l'ordre de la raison mais de celui des sensations, intervient pour orienter notre comportement.
    À l'inverse, une autre zone de notre cerveau, l’insula, s'active dès qu'elle perçoit une sensation désagréable détectée par nos sens (odeur), ou par notre raison (prix trop élevé) : lorsqu'elle s'active, quelle qu’en soit la raison, nous n'acheterons rien.


    C’est ainsi que, dans notre comportement quotidien, ce n'est pas toujours notre pensée rationnelle qui décide, mais une autre forme de « pensée », intervenue à notre insu : notre pensée rationnelle a perdu sa capacité de discrimination.

    Cette prise en compte d’informations qui lui échappent peut s'observer quotidiennement dans le phénomène de la mode... La mode va créer une certitude : par exemple, pour être belle, une femme doit avoir 20 ans, une certaine morphologie... Hors ces critères, elle ne devrait jamais plaire...
    Pourtant, la réalité nous montre que la plupart trouvent leur conjoint : qu’elles soient jeunes, vieilles, maigres, grosses, petites, grandes, au nez long ou en trompette, « belles » ou « laides ».
    Quels que soient les critères en vogue, notre perception, à la fois sensible et inconsciente, nous fait toujours trouver la personne dont le charme nous touche.

    De fait, la publicité utilise la capacité de notre cortex social à renoncer à son esprit critique dès qu'intervient la relation sociale... L’exercice de notre esprit critique ne permettrait pas d'accepter n'importe quoi ; pourtant c’est bien ce que fait notre cerveau social, il n’agit pas obligatoirement en fonction du fait ou de l’expérience, mais en fonction de l’information qui lui a été imposée.
    Une affirmation non fondée appuyée par un titre ronflant et un sourire rassurant, et voilà qu’une nouvelle vérité va s’imposer.



« Pour la pensée rationnelle, l’influence domine la réalité. »


        b – Négation soi et de l’autre :
    Jusqu’où peut aller l’influence exercée et le renoncement à ses propres certitudes ?

              1 – Expérience de Milgram :
    Le circuit du plaisir lié à l’argent nous a permis de comprendre comment l’apparition d’un équivalent virtuel (l’argent) à un besoin physiologique réel, nous faisait perdre la sensation de plaisir immédiat en le reportant dans un avenir plus ou moins lointain [cf : L’argent et le circuit de la récompense abstraite]. Qu’en est-il maintenant de la conscience que nous avons de nos actes soumis à influence ?

    Une expérience réalisée au cours des années 1960 par le psychologue américain Stanley Milgram, est très instructive à cet égard. Elle a permis d’observer comment nous pouvons nous soumettre à une autorité.

    Des sujets, recrutés pour participer à une recherche sur la mémoire, jouent le rôle d’« enseignants » qui doivent faire apprendre une liste de mots à leur « élève ». L’expérimentateur se trouve aux côtés de l’enseignant pour le conforter dans la conduite à tenir en cas de doute.
    L’élève (en réalité un comédien) se trouve dans une autre pièce, attaché à une chaise et bardé d’électrodes. Son rôle est de commettre des erreurs volontaires de mémorisation : en cas d’erreur, il recevra des décharges électriques de plus en plus fortes.
    Les décharges fictives, situées entre 75 et 450volts, augmentent progressivement au fil des erreurs. Les réactions de souffrance de « l’élève » évoluent en conséquence.

    Bien sûr, à partir d’un seuil de 150 volts, en réponse à la souffrance de l’élève, la majorité des sujets « enseignants » ont manifesté des doutes et interrogé le chercheur à leur côté. Le rôle de ce dernier était alors de les inciter à continuer l’expérience par des ordres prédéfinis :
- « Veuillez continuer s'il vous plaît. »
- « L'expérience exige que vous continuiez. »
- « Il est absolument indispensable que vous continuiez. »
- « Vous n'avez pas le choix, vous devez continuer. »

    Au lieu d’observer la désobéissance prévisible S Milgram constata que 65% des sujets allaient au bout de l’expérience, administrant un choc de 450 volts à l’élève.

    Pour S. Milgram, celui qui se comporte comme un tortionnaire ne se perçoit pas comme responsable de ses actes, mais comme un simple exécutant de l’autorité sous le contrôle de laquelle il s’est placé.
    Ce phénomène est compréhensible : on sait en effet que le rôle du cortex frontal est de planifier les comportements en fonction des informations qui lui parviennent des deux hémisphères. Le langage ayant pris l’ascendant, c’est lui qui va être en mesure d’orienter les décisions du cortex frontal. Cantonnée dans un rôle secondaire, la perception sensible demeure toutefois à l’origine des doutes concernant les décisions à prendre. Elle sera source de culpabilité et de mal-être.


         Les nombreuses reproductions de cette expérience, ont montré que cette capacité à obéir à une autorité légitime se retrouvait dans d’autres cultures. Si, dans l‘ensemble, les résultats obtenus sont similaires à ceux de l’expérience d’origine, ils mettent en évidence des variations en fonction de la légitimité de l’autorité et de la place de l’individu dans un groupe docile.

    D’autres expériences menées dans les années 1950 par le psychosociologue Solomon Asch ont montré que si l'obéissance entre en conflit avec la conscience morale de l'individu, celui-ci va, en dernier ressort, se conformer aux décisions du groupe. Ainsi, pour que l'obéissance d'un groupe soit assurée, La majorité de ses membres doit adhérer aux objectifs de l'autorité.

    Cette expérience montre la capacité de la parole à maîtriser notre capacité d’empathie, c’est- à dire de percevoir et de ressentir ce que ressent l'autre.
C’est ainsi que Milgram a pu expliquer le comportement de la plupart des Allemands sous l'Allemagne nazie
Dans son livre « La soumission à l’autorité », il reprend une citation du théoricien politique Harold Laski :
« … la civilisation est caractérisée, avant tout, par la volonté de ne pas faire souffrir gratuitement nos semblables. Selon les termes de cette définition, ceux d'entre nous qui se soumettent aveuglément aux exigences de l'autorité ne peuvent prétendre au statut d'hommes civilisés. »

«Les bonnes raisons ont plus de valeur et de force
que les perceptions réelles. »

              2 – L’homme objet – Croyances et terrorisme :
    Sans avoir besoin de la science, l’expérience quotidienne (par exemple celle de la publicité) nous révèle le pouvoir de la répétition sur nos comportements, au point de faire perdre à certains la capacité de rester acteurs de leur propre vie.
    La programmation de la pensée qui en résulte peut totalement effacer la capacité naturelle de notre cerveau à observer, prendre conscience, apprendre et s’adapter : les effets de cette programmation peuvent s’observer lors de répétitions interminables de textes qui perdent progressivement tout sens et laissent la porte ouverte à des affirmations qui justifient n’importe quel acte. Les conclusions qui en résultent n’ont plus rien à voir avec le sens du texte ; elles peuvent même nier sa parole [cf : Les dix paroles 20:13, 20:15...].
Croyance et certitudes ont remplacé l’enseignement.

    Ainsi peut-on s’interroger sur la différence qui oppose le croyant sensible à la beauté du monde et à la bonté d’un créateur, et celui qui répète sans cesse les mêmes textes comme le faisaient tous ceux qui l’ont précédé.

Passage de la réalité...                                                                                                             à l'abstraction.

    La répétition s’oppose à l’évolution, et la certitude de détenir une vérité puisqu’elle est écrite supprime la capacité d’empathie et efface la conscience de la réalité.
    La perte de la capacité d’empathie va alors favoriser le besoin de dominer. Si celui qui écoute a perdu son esprit critique, un chef, laïque ou religieux, peut s’imposer. S’il possède le pouvoir des mots, il va asseoir son autorité.

    En effet, le pouvoir des mots sur l’activité cérébrale amène les zones frontales à remanier leurs connexions avec les fonctions sensorielles et instinctives. Il peut même supprimer le fonctionnement instinctif, dont l’instinct de conservation.
    Ce mécanisme est similaire à celui qui s’installe chez les sujets en contact permanent avec des images violentes et chez lesquels une insensibilisation a pu être mise en évidence . Tous les cas de figure peuvent être observés, depuis le sujet qui ressent ses besoins instinctifs tout en les sachant interdits et pourra en venir au suicide, jusqu’au soldat contraint à l’obéissance absolue ou au kamikase conditionné par des heures de lecture, qui pourront se sacrifier ou tuer pour une cause [NdA].

    L’instinct inné de conservation, et le sentiment naturel de justice dont nous verrons qu’il existe déjà chez l’enfant de 6 mois, peuvent être totalement écartés.

    Ce sont ces « oublis » de notre pensée du quotidien qui justifient l’apparition du sommeil paradoxal, au moment même où l’instinct perd sa place prépondérante dans l’évolution. L’apparition du grégarisme, qui nécessite de tenir compte de son semblable, a instauré de nouvelles règles de comportement. L’instinct a perdu son importance durant l’éveil ; toutefois, indispensable aux fonctionnements vitaux, il était nécessaire qu’il soit rappelé au cours de la nuit .

« Le circuit de l’influence est indissociable d’un circuit de la négation de soi. »


              3 – Programmation et déprogrammation – l’enjeu du sommeil paradoxal :
    Durant le JOUR – Hypnose et autorité :
    Nous avons vu, grâce à l’hypnose, que la suggestion verbale peut modifier, voire supprimer, notre perception de la réalité ; cette influence extérieure acceptée librement est à même de court-circuiter les aires de notre perception démontrant une perte partielle de la conscience de la réalité.



    L’hypnose nous a aussi montré que cette influence peut améliorer nos capacités, en particulier dans la recherche de souvenirs.

    Durant le JOUR – Publicité :
    Dans l’expérience quotidienne, alors que nous pensons posséder en toute conscience la maîtrise de nos perceptions, l’influence extérieure perçue consciemment (grâce à la parole), ou subie inconsciemment (par le biais des images), va orienter nos décisions. Notre pensée rationnelle a perdu sa capacité de discrimination : elle répond aveuglément aux sollicitations extérieures.



    Durant le JOUR – Information :
    Il existe donc des distorsions entre notre perception sensible, et une autre forme de perception issue d’informations apportées par le langage. Notre cerveau, tout à fait capable, à partir de ses sens, de créer un modèle du monde environnant, s’avère capable de la même prouesse à partir des seuls mots.
Ainsi, nous possédons deux formes d’accès à la connaissance : l’une issue de nos propres perceptions, l’autre d’informations réelles ou erronées, mais admises comme vraies par celui qui les reçoit.

 
Notre perception sensible peut nous amener à des conclusions différentes................... de celles apportées par l’enseignement.

    L‘apprentissage qui nous modèle peut aussi nous inculquer que la spontanéité et, a fortiori, l’instinct sont néfastes, c’est alors que le sommeil paradoxal peut révéler son importance.

Au cours de la NUIT – Sommeil :
    Le sommeil constitue une phase préparatoire à l’exercice du sommeil paradoxal. La science nous a appris que le sommeil est important, non pas pour mémoriser comme on l’a longtemps supposé, mais bien au contraire pour supprimer de multiples informations mises en mémoire [cf : rôle du sommeil profond dans la mémorisation]. Si, le jour, de nombreux apprentissages sont mémorisés et renforcés, apprentissages essentiellement reliés à la vie sociale, ces apprentissages se révèlent parfois incompatibles avec les fonctionnements biologiques. La déconnexion temporaire de l’environnement externe que procure le sommeil profond a justement pour fonction de permettre au cerveau d’éliminer les apprentissages inutiles, voire incohérents.
    Sous quelle forme peuvent se rétablir ces apprentissages pour qu’ils se conforment à nouveau à notre nature ? Telle semble être la raison d'être du sommeil paradoxal.

    Au cours de la NUIT – Rêve :
Nous avons vu que notre pensée consciente apparaît après un travail préparatoire inconscient. La nuit, au cours du rêve, ce travail de préparation de notre inconscient devient prédominant du fait de l’endormissement de nos capacités de contrôle. Il peut même être perçu consciemment si nous conservons notre conscience au cours du rêve. Il nous révèle alors une capacité d’innovation quasi infinie et nous confronte à des situations auxquelles nous allons devoir trouver des réponses.

    Certaines informations pourront nous satisfaire dans la mesure où elles peuvent être transposées dans la réalité [cf : le rêve de Niels Bohr]...


    L’activité du cerveau au cours du sommeil paradoxal s’avère donc, dans ce cas, tout à fait compatible avec les objectifs de notre pensée rationnelle.

    Cependant, l‘apprentissage qui nous modèle peut aussi nous inculquer que la spontanéité et, a fortiori, l’instinct sont néfastes : c’est alors que le sommeil paradoxal peut révéler son importance.


    Nous savons que la nuit, au cours du rêve, nous retrouvons nos réactions émotionnelles.
En fonction de notre état d’esprit habituel, les situations auxquelles nous sommes confrontés pourront être vécues agréablement ou comme un cauchemar.

 
 
 
Vécu agréable.
 
Vécu cauchemardesque..

    Toutefois, en fonction de certitudes acquises (par exemple l’idée qu’un chat noir porte malheur), lorsque nous allons être confrontés à la représentation de l’instinct sous cette forme durant le rêve, nous pourrons vivre un véritable cauchemar.


Les certitudes peuvent nous faire voir un danger là où il n’y en a pas.

    La confrontation de nos deux systèmes, émotionnel et rationnel, qui s’opposent dans leurs fonctions et leurs conclusions peut être dévastatrice pour la pensée rationnelle : on comprend mieux, alors, que la pensée rationnelle puisse écarter l’émotionnelle au réveil, en dehors du cas particulier du cauchemar dont on se souvient.

    En nous redonnant accès à nos capacités de perception émotionnelle, le sommeil paradoxal permet lui aussi l’accès aux capacités élargies révélées par l’hypnose. Cependant, une différence essentielle apparaît.
    Dans le cas de l’hypnose, l’accès à ces capacités est autorisé par le chercheur qui mène la séance. Une autorité socialement reconnue peut en effet contrebalancer la force des interdits sociaux et permettre au sujet de retrouver ses perceptions.
    Dans le cas du sommeil paradoxal, nous nous retrouvons seul face à nos interdits : pouvons-nous alors les braver ? C’est improbable. Seule une démarche d’analyse et de compréhension permettra de trouver la réponse à ce que nous avons vécu au cours du rêve.

    Le rêve d’une patiente peut nous éclairer à cet égard :
    "Elle se promenait dans la rue quand soudain elle se réveilla. Son rêve venait de se transformer en cauchemar : elle venait de passer devant un bouche d’égout dans lequel un monstre était tapi."
    Un entretien permit de déterminer quelle n’avait pas vu le monstre : seule la certitude d’un danger insurmontable l’avait tirée de son sommeil.
    Une fois rassurée par son thérapeute, une séance de relaxation lui permit de se replonger dans les conditions du rêve ; elle savait qu’elle pouvait ouvrir les yeux et interrompre la séance dès qu’elle le désirait.
    Elle se retrouva alors dans la même rue, devant la bouche d’égout, osa se pencher vers l’ouverture et... éclata de rire à la vue du monstre : « C’est moi toute petite ! » s’exclama-t-elle.


         Deux éléments dominaient la vie de cette personne :
- une mauvaise image d’elle-même qui, entre autres, l’avait amenée à faire appel à la chirurgie esthétique,
- et une forte propension à calculer chacun de ses actes.

    Dans son esprit, la petite fille spontanée qu’elle avait été était un véritable monstre capable de bouleverser les règles familiales. Elle avait appris à enfermer sa spontanéité d’enfant dans les souterrains de sa vie sociale, mais son enfance était toujours là, comme une menace prête à surgir à tout moment.

    Sa pensée du quotidien n’en avait plus conscience, mais une autre forme de pensée, celle mue par ses émotions, en conservait la connaissance et l’exprimait par son propre langage, celui des images.

« Si la pensée sociale se laisse influencer,
l'inconscient ne s'en laisse pas conter ! »

Que retenir ?
    On peut donc constater que le langage, en décidant de nos comportements, possède la capacité d’autoriser aussi bien que d’interdire.
Il complète nos perceptions sensibles et peut aussi bien les empêcher que leur permettre de s’exercer [NdA].

    Deux systèmes de pensée peuvent collaborer.
Si l’un est attaché à la vie, l’autre l’est aux idées.
 

    Cependant, exercé de manière excessive, le pouvoir du langage peut produire des distorsions aussi bien dans la perception que dans le comportement.

    On observera alors :

    1 - une perte de la capacité à éprouver un plaisir immédiat : celui-ci est reporté dans un avenir plus ou moins éloigné,

    Tandis que l’on oeuvre dans l’intérêt commun, les désirs ne peuvent être vécus. Nous allons alors envisager d’autres perspectives
 

    2 - la perte de la capacité d'empathie,
 

    3 - la perte de l’instinct de conservation.
 

« La conscience sociale est capable d’élargir notre connaissance de la vie,
mais elle peut aussi nous faire perdre la conscience de la vie. »

    Ainsi, chez l’homme vivant en société, l’assujettissement de sa pensée personnelle à l’influence collective va s’amplifier au cours du temps ou des circonstances...

Degrés de soumission dans l’environnement social sous l’effet d’une suggestion répétée.

    ...et un rapport inverse va s’installer entre conscience et soumission.

Rapports de l’influence et de la conscience au cours du temps.

         On peut alors se poser la question de ce qu’est la « conscience » dont est capable notre cortex frontal soumis au seul langage. On peut s’interroger aussi sur la valeur de son interprétation du monde et de la vie.

    Mais ne soyons pas trop pessimistes : si nos capacités sont ignorées ou ont été asservies, elles sont bien toujours là, comme le montrent l’expérimentation et l’étude des rêves.
    Alors que notre conscience de la vie s’est réduite comme une peau de chagrin, quelque chose subsiste en nous qui agit pour nous la rappeler [NdA].

« La conscience est ce qui reste de la connaissance une fois que le savoir a été orienté. »






5 - Comment comprendre la dissociation entre raison et sensibilité ? (suite)